Génétique et amélioration végétale

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Génétique et amélioration végétale
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Génétique et amélioration végétale






"En matière d'amélioration végétale, la Bretagne a su mettre de son côté tous les atouts, en associant étroitement les producteurs et les industriels aux programmes de recherche scientifique. Les organisations professionnelles financent ainsi 40% des recherches", commente Yves Hervé, chercheur INRA(1), directeur adjoint de la station d'amélioration des plantes du Rheu, en Ille et Vilaine, responsable de la station expérimentale de Plougoulm, dans le Finistère, et professeur en sciences du végétal, amélioration des plantes et biotechnologies végétales, à l'ENSAR(1) à Rennes.


(Y.Hervé, INRA Rennes)

L'amélioration de l'artichaut est un objectif essentiel de la station expérimentale de Plougoulm, dans le Nord Finistère.


"Nous nous intéressons tout particulièrement aux productions légumières de la Bretagne, à savoir le chou-fleur, le brocoli, l'artichaut et l'échalote". Ces recherches sont très bien organisées : la création variétale est l'affaire de l'INRA et du CERAFEL, le Comité économique agricole fruits et légumes de Bretagne. Une vingtaine de personnes (ingénieurs et techniciens) travaillent à l'amélioration génétique des productions légumières de l'Ouest, sous la responsabilité scientifique de l'INRA.
Une partie des créations se fait au Rheu (comme le chou-fleur d'automne), une autre à Plougoulm (chou-fleur d'hiver-printemps, artichaut, brocoli). Les biotechnologies, essentiellement le marquage des gènes et la technologie haploïde(2), sont le domaine réservé du GIP Bretagne Biotechnologie, à Saint-Pol-de-Léon, où travaillent en permanence un chercheur et un technicien de l'INRA.


La loterie de la création variétale


La partie expérimentale est particulièrement développée en Bretagne : elle est assurée par le CATÉ (Comité d'action technique et économique) et par l'OBS (Organisation bretonne de sélection). Ce dernier organisme est, d'autre part, le multiplicateur exclusif des semences créées par l'INRA et le CERAFEL. "La création de variétés n'est pas une activité très lucrative en elle-même : sur les 15 000 à 20 000 F du prix de vente d'un kilo de semences, l'INRA et le CERAFEL ne prennent que 350 F chacun." Pas très rentable quand on sait qu'il faut créer près de 1 000 variétés avant d'en trouver une qui ait un réel intérêt agronomique !
Avec 300 000 tonnes par an, le chou-fleur breton représente 80 % de la production nationale. La France est le premier pays producteur de choux-fleurs et exporte la moitié de sa production. Pour l'artichaut, nous sommes dépassés par l'Italie et l'Espagne. Ce légume, d'origine méditerranéenne, a été peu à peu cultivé en Bretagne où les périodes de gel sont rares. Artichaut et chou-fleur sont des légumes complètement différents : leur seul point commun est d'être produits en Bretagne.


Les caprices du chou-fleur


Il existe plusieurs centaines de variétés de chou-fleur, ce qui permet toutes les combinaisons génétiques possibles et imaginables.
"Avec l'évolution des pratiques agricoles, certaines variétés anciennes risquaient de disparaître. C'est pourquoi il y a 10 ans, nous avons échantillonné les choux-fleurs de toute l'Europe, pour les besoins de la conservation, mais aussi pour constituer notre banque de ressources génétiques !" Yves Hervé est à l'origine de cette vaste collecte.
La culture du chou-fleur est difficile : son cycle est très long (6 mois à plus d'un an) pour une période de récolte très courte (3 jours !). Cela nécessite de cultiver, en permanence, un grand nombre de variétés différentes, afin que les périodes de récolte puissent se succéder dans l'année, pour assurer une production continue. De là découle la nécessité de créer toujours plus de variétés.


L'artichaut, un clone


L'artichaut français, quant à lui, provient à 80% d'une variété unique, le camus de Bretagne. Il ne se reproduit actuellement que par clonage, ce qui limite ses possibilités d'amélioration. "Nous avons réussi à créer un clone dont la productivité est améliorée de 30 %, un autre dont le rendement industriel, c'est-à-dire le poids du fond par rapport au capitule entier, passe de 12% à 18%." Une autre technique, la culture de l'artichaut sur semis, sera bientôt opérationnelle. Elle facilitera la culture et l'amélioration de l'artichaut breton. "Ce qui compte, ce ne sont pas nos succès de laboratoire, mais bien l'avenir de la profession légumière bretonne !", conclut Yves Hervé.

                                                                                                                                                               H.T.

Contact : Yves Hervé

Tél. 99 28 54 73.

Notes :

(1) INRA : Institut national de la recherche agronomique ;

ENSAR ; Ecole nationale supérieure agronomique de Rennes.

(2) La technologie haploïde ; cette technique permet d'obtenir des lignées pures directement à partir de grains de pollen.