La faculté des sciences , deux vocations

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La faculté des sciences , deux vocations

 


(D.R)
De 1856 à 1897, la faculté des sciences occupait une partie du Palais universitaire (aujourd'hui Musée de Bretagne et des beaux-arts).



Entre théorie et pratique, les professeurs de la faculté des sciences de Rennes participent au développement scientifique de la seconde moitié du 19e siècle. Au départ, leur tâche réside dans la préparation des élèves aux examens (essentiellement le baccalauréat ès sciences) et dans la participation aux jurys. Le rôle des facultés est avant tout de former des bacheliers et non des chercheurs.


"Le 30 mars 1855, un décret crée l'école préparatoire à l'enseignement des sciences et des lettres. Cette création marque la nouvelle politique gouvernementale, laquelle tend à développer les centres scientifiques, à élever par les applications de la science la puissance agricole du pays, à conserver à la France une place parmi les grandes nations industrielles."(1) Pour répondre à ces obligations d'ouverture, différentes initiatives sont prises par le corps enseignant. C'est ainsi que des cours du soir sont organisés dès 1869 et connaissent un succès extraordinaire.


Un centre d'enseignement

Mais, c'est à la fin du 19e siècle que la vitalité de l'enseignement supérieur scientifique en Bretagne trouve un nouvel essor. L'école de médecine, réorganisée en 1886, devient enfin école de plein exercice en 1896. Avec ses 1236 étudiants en 1904, Rennes se place au cinquième rang des universités provinciales. Le rôle et les vertus de l'enseignement en général, et de l'enseignement supérieur en particulier, sont alors sans cesse réaffirmés :
"Plus les idées démocratiques se sont répandues et fortifiées, plus la République a pris conscience de ses intérêts et de sa mission, plus elle s'est montrée soucieuse d'organiser, de multiplier, de fortifier les instruments de la haute culture.

(...)

L'enseignement supérieur prend conscience de son rôle social et il fait de plus en plus descendre dans l'éducation nationale non pas la connaissance de toutes les sciences, mais l'esprit scientifique, qui est un esprit de méthode, de tolérance, de liberté et de progrès.

(...)

C'est à elles (les universités) qu'il appartient de faire progresser la science, d'enseigner les vérités découvertes et d'en diriger les applications. C'est par elles que la science se crée, s'enseigne et s'applique". Ainsi s'exprime le ministre de l'Instruction publique en 1911.


Un centre de recherche

Cependant, les professeurs ne perdent pas de vue la nécessité de diffuser leurs travaux et en 1873, Simon Sirodot (professeur de zoologie et doyen de la faculté de 1869 à 1894) affirme de façon originale que "la réputation d'une faculté des sciences, à tort ou à raison, s'établit beaucoup moins par le succès des leçons des professeurs que par l'importance des recherches personnelles qui le mettent en rapport avec le monde savant et, plus particulièrement, avec l'Académie des sciences".Pasteur, depuis Paris, a donné le signal d'un regain universitaire. Ainsi, après leur thèse, les professeurs publient régulièrement dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, dans les Annales des sciences naturelles, dans le Bulletin de la Société mathématique de France... De très grande qualité, ces travaux sont souvent remarqués et honorés par la communauté scientifique.
Dès 1845, l'Académie des sciences témoignait au professeur Faustino Malaguti (cf. encadré) toute son estime en faisant imprimer ses travaux dans les Mémoires des savants étrangers (c'est-à-dire non membres de l'Académie).
Mais les professeurs publient également dans les bulletins des sociétés provinciales, à diffusion plus limitée. Les savants ont pris l'habitude de se regrouper en sociétés, lieux d'exposition des idées nouvelles, et lieux de communication permettant à des initiés d'échanger leurs expériences ; c'est le cas de la Commission météorologique du département d'IIle-et-Vilaine fondée par Gripon (titulaire de la chaire de physique à partir de 1868) dès 1879. Elles peuvent servir de relais financiers, aider à la publication scientifique ou encore soutenir quelques projets. La présence d'une faculté des sciences est un facteur favorable à ce genre d'implantation.

                                                                                                                                          Anne Le Roux




(Archives Rennes)

Faustino Malaguti (1802-1878) : Professeur de la chaire de chimie de la faculté des sciences de Rennes de 1840 à 1866, il y fonda l'enseignement de la chimie agricole où il devint le doyen de 1855 à 1866. Il fut ensuite recteur de l'Académie de Rennes.

Notes :

(1) La Bretagne des savants et des ingénieurs (1825-1900), Éditions Ouest-France, p.278-299 (article de J. Fennec et J.-P. Escofier).


Contact :

Anne Le Roux,

tél. 02 97 51 66 71.