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Derrière la façade du bâtiment du Groupement d'intérêt public (GIP) Bretagne Biotechnologie, situé dans la verte campagne de Saint-Pol-de-Léon, le chou-fleur a commencé à livrer ses secrets. Emblème léonard de toute une région dédiée à la production agricole et enjeu économique majeur, le "Prince de Bretagne" a valeur d'étendard de la qualité maraîchère bretonne. C'est pourquoi les chercheurs du GIP se sont penchés sur le berceau de l'espèce Brassica oleracea, variété (ou sous-espèce) botrytis. C'est en effet, le joli nom savant de ce type de chou dont on mange la pomme, "qui résulte de l'hypertrophie des inflorescences charnues" (Petit Larousse).
Une carte routière du chou-fleur
"On a décidé il y a quelques années (en 89), de créer le laboratoire et d'utiliser les outils de la biotechnologie pour améliorer et aider la sélection, dans le but de rester au sommet par rapport aux concurrents. Avec la coopération de l'INRA de Rennes, de la station de Plougoulm, et de l'Organisation bretonne de sélection (OBS), nous avons proposé un projet d'établissement de la carte génétique du chou-fleur auprès des instances européennes. Il a fait l'objet d'un financement de type Eurêka et l'ensemble s'est conclu à la fin de l'année dernière," retrace le docteur François Guidet, du laboratoire de biologie moléculaire du GIP, pilote du projet. Une carte génétique ? Il s'agit d'obtenir une représentation des neuf paires de chromosomes du chou-fleur à l'aide de marqueurs moléculaires, que l'on pourrait comparer aux bornes kilométriques le long d'une autoroute. Si la comparaison employée paraît simple, la mise en œuvre requiert des technologies de pointe plutôt complexes.
Au début, l'ADN
"Tout part de l'ADN. On essaye de détecter les différences entre deux individus. On utilise pour cela des sondes moléculaires, qui sont des fragments d'ADN de chou-fleur clones dans des bactéries. Ces sondes vont être utilisées de façon systématique pour pouvoir détecter un polymorphisme(1), c'est-à-dire des différences au niveau de la séquence des gènes," commente François Guidet. On essaye ensuite de faire un lien entre les marqueurs trouvés, qui repèrent des séquences d'ADN, et des caractères d'intérêt agronomique. On a ainsi trouvé les gènes responsables de la stérilité de la partie mâle de la fleur, un caractère intéressant pour le sélectionneur souhaitant créer des descendances hybrides(2). Une plante hybride est plus vigoureuse, plus homogène, et la variété est plus facile à reproduire. Or pour qu'il y ait hybridation, il ne doit pas y avoir d'auto-fécondation des parties mâle et femelle de la même plante. "Tout cela, le sélectionneur le fait déjà, puisqu'il essaye de repérer un caractère intéressant dans une lignée-x, pour l'introduire dans une lignée-élite. Sa technique consiste à croiser une lignée-élite avec une lignée-x, puis de repérer les individus intéressants et de les recroiser plusieurs fois avec la lignée-élite. Il s'agit de garder la partie intéressante de la lignée-élite en diluant le nouveau caractère apporté par la lignée-x," explique le chercheur. Tout l'intérêt des travaux sur la carte génétique est qu'en utilisant les marqueurs moléculaires, on accélère le processus de sélection, en repérant dès le stade de la plantule ou même sur un bout de feuille, le marqueur associé à un caractère. Ce repérage précoce permet des économies de temps et d'argent. À présent qu'est achevé ce programme Eurêka de carte génétique, nommé "RFLP Brassica" et dont il était en charge, le GIP Bretagne Biotechnologie est passé à la phase des recherches appliquées, avec l'utilisation de marqueurs pour le sélectionneur. "On continue à travailler sur le procédé pour en faire une activité rentable, ou encore plus rentable," conclut François Guidet. Pour son prochain voyage au cœur des caractères génétiques, le docteur François Guidet va se tourner vers une nouvelle "terra incognita" léonarde, l'artichaut.
M.-E. P.
Contact : François Guidet
Tél. 98 29 06 44
Notes :
(1) Polymorphisme : formes diverses au sein d'une même espèce, d'une même variété.
(2)Hybride : résultat d'un croisement entre deux espèces, deux variétés.
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RAPD et RFLP
Les méthodes employées pour cette recherche sont essentiellement la RFLP (Restriction fragment length polymorphism) et la RAPD (Random amplified polymorphic DNA). La RFLP, ou recherche de polymorphisme, est basée sur l'hybridation moléculaire du chou-fleur avec des sondes marquées. Elle distingue les deux lignées par la différence de longueur des fragments d'ADN correspondant à chacune. L'autre biotechnologie moléculaire utilisée est la RAPD, une variante de la PCR (Polymerase chain reaction) ou réaction de polymérisation en chaîne. La RAPD multiplie des fragments d'ADN de manière aléatoire, et met en évidence des régions différentes d'une variété à l'autre. Ces deux techniques d'identification sont complémentaires : ensemble elles permettent d'associer un marqueur moléculaire à un caractère agronomique intéressant.
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Un nouveau directeur au GIP
(GPO Photographie)
St-Pol-de-Léon (29) : à la tête du GIP depuis sa création en 1989, Alain Schlesser vient d'être nommé directeur du Pôle d'innovation de Quimper Atlantique, la technopole de la préfecture finistérienne. Le nouveau directeur du GIP Bretagne Biotechnologie est Serge Mabeau, chercheur au Centre d'études et de valorisation des algues à Pleubian, dans les Côtes d'Armor. À noter également le nouvel intitulé du GIP, "Bretagne Biotechnologie", un titre plus général qui ne mentionne pas la marque Prince de Bretagne.
Contact : Françoise Le Gall,
tél. 98 29 06 44.
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Basé sur le technopôle de Brest-Iroise, l'Institut des sciences agroalimentaires et du monde rural (ISAMOR) a pour vocation de regrouper et fédérer les laboratoires de l'Université de Bretagne occidentale ayant une compétence dans les domaines de recherche liés à l'agriculture et à l'agroalimentaire. "Les principaux axes de recherche," comme l'explique son directeur Michel Branchard, "ont un dénominateur commun, la qualité. Qualité des produits agroalimentaires, qualité de l'eau, qualité de vie de l'agriculteur." Sur le site de l'ISAMOR, le groupe de recherche agroalimentaire comprend deux laboratoires. Le premier concerne la microbiologie et la biochimie appliquées à l'agroalimentaire, ainsi que la toxicologie. Le second, qui fait l'objet d'un article dans ce dossier , porte l'intitulé : amélioration des végétaux, physiologie et biotechnologie. Il compte 10 chercheurs, thésards compris.
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L'Organisation bretonne de sélection
Plougoulm (29) : créée en 1970 à l'initiative des responsables professionnels du Finistère et des Côtes d'Armor, l'OBS a vu sa mission passer progressivement de la multiplication des variétés locales (chou-fleur, échalote, persil, artichaut, oignon) à la production d'hybrides, issus à 90 % de culture in vitro. Répartie sur 4 sites, l'OBS emploie 30 permanents et 15 salariés. Elle participe à de nombreuses recherches : citons par exemple les travaux sur le pelliculage des graines (incorporation de fongicides et d'insecticides), en collaboration avec la société Ceres du groupe Rhône-Poulenc.
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 (Britta)
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La culture in vitro est à l'origine de 90% des hybrides créés aujourd'hui.
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Contact : Tim Lunn, directeur,
tél. 98 29 92 55.
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