La matière grise se condense

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La matière grise se condense

 


LA MATIERE GRISE SE CONDENSE





Ce jeune visiteur de l'exposition "Voyage au cœur des matériaux", réalisée par le CCSTI en 1991, reste perplexe devant le "vibrobille", une manipulation imaginée par les chercheurs rennais : pourquoi les grosses billes, plus lourdes que les petites, remontent-elles au lieu de descendre ? "A cause des vibrations", répond Jacques Lemaître. "De la même manière, dans un jardin, sous l'effet du piétinement, les pierres remontent à la surface".
Après la physique de laboratoire vient la physique de jardin !


Jean-Marie Lehn, Jacques Friedel, Etienne Guyon... le campus de Beaulieu à Rennes a récemment réussi l'exploit de concentrer les plus grands noms de la physique française, sans attraper la grosse tête.

Jacques Lemaître, maître de conférences et membre du groupe "Matière condensée et matériaux", une unité CNRS (1), était le chef d'orchestre de cette grande rencontre, à Rennes du 31 août au 2 septembre 1994. Il nous livre les enseignements de ces "4èmes JMC, Journées de la matière condensée".



Sciences-Ouest : Qu'est-ce que la matière condensée ?

Jacques Lemaître : La matière connaît trois états fondamentaux : gazeux, liquide et solide, ces deux derniers formant la matière condensée. Les journées de la matière condensée traitent donc les thèmes les plus divers, regroupés en trois axes : les semi-conducteurs et la physique des surfaces ; les métaux, le magnétisme et les supra-conducteurs ; la physique statistique et la matière mal organisée.



Sciences-Ouest : Quels sont les faits marquants des 4èmes Journées de la matière condensée ?

J.L. La cuvée 94 a permis de mettre en évidence les fortes imbrications entre la physique et la chimie. L'évolution considérable de nos connaissances en chimie moléculaire, notre compréhension de la structuration des éléments et de la complexité de la matière, tel était le thème développé par Jean-Marie Lehn, prix Nobel de chimie, lors de la conférence inaugurale. En clôture du colloque, Jacques Friedel, président de l'Académie des sciences et de l'Institut de France, faisait le point sur les avancées au niveau des supra-conducteurs. Les grands instruments de la physique, en particulier le synchrotron (2) européen installé à Grenoble, ont fait l'objet d'une conférence intermédiaire, par le physicien Yves Pétroff.



Sciences-Ouest : Pourquoi avoir invité des industriels à cette manifestation scientifique ?

J.L. Les industriels présents à notre table ronde venaient des plus grands groupes : Péchiney, Alcatel Alsthom, Saint-Gobain, Rhône Poulenc et Onera. Nous souhaitions connaître leurs préoccupations, afin des les confronter à nos travaux. Il apparaît en fait que l'intérêt du monde industriel se situe davantage au niveau des mises en œuvre et des procédés de fabrication, que des matériaux eux-mêmes. Il faut savoir, par exemple, que les bouteilles de verre contenant le Champagne ont vu leur poids réduit de moitié en un demi-siècle, grâce à l'évolution non pas du verre, mais des techniques de fabrication des bouteilles.
Nous avons également invité près de 300 jeunes chercheurs, afin de leur offrir l'opportunité de présenter leurs travaux devant un parterre de physiciens de renom, mais surtout d'échanger des idées, à cette époque charnière où la physique s'ouvre au monde quotidien et aux autres disciplines scientifiques. Nous souhaitons ainsi attirer les étudiants vers cette filière qui n'a pas toujours été bien considérée.



Sciences-Ouest : Pourquoi Rennes a-t-elle été choisie pour accueillir ces 4èmes JMC ?

J.L. Cet événement montre la reconnaissance de Rennes, à la fois comme pôle "Physique (3) et comme pôle "Matériaux". Grâce à l'association des laboratoires de chimie et de physique autour des matériaux (verres, supra-conducteurs, semi-conducteurs...), et à la participation des géologues et géophysiciens de Géosciences Rennes, nous avons acquis la dimension internationale nécessaire à l'animation d'une telle manifestation.

H.T.


Notes :

L'URA CNRS 804 organisait cette rencontre avec 5 autres laboratoires : le Laboratoire de spectroscopie du solide (ERS 0136), le Groupe de micro-électronique (URA 1648), le Laboratoire de chimie du solide et inorganique moléculaire (URA 1495), le Laboratoire des verres et céramiques (URA 1496), le Laboratoire de physique des solides (INSA, ERS 0134). Ont également participé l'université de Rennes 1 et la délégation régionale Bretagne-Pays de la Loire du CNRS.

(2) Synchrotron : accélérateur permettant d'obtenir des faisceaux électromagnétiques très intenses, en particulier dans le domaine des rayons X.

(3) Depuis 4 ans, le CNRS a renforcé le potentiel des laboratoires de physique de l'université de Rennes 1 en créant 10 postes de chercheurs et 5 postes d'ITA (ingénieurs, techniciens et administratifs).



Contact : Jacques Lemaître,

Tél. 99 28 60 68