Le plan routier Breton

ACCUEIL > Sciences Ouest > Année 1996 > 122 > Gros plan > Histoire et Société > Le plan routier Breton
La naissance de l' écriture
Le plan routier Breton

 


Le plan routier breton




(Direction départementale de l'équipement des Côtes du Nord)

Recensement de la circulation dans le département des Côtes du Nord.


L'aménagement de grandes routes en Bretagne, au cours du dernier quart de siècle, a été un atout majeur de l'aménagement du territoire régional et de son développement économique.


A
vant de décrire l'historique de cette œuvre, qui fera l'objet de plusieurs articles dans "Sciences-Ouest", et qui d'ailleurs se poursuit encore aujourd'hui, nous ferons, pour la situer, un bref aperçu préalable de l'histoire des infrastructures de transport.


Les transports à travers les âges

Les transports maritimes et fluviaux, ces derniers dans les estuaires et sur certains cours d'eau pouvant s'y prêter, sont utilisés depuis la plus haute Antiquité. Cependant, le premier réseau cohérent de transports intérieurs fut celui des routes romaines, aux deux premiers siècles de notre ère. Cette extraordinaire réalisation, pour l'époque, permit le maintien de la paix, le développement de l'urbanisation et celui de la civilisation gallo-romaine. Ainsi, au 3ème siècle, le territoire sur lequel s'étendait la ville de Rennes (appelée Condate à l'époque) était trois fois plus grand que ce qu'il fut par la suite, entre le 5ème et le 14ème siècle.
À part quelques réalisations ponctuelles de franchissement de rivières, on construisit peu de voies nouvelles pendant le Moyen Âge. Des villes se développèrent en fond d'estuaire (Dinan, Tréguier, Quimper...). La Renaissance vit le lancement d'un programme de voies d'eau, rivières rendues navigables puis canaux, qui se poursuivit jusqu'au 19ème siècle, et permit des transports intérieurs de pondéreux, nécessaires aux besoins de l'économie de l'époque. En Bretagne, ce furent, au 18ème et 19ème siècles, la Vilaine, le Blavet, les canaux d'Ille et Rance et de Nantes à Brest.
Le 19ème siècle fut celui du chemin de fer, dont le réseau, de plus en plus maillé, s'étendit jusqu'au début du 20ème siècle. Mais l'invention du revêtement bitumé, du pneumatique, et du moteur à explosion fit, du 20ème siècle, l'ère des routes et des transports routiers. Ceux-ci offrirent des avantages essentiels, tant pour les personnes que pour les marchandises : souplesse des horaires et porte à porte sans rupture de charge.
Parallèlement à la construction d'un vaste réseau routier, la seconde moitié du 20ème siècle a vu le développement extraordinaire des transports aériens, ainsi que celui des télécommunications, lesquelles permettent de transmettre instantanément des quantités considérables d'informations. Quant aux chemins de fer et aux canaux, ils s'adaptent pour des besoins spécifiques : le TGV pour les voyageurs sur moyennes distances, les péniches, au gabarit européen de 1350 t, pour les voies d'eau.


Le lancement du plan routier breton

Avant 1970, les routes bretonnes étaient sinueuses, plus ou moins étroites, et incapables d'accueillir un trafic automobile de quelque importance. Certes, un gros effort avait été fait de 1950 à 1970 sur le réseau secondaire desservant les bourgs et les campagnes, mais les grands axes avaient pris du retard par rapport à la croissance continue du trafic routier.
La première décision historique fut prise, par le gouvernement lors du Ciat (Comité interministériel d'aménagement du territoire), le 9 octobre 1968, suite aux pressions des élus bretons. Elle engageait, sur la fin du cinquième plan et sur le sixième plan, pour une dépense globale de 800 millions de francs, la réalisation des axes nord et sud de la péninsule à 2 x 2 voies, plus un aménagement "progressif" de l'axe central et de Caen - Rennes -Nantes. La somme à engager en 1969 et 1970 était fixée à 200 MF.
Cette volonté d'aménagement du territoire tenait compte du caractère péninsulaire de la région, et de son éloignement par rapport aux principaux pôles économiques français et européens. En Bretagne, la distance de Brest à Vitré est aussi grande que de Vitré à Paris. Compte tenu des moyens du pays à l'époque, cette volonté était très remarquable. Le réseau d'autoroutes était encore quasiment inexistant. En valeur actuelle, les sommes ci-dessus seraient à multiplier par un coefficient supérieur à 4.
Mais ce qui marqua le plus fut la confirmation de cet engagement faite à Quimper par le général de Gaulle, le 2 février 1969, dans un discours historique : "Voici que les décisions sont prises pour que deux routes à 4 voies pénètrent la péninsule jusqu'à Brest, l'une au Nord, l'autre au Sud, et qu'une route à 3 voies lui serve d'axe central".


Les premiers pas

Une fois l'effet d'annonce passé, il fallut faire le bilan de la situation. Il n'y avait à l'époque que très peu de projets étudiés, et encore moins de terrains acquis. Aussi les services de l'Équipement se mirent-ils, avec de bien faibles moyens au départ, à la tâche avec enthousiasme.


                                                                                                                      Christian Delaunay
                                                                                                                                                  X45