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Les grands chantiers mégalithiques de Bretagne, Saint-Just et Monteneuf, ont complètement rénové notre connaissance des dolmens et des menhirs. Les premiers agriculteurs d'Armorique de l'époque néolithique (5 000 à 2 000 ans avant J.-C), avaient édifié leurs tombeaux et leurs monuments religieux, comme les alignements, non seulement en bordure des côtes comme Carnac-Locmariaquer, mais en des centres importants de Bretagne intérieure, que les fouilles récentes viennent de mettre en valeur.
SAINT-JUST, CONSERVATOIRE MÉGALITHIQUE
Saint-Just, commune à 40 km au Sud de Rennes, conserve sur la Grée de Cojoux, lande schisteuse, une extraordinaire série de mégalithes. Ce territoire planté de pins, voisinant avec des secteurs de lande, a été à plusieurs reprises ravagé par les incendies. Ceci a entraîné une action de sauvetage et la création d'un "Parc Espace vert naturel" par le Conseil général d'Ille-et-Vilaine. En 1980, les alignements du Moulin ont montré l'existence de deux files de menhirs Est-Ouest, avec une complémentaire Nord-Sud. Les fouilles de Charles-Tanguy Le Roux ont révélé des foyers anciens datant de 4 500 ans avant J.-C. et une réutilisation à l'Age de Bronze vers 2 000 avant J.-C., avec une construction de tombes utilisant les pierres des alignements, et dépôt de grandes urnes funéraires. De 1990 à 1992, toute une série de monuments ont été explorés par Jacques Briard, Gilles Leroux et Maurice Gautier. Le plus spectaculaire est le tumulus du Château-Bû au centre de la lande de Cojoux. Cette butte, de 30 m de diamètre, était surmontée de trois grands menhirs de quartz blancs et d'un autre couché. L'exploration a révélé qu'il existait sous le tumulus un grand dolmen avec cabinets latéraux. Il a pu être daté de 3 500 ans avant J.-C., par les poteries et les haches polies qu'il renfermait. Vers 1 500 ans avant J.-C., les gens de l'Age de Bronze avaient recouvert ce dolmen et construit à l'Est du tertre deux grandes tombes individuelles pour leurs chefs. L'une d'elles contenait un vase biconique à 5 anses, typique de la civilisation des tumulus de l'Ouest de l'Armorique. La fouille du site de la Croix Saint-Pierre, à l'Ouest de la Grée de Cojoux, a permis de retrouver et de restaurer trois beaux dolmens à galerie, dont l'un était associé à un petit menhir. Au pied du menhir, un foyer rituel a été daté de 4 500 ans avant J.-C.. Près de ces dolmens, un monument plus ancien était une tombe néolithique en fosse, entourée d'une douzaine de poteaux et d'un cercle de blocs de quartz. Elle contenait deux petits vases à fond rond et ouverture ovale, d'un type néolithique ancien issu du Bassin parisien. A 2 km au Nord-Ouest de la Grée de Cojoux, le beau monument mégalithique de Tréal a été restauré. Par son entrée latérale et ses poteries, il est daté de la fin du Néolithique, vers 2 500 ans avant J.-C. et complète ainsi un exceptionnel conservatoire du mégalithisme de Bretagne intérieure.
LES PIERRES DE MONTENEUF
Dans le Morbihan, le site de Monteneuf, entre Guer et Redon, était connu par quelques menhirs moussus cachés au milieu d'un bois. Dès juin 1989, les fouilles de Yannick Lecerf permettaient de reconnaître deux lignes de menhirs : l'une orientée Est-Ouest comptant 14 blocs dont 3 étaient restés debout et une file Nord-Sud comptant 9 pierres. Après débroussaillage, 32 autres monolithes étaient découverts. Ce site dit des Pierres Droites s'annonçait donc très complexe. En 1990, il se confirmait que les pierres se prolongeaient dans les parcelles voisines et en 1991, c'est un total de 150 menhirs organisés en 4 files qui pouvait être recensé. Les files principales s'étalaient d'Est en Ouest sur plus de 300 m. Toutes les pierres sont en schiste local qui affleure et l'on a retrouvé des blocs qui avaient été arrachés sur place. On a même trouvé des essais d'arrachement au sous-sol qui avaient été abandonnés, laissant des blocs rainures mais non détachés de la roche mère. Autour des menhirs se retrouvent des structures probablement funéraires, dont l'une a fourni un vase de l'Age de Bronze. Une curieuse structure, sans doute rituelle, forme un quadrilatère de 6 mètres de long, bordé de dalles de schiste rectangulaires. Une partie des menhirs, dont les fosses de calage avaient été retrouvées, ont pu être redressés. En fin de chantier, c'est un total de 356 menhirs qui a pu ressurgir. Une datation au radio-carbone montre que c'est au Xe siècle après J.-C. que les menhirs furent presque tous abattus. Ceci correspond aux injonctions des conciles comme celui de Nantes (assez discuté), qui demandaient d'extirper les cultes païens qui se déroulaient encore au pied des mégalithes. Ces fouilles ont donc apporté des renseignements inappréciables sur la religion mégalithique, à une époque où des esprits chagrins affirmaient péremptoirement que tout était dit sur les dolmens bretons.
Jacques Briard, Directeur de recherche au CNRS, Université de Rennes 1.
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