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Les sciences et les technologies sont plus que jamais les ressorts de la compétition économique ; il en résulte que l'information, le renseignement, sont devenus des rouages essentiels pour le développement national.
Les origines militaires du renseignement expliquent que l'on assimile volontiers tout ce qui relève de cette activité à de l'espionnage, en y ajoutant la connotation négative et romanesque qui en découle. Et pourtant...
NE PAS VIVRE SUR SES ACQUIS
"Il est indispensable de ne pas se contenter de produire et de vivre sur ses acquis, mais de maîtriser parfaitement les informations concernant les concurrents, pour se défendre et attaquer. Etre au courant des évolutions dans son secteur d'activité est un impératif vital. Les données scientifiques, techniques, technico-économiques et financières évoluent sans cesse, ce qui nécessite de surveiller les tendances, de déceler les indices de changement, d'anticiper, d'être prêt à innover", affirme, dans un entretien accordé à la revue France-Eco Japon, Serge Plattard, conseiller pour la science et la technologie auprès de l'ambassade de France à Tokyo. Le fonctionnaire français est à bonne école au pays du soleil levant, dont on ne cesse de dire que le ratissage systématique des informations en provenance de l'étranger est l'une des clés de la réussite économique.
HISTOIRE DU RENSEIGNEMENT
La réalité est plus nuancée, comme nous l'explique le Brestois Roger Faligot, spécialiste des questions de stratégie en Asie et lui-même directeur d'une lettre d'information internationale, l'Asian Seas Newsletter : "Les départements de renseignement scientifique sont nés pendant la guerre de 14-18 ; les grands maîtres en furent les Britanniques et les Français. A l'époque, l'arme bactériologique étant considérée comme l'arme suprême, les laboratoires de biologie se sont trouvés en première ligne. Aujourd'hui, les services de renseignement et les scientifiques travaillent ensemble aux Etats-Unis, en Allemagne et au Japon. Un tiers des personnels de la CIA est affecté au renseignement économique et scientifique. Au Japon en particulier, renseignement et connaissance sont intimement liés, historiquement et culturellement. Qu'il s'agisse du secteur public, du secteur privé ou du monde de la recherche, tous font remonter les informations au cabinet du Premier ministre, qui agit littéralement comme un aspirateur."
EVOLUTION DU SYSTÈME FRANÇAIS
"Mais il ne faut pas mythifier le système japonais",poursuit Roger Faligot : "il a les défauts de ses avantages. Comme il n'existe pas d'échelons intermédiaires pour filtrer, exploiter et redistribuer l'information, il se produit un véritable goulot d'étranglement au niveau de la direction de l'Etat. Le haut de la pyramide est littéralement noyé par l'information et une partie du renseignement ne circule plus." Que se passe-t-il en France ? "Le secrétariat de la Défense nationale dépend du Premier ministre : il centralise toutes les informations scientifiques pour établir des stratégies de recherche," fait remarquer Roger Faligot. "Il est également chargé de classifier les secrets défense en matière scientifique. La DGSE(1) se charge du renseignement sur les firmes et organismes étrangers susceptibles d'être en compétition avec la France. Ceci est une évolution nouvelle dans le système de renseignement national."
MISE EN PLACE D'UN SYSTÈME EUROPÉEN
Depuis la fin de la guerre froide, les services de renseignement français, comme leurs homologues étrangers, travaillent de moins en moins sur les renseignements strictement militaires (qui ne représentent plus que 20% de leur activité). Ils se consacrent en priorité au recueil d'informations d'intérêt plus général, parmi lesquelles les renseignements de nature scientifique et technologique. "Actuellement, le débat est ouvert pour redéfinir une frontière du renseignement technico-scientifique à l'échelon européen. Il s'agit de protéger l'Union européenne contre les ex-pays communistes, l'Asie et les pays islamiques notamment",précise Roger Faligot. Les domaines où la recherche scientifique et technologique est "sensible" sont très nombreux. L'armement, l'aéronautique, les télécommunications ou l'électronique sont les plus évidents pour le public. Mais des secteurs comme la météorologie, la biologie, l'agro-alimentaire ou encore la recherche médicale sont tout aussi stratégiques. Citons, par exemple, la recherche d'un vaccin contre le SIDA, dont les enjeux économiques et humains sont considérables.
F.B-C.
Notes :
(1) DGSE : Direction générale des services extérieurs .
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