Avant 1968 : La grande scène de ménage (1)

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Parlons bioéthique
Avant 1968 : La grande scène de ménage (1)

 


 (Première partie )

Avant 1968 : la grande scène de ménage








À l'occasion de la séance solennelle de rentrée universitaire, le 17
octobre dernier, c'est avec l'esprit qui le caractérise que Claude Champaud, premier président de l'université de Rennes 1 de 1971 à 1975, a réveillé pour nous le souvenir des chambardements qui ont agité les débuts de nos universités rennaises. C'est cet épisode, souvent peu cité par les historiens, que Sciences-Ouest vous offre aujourd'hui, découpé en deux parties.


(D.R)
Claude Champaud évoque ses débuts à la présidence de l'université de Rennes 1.



Commençant son récit par une " brève glissade personnelle ", le président Champaud(1) évoque son enfance de fils d'instituteur, afin de justifier son destin "d'universitaire atypique". À l'école primaire de son père au Pin (44), puis au lycée de Nantes, l'élève Champaud brillait surtout par son absence, étant souvent malade. Il se décrit donc comme un "autodidacte des deux premiers cycles de formation". C'est à l'université de Paris et de Rennes que Claude Champaud, étudiant d'abord en lettres puis en droit, se coule dans le moule classique des études supérieures, pour devenir major du concours d'agrégation de droit privé en 1963.
Tout au long de ses 40 années de carrière universitaire, il restera cependant "atypique : à la fois professeur et conseiller d'entreprise, apôtre de la formation continue et de l'alternance, chantre de la doctrine de l'entreprise, ami de patrons du temps où c'était gravement pécher aux yeux des grands prêtres universitaires." Cette forme d'atypisme ne choque plus personne, puis-qu'aujourd'hui les universités bretonnes se targuent de leurs bonnes relations avec le monde économique. Mais à l'époque, "cela sentait le fagot", sourit Claude Champaud.



Une crise annoncée


C'est pourtant à lui que feront appel les universitaires, après les événements de mai 68, lorsqu'il faut remettre à flot le paquebot Université échoué sur la plage, coulé par les pavés. "Dès la rentrée universitaire de 1965, j'avais prédit une crise majeure mettant nos facultés en péril si nous, universitaires, n'étions pas capables de faire face aux changements provoqués par la mise en place d'une société technoscientifique, industrielle et urbaine, qui se substituait à notre antique civilisation agricole et rurale." Dès le milieu des années 50, "des visionnaires, comme Gaston Berger (atypique lui aussi), directeur des enseignements supérieurs(2), avaient prôné un renouvellement radical des missions et des modes de fonctionnement de l'Université".Cette mouvance a donné naissance à de nouveaux instituts à finalité professionnelle, comme l'IAE de Rennes(3) que Claude Champaud dirige en mai 1968. "Nous étions le seul établissement de la ville à ne pas faire grève. Ceux qui m'ont élu président de l'université ont dû penser que je possédais une baguette magique pour maintenir le calme dans les amphis : il n'en est rien. Je me suis contenté d'appliquer une recette simple, consistant à coller aux réalités de la vie économique pour la satisfaction des intérêts sociaux des jeunes d'alors". Encore aujourd'hui, Claude Champaud l'hérétique se dit surpris d'avoir été plébiscité, au lieu d'être brûlé. Peut-être le doit-il à "l'incoercible attrait du péché qui, de temps à autre, saisit ces parangons de vertu que nous croyons être".



Vive les vacances !


Les politicologues discutent toujours de la nature réelle des "événements" de 1968, tandis que les historiens ne paraissent guère pressés d'y appliquer leurs sciences, "trouvant plus sage de s'intéresser à Toutankhamon", se moque gentiment le professeur. "Une chose est sûre : cette monstrueuse kermesse marquait la fin de l'université de papa, c'est-à-dire de celle où, pour la plupart des étudiants, c'était la situation du père qui menait à la faculté et non la faculté qui les conduisait à leur profession personnelle. L'enseignement supérieur était clairement voué à la reproduction des élites. Toutefois, on y vénérait officiellement le mérite, en favorisant l'ascension de quelques sujets exogènes, dont je fus et ne saurais m'en plaindre..."
Comment cela s'est-il fini ? Tout simplement quand vint l'heure des vacances d'été. "Juillet vida les amphis. La loi Edgar Faure permit aux derniers insurgés de ne plus chercher la plage sous les pavés des villes, mais au bord de la mer, comme avant".

                                                                                                                       
H.T.



Notes : 

(1) Claude Champaud a été président de l'université de Rennes 1 de 1971 à 1975, il est depuis 1986 président du Comité consultatif régional de la recherche et du développement technologique (CCRRDT).

(2) Gaston Berger a donné son nom à l'avenue où se situe l'université de Rennes 2 Haute Bretagne.

(3)
IAE : Institut d'administration des entreprises.



Source : Discours du professeur Champaud, président honoraire de l'université de Rennes 1, prononcé le 17 octobre 1996 lors de la séance solennelle d'ouverture de l'année universitaire.



(Deuxième partie Sciences-Ouest n°133)