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ÉDITORIAL
Les sciences du cerveau
Ce mois-ci, Sciences-Ouest aborde un sujet délicat, longtemps objet de méfiance de la part des populations : les sciences du cerveau. Le cerveau reste le lieu de tous les mystères de l'espèce humaine, là où se concentrent les particularités de chacun, le seul organe que l'on ne pourra jamais greffer, transplanter d'un individu à l'autre.
Depuis un demi-siècle, l'informatique n'a d'autre ambition que de copier cette merveilleuse machine, dont les capacités de réflexion et de mémoire ont longtemps ridiculisé les plus gros calculateurs. Pourquoi cette supériorité de l'homme face à la machine ? Parce qu'une machine, aussi puissante soit-elle, ne pensera jamais. Les réseaux de neurones et la logique floue apportent à l'informatique un ersatz de raisonnement, permettant à un programme d'évoluer et de s'adapter à un environnement changeant. Mais la vitesse de calcul et d'apprentissage d'un ordinateur est aujourd'hui telle, que le résultat du programme dépasse parfois les espérances du concepteur humain.
De passage à Rennes le mois dernier, à l'occasion des 10 ans du CCSTI, Joël de Rosnay, directeur du développement et des relations internationales à la Cité des sciences et de l'industrie de La Villette, raconta cette anecdote : un chercheur américain a reproduit sur son ordinateur le vol harmonieux d'une colonie d'étourneaux, soit environ 250 oiseaux. Ce fut un travail difficile mais le chercheur était bon : il a réussi à reproduire sur son écran la rapidité et la souplesse d'un vol groupé. Il a ensuite placé quelques colonnes sur le trajet des oiseaux, pour tester leur aptitude à contourner les obstacles. L'escadrille, ralentissant à peine, a habilement traversé le parcours en slalomant autour des colonnes, se regroupant ensuite pour poursuivre sa route. Tous sont passés sauf un, un oiseau qui a eu la malchance d'arriver pile sur le milieu d'une colonne. Le point correspondant s'est arrêté net sur l'écran, puis s'est remis en route en tournant de plus en plus vite autour de la colonne jusqu'à retrouver la vitesse initiale de l'escadrille. Il a alors quitté l'orbite de la colonne pour rejoindre rapidement ses camarades.
Ce comportement quasi naturel d'un objet informatique a de quoi surprendre : le pauvre chercheur en était bouleversé, pensant avoir réinventé la vie. C'est en fait la conséquence normale des ordres contenus dans le programme de simulation d'un vol d'étourneaux.
Cette anecdote montre que si les sciences du cerveau ne sont pas à proprement parler dangereuses pour la société, il faudra quand même veiller à garder le contrôle de leur développement, que l'on n'est actuellement pas en mesure de prévoir !
Michel CABARET - Directeur du CCSTI
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