Edito
L'innovation pour qui ?
Avec l'adoption de son Livre vert sur l'innovation, la Commission veut réveiller une Europe scientifiquement talentueuse mais industriellement timide. L'argument est connu : "une des faiblesses de l'Europe réside dans son infériorité relative à transformer les résultats de la recherche en innovations et avantages compétitifs". Dès lors, dans le contexte d'une compétition économique féroce entre les pays industrialisés, il s'agit de s'interroger sur les chances, pour l'Union européenne, de retrouver les voies de la postérité. Pour la Commission, qui ouvre le débat, il ne fait aucun doute que l'innovation est bénéfique, même si le Livre blanc sur la croissance, la compétitivité et l'emploi a déjà évoqué l'existence d'un "chômage technologique" qui incite à la prudence dans la promotion de l'innovation. Bien des acquis de la recherche et du développement technologique communautaires, notamment dans les secteurs des hautes technologies, peuvent en effet conduire, "à court terme, à des pertes d'emplois du fait de l'insertion rapide des innovations dans le secteur productif.
Certes, le contraire de l'innovation c'est "l'archaïsme et la routine", et l'Europe a plus à gagner en se cherchant un futur nouveau qu'en pleurant sur sa grandeur passée. Mais l'innovation, "prise comme synonyme de produire, assimiler et exploiter la nouveauté", comporte une dimension humaine et sociale dont nul ne peut faire l'économie. Comment entraîner les multiples agents économiques à se mobiliser pour innover ? Si le succès de la montre Swatch illustre les vertus d'une approche globale de l'innovation, l'exemple du Club Méditerranée, en soi parfaitement innovant, laisse dubitatif sur les finalités politiques et sociales d'une "révolution culturelle" plaçant l'innovation au cœur du développement. Puisque "le moteur de la croissance durable, c'est le développement des connaissances et le changement technologique", les entraves à l'innovation ne pourront être levées que par la force d'une motivation politique forte. Il faut donc faire partager au plus grand nombre cet espoir que la promotion de l'innovation est un enjeu majeur de la construction européenne.
C'est avec le souci de "faciliter la prise de conscience des effets bénéfiques de l'innovation" que la Commission met en débat, jusqu'au 10 mai 1996, les 13 pistes d'actions de son Livre vert.
En souhaitant développer et partager une "culture de l'innovation", l'Union européenne, désormais au fait de la situation, ne pourra éviter de prendre en compte la dimension sociale de l'innovation, que la vigueur et la transparence du débat devront traduire.
Dr Olivier Retout
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Sciences-Ouest, mensuel de la recherche et de l'innovation en Bretagne s'intéresse, bien entendu, à l'innovation... en Europe. Le Livre vert sur l'innovation que nous présente Olivier Retout, rédacteur en chef de "Médiascience international", est disponible ou consultable auprès de Euro Info centre (tél. 99 25 41 57), et peut également être commandé par E-mail à :
fabienne.lhuire@dgl3.cec.be. |
 (C.Perrot)
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