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Géoarmor, bureau d'études géologiques
De l'or en Bretagne
Géologie sous-marine en baie de Douarnenez
Le kaolin de Ploemeur : l'or blanc breton
Renaissance de la "Belle Bleue"

 


RENAISSANCE DE LA "BELLE BLEUE"




C'est à Maël-Carhaix, entre Monts d'Arrée et Montagne Noire, que revivent les dernières ardoisières de Bretagne. Réputée pour la qualité exceptionnelle de son schiste, la mine de Moulin-Lande, réouverte en 1988, compte bien relever le défi de la concurrence angevine et espagnole.

* Le tierçage consiste à fendre les "repartons" au marteau et au ciseau : c'est une opération délicate, qui se fait encore beaucoup manuellement .


Exploitée depuis 1890, la mine de Moulin-Lande est un haut lieu de l'histoire minière bretonne. C'est dans les années 30, au moment où l'industrie ardoisière bretonne était à son apogée, qu'elle connut sa plus grande prospérité. Elle employait alors plus de 170 ouvriers et exploitait deux chambres simultanément, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.


JUSQU'AUX TOITS DES INVALIDES

Acquises en 1902 par Pierre-Louis Henri, les ardoisières de Maël-Carhaix sont, depuis cette date, une entreprise familiale. Elles se sont transmises de père en fils jusqu'au dépôt de bilan en décembre 1984, alors qu'elles étaient les dernières à avoir pu résister à la crise minière.
Yvon Barazer, l'actuel directeur et petit-fils de Pierre-Louis Henri, mettra quatre ans pour préparer leur réouverture, providentiellement aidé par l'ouragan de 1987 qui nécessita la reconstruction de tant de toitures en Bretagne. Il réussit aussi à trouver d'autres marchés que le marché local et, aujourd'hui, il est fier d'annoncer des contrats importants, notamment avec la Ville de Paris pour la rénovation de la Sorbonne et de l'Assemblée nationale. Après les Invalides déjà couverts par les ardoises bleues de Maël-Carhaix, ce seront deux nouveaux bâtiments prestigieux qui témoigneront de la renaissance de l'ardoise bretonne. Outre Paris, c'est à Utrecht, en Hollande, que l'on pourra voir bientôt ses ardoises. L'Archevêché d'Utrecht vient en effet de passer un marché pour la réfection des toits de trente de ses églises.
Utilisée pour les toitures de prestige, l'ardoise de Maël-Carhaix est considérée comme la plus belle des ardoises. Elle est, en effet, dépourvue de pyrite, ce qui élimine les risques d'oxydation, et par là même, les trous. Elle est aussi vierge de carbonate de calcium, ce qui donne une très bonne tenue de la couleur dans le temps. Ne dit-on pas qu'elle est garantie cent ans !


DES SIÈCLES D'ARDOISE

Avec leurs 14 hectares de superficie, les ardoisières de Maël-Carhaix ont encore de beaux jours devant elles. "En cent ans d'exploitation," affirme Yvon Bérazer, "nous n'avons pas encore exploité la moitié du gisement. La ressource est assurée au moins pour cent cinquante ans, d'autant que l'on a récemment trouvé une nouvelle veine."
Trente ouvriers travaillent aujourd'hui aux ardoisières, dont 8 mineurs qui extraient 4 000 tonnes d'ardoise pour 2 000 tonnes de produits finis, soit un rendement de 50% alors que les Espagnols n'en sont qu'à 5 %. Cette production devrait doubler, dès 95, grâce à l'arrivée en novembre d'une nouvelle machine : une "havreuse-souilleuse" de fabrication italienne (une tronçonneuse sur rail qui travaille à la fois en vertical et en horizontal). Deux niveaux d'exploitation sont actuellement en service : à 60 et à 200 m de profondeur, dans des veines larges de 20 à 65 m.



DU TIERÇAGE AU RONDISSAGE

Une fois remontés du fond, les blocs de schiste, qui peuvent atteindre quatre tonnes, sont découpés à la surface par l'équipe des fendeurs. Un découpage délicat qui se fait selon les kaïhls, ces nervures qui sont "comme des os dans un morceau de viande", explique Yvon Barazer.
Débitée en "repartons", des petits blocs rectangulaires grossièrement taillés, l'ardoise est ensuite "tiercée", c'est-à-dire cassée dans le sens de la longueur, selon la largeur du burin. Le "tierçage" consiste à fendre le morceau d'ardoise au marteau et au burin. Une opération difficile qui se fait encore à la main pour les ardoises les plus délicates. Chaque "reparton" donne en moyenne 12 ardoises. A Moulin-Lande, on produit principalement trois épaisseurs d'ardoise : 3, 5 et 7 mm, les ardoises les plus épaisses, servant à recouvrir les monuments historiques, peuvent atteindre 9 mm.
Une fois le "tierçage" effectué, l'ardoise est passée à la cliveuse pneumatique pour être cassée plus finement : l'onde de choc produite par la machine casse le morceau d'ardoise à 3 mm d'épaisseur. Cette ardoise, qui a maintenant l'épaisseur voulue, est alors taillée, c'est le "rondissage", fait ici par l'une des deux femmes de l'entreprise. Taillée et biseautée, l'ardoise est prête à poser. Ces ardoises d'une qualité incomparable, de l'avis même des spécialistes, attendent sagement stockées sur palettes avant d'être bientôt utilisées.
Peut-être les verrons-nous un jour recouvrir les toits majestueux du Parlement de Bretagne, à Rennes, c'est en tout cas le souhait le plus cher d' Yvon Barazer.

E.G.

Contact : Yvon Barazer,

Tél. 96 24 62 42