|
Le groupement Cemagref de Rennes consacre l'essentiel de ses activités au domaine de l'élevage. L'une de ses trois unités, la division Technologie, s'attache à automatiser les processus de production agricole et de transformation industrielle. C'est dans ce contexte de recherche appliquée, que Pascale Marty-Mahé dirige une équipe qui travaille à la mise au point d'un nouvel outil d'évaluation de la qualité, pour les abattoirs de volaille.
Pascale Marty-Mahé est ingénieur à la division Technologie, dans le laboratoire de traitement numérique. Depuis 2 ans, sous contrat avec le Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, ce laboratoire met au point un système de vision numérique des carcasses de dindes, à l'entrée des abattoirs. Ce projet est mené dans un souci de meilleure gestion de l'abattoir et d'évaluation de la qualité des produits. La partie "vision numérique" est réalisée en collaboration avec Edixia, petite société bretonne qui s'est fait une spécialité de la vision industrielle. Les critères d'évaluation de la qualité ont par ailleurs fait l'objet d'un cahier des charges, défini avec les industriels de la filière dinde, représentés par le CIDEF(1).
RECONNAÎTRE LES DÉFAUTS
A l'entrée de l'abattoir, les dindes sont décapitées, plumées et accrochées par les pattes à un rail qui les transporte vers les chaînes de découpe et de transformation. C'est à ce niveau que se situera le système d'évaluation numérique des défauts, en cours d'étude au Cemagref(2). "Les défauts sont de deux types : défauts de conformation et défauts d'aspect",commente Pascale Marty-Mahé. La détection et la quantification des défauts de conformation s'effectuent par un algorithme de reconnaissance de forme. Trois méthodes sont utilisées en parallèle, afin de détecter à coup sûr un défaut qui peut échapper à l'une ou l'autre des méthodes : une méthode de "mensuration" (mesure des différentes largeurs et longueurs caractéristiques), une méthode géométrique (calcul d'une surface géométrique proche des contours de la carcasse) et une méthode plus complexe, sorte de reconstitution cartographique du thorax de la carcasse à partir de son centre. "Cette méthode, que nous avons appelée KERNEL (noyau en anglais), est une création de notre laboratoire."
UTILISATION DU CRITÈRE "COULEUR"
D'après le cahier des charges, abondamment illustré de photos de carcasses de dindes, la plupart des défauts qui intéressent les industriels se repèrent à la couleur de la lésion : chair rouge pour une plaie, couleurs diverses pour les hématomes. "Le traitement approprié de l'image couleurs de la carcasse est la partie la plus complexe de notre système, mais nous sommes en passe d'aboutir, grâce à la confrontation des résultats obtenus par deux méthodes distinctes : l'une basée sur la segmentation automatique des couleurs et de leur intensité, l'autre faisant appel à l'apprentissage du système". Lors de son passage sur le rail, la carcasse est photographiée en couleurs. Pour la segmentation automatique, l'image est d'abord numérisée : à chaque pixel sont attribuées trois coordonnées colorimétriques (teinte, saturation, intensité). "Ces trois coordonnées permettent de dessiner des histogrammes multidimensionnels et de les traiter pour en extraire l'information recherchée : le type et l'étendue du ou des défauts". La méthode d'apprentissage est plus simple à expliquer, mais techniquement plus complexe à mettre en uvre. Le traitement commence par une phase d'apprentissage, au cours de laquelle le système enregistre l'image de plusieurs zones caractéristiques : par exemple, un fond noir (à côté de la carcasse), une zone de peau, une zone de chair (orifice d'éviscération)... L'image totale est ensuite traitée, en attribuant à chaque pixel une valeur qui correspond à son appartenance à l'une de ces "couleurs de dinde". "C'est un travail très intéressant car il s'appuie sur un ensemble de technologies, sophistiquées et récentes, en matière de traitement d'image." L'informatisation de la production et de la transformation est vraisemblablement en Bretagne, l'un des secteurs où la filière volaille est la plus concernée par les progrès scientifiques et techniques.
 |
 |
|
(Photos : CEMAGREF)
A- Image brute d'une carcasse dont une aile est à moitié arrachée. Cette volaille sera donc orientée vers l'atelier découpe, pour le prélèvement des filets et des cuisses.
B- Image obtenue par apprentissage : à partir d'un échantillon de peau et de chair à vif, le système identifie et localise l'attache de l'aile abîmée.
|
Notes :
(1) CIDEF : Comité interprofessionnel de la dinde en France.
(2) Cemagref : Centre national du machinisme agricole, du génie rural,
des eaux et des forêts.
Contact : Pascale Marty-Mahé, Philippe Marchal,
Tél. 99 28 15 15
|