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Parlons bioéthique
| Les nouvelles avancées scientifiques et leurs effets dans la société suscitent de nombreuses interrogations et des inquiétudes. Philippe Lazar souhaite que ces questions soient l'occasion d'un dialogue entre les citoyens et les chercheurs "sur un pied d'égalité". |

(Inserm / C.Bobinet)
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A l'occasion des "Mardis de la science" organisés par L'Espace des sciences-CCSTI au
Triangle, Philippe Lazar, directeur de recherche à l'Inserm(1), a ouvert le débat sur l'éthique de la recherche, et plus particulièrement l'éthique biomédicale. Directeur général de l'Inserm de 1982 à 1996, Philippe Lazar a marqué l'histoire de cet institut en lui donnant notamment une dimension internationale et en engageant des réflexions sur les conséquences de ses travaux dans la société. "La réflexion éthique, c'est vraiment la membrane perméable entre la science et la société, c'est une façon d'entrer en communication et de comprendre, un mode d'appropriation des connaissances."
Le comité d'éthique
Dès sa nomination en 1982, à l'époque du premier "bébé éprouvette", Philippe Lazar a développé le comité d'éthique de l'Inserm au niveau national, afin "d'éclairer la population sur les problèmes liés aux avancées des sciences de la vie et de la santé". Depuis 1994, le comité consultatif national d'éthique a élargi ses fonctions à différents problèmes de société. En acceptant de publier des recommandations, "ce comité s'est finalement éloigné de sa mission originelle (...) car la réflexion éthique ne peut pas conduire un comité non représentatif de la société à émettre lui-même des recommandations", regrette Philippe Lazar, avant de présenter deux aspects spécifiques de l'éthique biomédicale. |

(Inserm)
Philippe Lazar, directeur de recherche à l'Inserm, participe au dialogue entre les citoyens et les scientifiques.
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Les essais thérapeutiques
L'application de nouveaux traitements sur des volontaires sains ou sur des malades, a suscité des réflexions concernant les interventions biomédicales sur l'homme. "À un stade de la recherche, après de nombreux essais concluants au laboratoire, il est nécessaire de tester sur l'homme les nouveaux médicaments potentiels". Pour réglementer ces essais, une loi fondamentale a été votée en 1988 pour protéger les personnes se prêtant à des essais médicaux. Les essais thérapeutiques sur des malades, permettant de comparer les effets de deux traitements pertinents, sont soumis à " la notion de consentement éclairé, véritable alpha et oméga en la matière" qui consiste à informer le patient sur les modalités alternatives du traitement. Cette demande de consentement est préalablement soumise à des comités de protection des personnes, présents dans toutes les grandes villes. Toutefois, selon Philippe Lazar, " la loi actuelle passe à côté de la psychologie du malade qui n'est pas toujours capable de prendre sereinement une telle décision ".
Prévoir ou prévenir
Ces dernières années, s'est ouvert un vaste débat sur l'utilisation des connaissances génétiques pour développer la médecine "prédictive". "A partir d'une goutte de sang prélevé dès la naissance, on pourrait, demain, avoir un panorama de ce qui risque de nous arriver dans le restant de nos jours". Inquiet de cette médicalisation potentielle de la vie, Philippe Lazar pense, qu'après tout, il vaut peut-être mieux "guérir que prévenir"toutes les fois que le coût psychologique (et matériel) de la prévention est excessif au regard de ses avantages. Ce qui, bien entendu, ne signifie pas qu'il faille renoncer à un effort permanent de prévention lorsque celle-ci ne bouleverse pas complètement l'existence. Par ailleurs, l'explosion actuelle de l'information pose problème. "La vision de la science est souvent déformée par les médias qui préfèrent aborder les problèmes au travers des scandales plutôt que par une analyse des risques. Il faudrait rétablir un équilibre entre les inquiétudes légitimes et le goût du questionnement qui est à la base même de l'acquisition de nouvelles connaissances". La notion de risque, aujourd'hui omniprésente, est "une notion essentielle"qu'il faudrait enseigner dès l'école. Le dialogue réalisé avec les scientifiques permettrait certainement de mieux appréhender les risques dans leur réalité.
Un terrain de dialogue
"Dans certains domaines, la réflexion éthique peut déboucher sur le droit, mais il y a des cas où l'on ne peut pas choisir car ce choix relève de la conscience individuelle. C'est là que le débat doit intervenir".Pour Philippe Lazar, les grandes interrogations, et parfois les craintes suscitées par l'avancée de la recherche, doivent être l'objet de nombreux échanges : "Le débat éthique devrait donner aux citoyens la capacité d'accéder, par une démarche propre, à une meilleure connaissance de la science, des choix scientifiques et de leurs conséquences (...) La réflexion éthique doit être un véritable terrain de dialogue entre les citoyens et les chercheurs-citoyens sur un pied d'égalité (...) aucun scientifique n'ayant, aujourd'hui, de connaissance absolue". Philippe Lazar a ainsi été à l'origine des "clubs Inserm jeunesse", véritables lieux de réflexion et de débat autour des problèmes de société posés par les avancées scientifiques. Au-delà de ces cercles d'initiés, il est important d'étendre les lieux de dialogue, voire de les recréer : "La réflexion sur ces questions devrait commencer dès l'école", par un retour aux "leçons de choses et d'instruction civique et morale". Le débat devrait ensuite continuer dans les lycées, les universités et dans toute la société, car "les vrais problèmes d'éthique en appellent fondamentalement à la conscience et par conséquent sont éclairés par le dialogue avec les autres".
P.H.
Notes :
(1) Inserm : Institut national de la santé et de la recherche médicale.
Contact :
Philippe Lazar,
tél. 01 45 20 77 91.
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