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La machine à laver fait aujourd'hui partie intégrante de notre quotidien : plus de 88 % des foyers français en possèdent une, qu'ils utilisent en moyenne 3,5 fois par semaine. Cet objet est si habituel que l'on oublie toutes les performances techniques qui lui permettent de laver, rincer, essorer, et même parfois sécher le linge : il lui faut introduire et éliminer l'eau dans le bac, contrôler la température et le niveau d'eau, moduler la vitesse de son moteur, prendre de la lessive ou de l'adoucissant, contrôler l'ouverture de la porte, etc. Les machines les plus modernes pèsent même le linge et adaptent en conséquence le programme de lavage ; elles savent aussi détecter un poids localisé et détasser le linge ! Comme le souligne Quynh Delaunay, cette intégration des fonctions, rendue possible avec l'introduction massive de l'électronique et des programmateurs depuis le milieu des années 80, va au-delà du simple remplacement de la force physique : elle concerne à présent des fonctions intellectuelles. Il a pourtant fallu près d'un demi-siècle pour que la machine à laver devienne cet instrument domestique indispensable. Un demi-siècle de progrès techniques et scientifiques, mais aussi de profondes mutations économiques, sociales et culturelles.
Confier son linge à une machine ?
C'est le Salon des arts ménagers de 1923 qui a « officiellement » lancé la machine à laver. Dans la revue « L'art ménager » de mars 1927, Louis Loucheur, ancien ministre, et président du conseil de l'Office national des recherches et inventions, soulignait l'intérêt porté par les autorités à cette invention : « Accomplir une besogne dans un minimum de temps et avec le minimum de peine, c'est l'idéal naturel vers lequel tendent tous les perfectionnements que l'on apporte aux diverses industries. Il eût été vraiment inexplicable que la plus courante, la plus répandue des industries -l'industrie ménagère qui intéresse des millions de femmes- échappât à cette règle ! ». L'acte de lavage étant un acte spécifiquement féminin, ce fut aux femmes que revint la décision d'accepter ou non l'introduction d'une machine dans leur domaine réservé. Les Françaises mirent d'ailleurs plus de temps que leurs collègues américaines pour accepter la machine à laver : en France, la culture du linge était très forte et les femmes ont longtemps été réticentes à l'idée de confier ce patrimoine familial (le trousseau) à une machine
C'est sans doute pourquoi le lave-linge n'équipait que 8 % des foyers en 1954 ; en 1961, ce chiffre était déjà passé à 27 %, puis à 40 % en 1966 et 57 % en 1971. C'est au cours des années 60 que la machine à laver est entrée en masse dans les foyers : cela correspond au passage d'une production en petites séries à une production de masse standardisée. Ce sont aussi les années du développement de l'électronique, et de l'automatisation des opérations de lavage : auparavant, les machines réalisaient chaque fonction séparément et plusieurs opérations devaient être réalisées manuellement (ouvrir et fermer les robinets, incliner la machine, contrôler le niveau d'eau
). Les années 60 sont enfin et surtout les années de l'urbanisation et de la participation croissante des femmes à la vie économique.
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ça c'est vrai, ça
Aujourd'hui encore, la machine à laver révèle et souligne quelques aspects de notre société ; par exemple, même si la culture du linge a un peu disparu en France, il en subsiste encore quelques traces dans les fonctions proposées par les machines modernes : les machines françaises se programment plutôt par matière, contrairement aux machines américaines (les ménagères américaines classeraient plutôt le linge selon sa fonction). Le « summum » de cette programmation par matière est sans doute atteint avec le programme « laine » : les constructeurs ont adapté les cadences de brassage (certaines machines « bercent » le linge !), les niveaux d'eau, les durées d'essorage, les arrivées d'eau chaude ou d'eau froide, les moments d'action de la lessive, pour « respecter » au maximum cette matière délicate. La machine à laver révèle aussi notre société par sa répartition géographique : les foyers des grandes villes sont en moyenne moins bien équipés que les autres. Pourquoi ? Parce que les grandes villes possèdent de nombreuses laveries commerciales, parce que les logements sont plus petits et aussi, parce de nombreux célibataires y vivent. Car, comme le souligne le sociologue Jean-Claude Kaufmann (1), c'est l'achat de la machine à laver donc la mise en commun de l'opération de lavage du linge- qui marque la constitution des vrais couples
C.P.
d'après l'ouvrage de Quynh Delaunay.
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« Histoire de la machine à laver, un objet technique dans la société française »
de Quynh Delaunay (380 p) est disponible en librairie au prix de 170 F ou par commande directe aux PUR, Campus de la Harpe, avenue Charles Tillon, 35044, Rennes cedex.
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