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La science du journaliste
Comment procède le journaliste face à des informations scientifiques complexes ? Peut-il être accessible et agréable à son audience, sans pour autant déformer les subtilités de la science ? Le point de vue de cinq journalistes scientifiques : Sylvestre Huet (Libération), Catherine Vincent (Le Monde), Éric Jouan (Eurêka), Catherine Mallaval (Libération) et Marie-Odile Monchicourt (Radio France).
Tout le monde connaît les règles du jeu de football", explique Sylvestre Huet. "En revanche, le journaliste scientifique doit rappeler, s'il écrit un article de physique nucléaire, ce qu'est le noyau, l'atome, les molécules, le proton, l'électron..." La tâche du journaliste scientifique est particulière : il doit écrire une histoire compréhensible par le plus grand nombre, tout en restituant la complexité du réel. Or la complexité du réel scientifique est extrême !
D'une part, pour être accessible, le journaliste doit simplifier. "Tout travail journalistique consiste à éliminer, à élaguer les branches. Comme il n'est pas question de tout dire, il faut nécessairement choisir un angle", précise d'emblée Catherine Vincent. L'angle permet au journaliste de présenter d'une manière unitaire et simplifiée une information complexe. Catherine Mallaval en donne un exemple. S'étant rendue sur le site présumé de la guerre de Troie pour y faire un reportage, la journaliste de Libération y a rencontré l'archéologue responsable des fouilles, "une personne ultra-méticuleuse, voire extrêmement casse-pieds". "Si je l'avais écoutée, l'angle aurait consisté à relater tous les derniers carottages, les dernières petites fouilles très précises... Pour le lecteur, cela aurait été insupportable et illisible ! J'ai donc décidé de rechercher tous les détails, tous les éléments retrouvés sur le terrain qui établissaient un lien avec le récit d'Homère. Afin d'appâter le lecteur en rendant l'information plus intéressante."
"On a trouvé ça"
Mais d'autre part, le journaliste doit respecter la complexité de l'information scientifique. C'est-à-dire ne pas énoncer des vérités comme étant définitivement établies. Les journalistes scientifiques, qui adoptent nécessairement un angle dans leur traitement de l'information afin de la rendre plus digeste, ne sont-ils pas tentés de simplifier à outrance ? Sylvestre Huet est clair sur ce point : "Le journaliste présente des travaux, des résultats, qui sont au tout début de leur processus de validation. À la limite, je considère que la tâche des journalistes est autant de faire comprendre aux gens le processus de création de la vérité scientifique -c'est un processus qui prend du temps -, que de dire «on a trouvé ça»". Conscient que la création scientifique est un processus complexe, le journaliste scientifique relativise ce qu'il écrit -ce qui n'est pas commun pour un journaliste - car, en général, ayant recoupé ses informations, il doit être sûr de ce qu'il avance. Ainsi, Catherine Mallaval mentionne que "l'année prochaine, il est possible qu'un chercheur découvre autre chose, et que tout soit à revoir". Ce respect de la complexité de l'information scientifique a une autre conséquence - spécifique elle aussi -sur la pratique du métier de journaliste scientifique : la relecture. Les journalistes donnent leurs articles à relire aux chercheurs avant la publication. "Nous ne leur demandons pas si le texte est bien écrit . c'est notre travail de journalistes. Mais nous leur demandons de repérer les erreurs qui se sont glissées dans le travail de vulgarisation. En voulant simplifier, nous pouvons laisser passer une erreur... Cela arrive, et dans ce cas nous réécrivons", explique le rédacteur en chef d'Eurêka. Pour Marie-Odile Monchicourt, qui produit la chronique "Infoscience" sur France Info, la relecture a même un autre avantage : "Je rappelle les chercheurs pour leur lire ma chronique et leur demander s'ils sont d'accord avec la vulgarisation, les images que j'utilise et les comparaisons que je prends. C'est d'ailleurs la partie la plus intéressante parce que c'est à ce moment-là que je vais véritablement comprendre toute la finesse d'une recherche." Simplificateur, afin d'être compris par les lecteurs, le journaliste scientifique relativise ses informations et les fait relire par des chercheurs, car il est conscient des incertitudes et des imprécisions qui planent sur les résultats scientifiques. "Lorsque l'on consacre un article à un sujet, cela signifie qu'il y a suffisamment de présomptions, que ce que l'on dit est dans la direction du vrai - si on peut parler de vérité en science -", explique Catherine Vincent. "Il faut simplement prendre la précaution de dire : attention, tout ce que je vous raconte n'est pas complètement sûr". Le journaliste scientifique ne se contente donc pas de relater des faits : il informe le lecteur sur les incertitudes qui perdurent. Et c'est en donnant des informations sur la validité des informations scientifiques que le journaliste scientifique joue pleinement son rôle de vulgarisateur.
N.G.(1)
Notes :
(1) Ce texte est un résumé du mémoire de maîtrise de Nicolas Guillas, réalisé à l'Institut universitaire professionnalisé Information-communication de l'université de Rennes 2 (juin 96). L'auteur, collaborateur de Sciences-Ouest, a également animé une rubrique scientifique hebdomadaire sur Radio France Armorique entre septembre 95 et juin 96. |
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HUMEUR...
Journaliste scientifique : no future ?
Il y a 40 ans, les journalistes scientifiques pouvaient se compter sur les doigts d'une main. Aujourd'hui, ils sont entre 200 et 300... soit encore 10 fois moins nombreux que les journalistes sportifs ! Dans la presse non spécialisée, le journaliste scientifique est considéré comme un luxe... Motif : la science ne fait pas vendre. Donc, Claudie-Andrée Deshays n'intéresse personne, Dolly, la brebis clonée n'est absolument pas importante et l'enquête du professeur Viel sur le taux apparemment important de leucémies autour de La Hague n'a qu'un impact très local ! À quand la prise de conscience de la réelle importance de l'information scientifique ?
POUR EN SAVOIR PLUS
Science et communication. L'homme multidimensionnel. Nicolas Skrotsky. Collection Belfond/sciences, Paris, 1989.
La vulgarisation scientifique. Pierre Laszlo. Collection Que sais-je ? Presses universitaires de France, Paris, 1993.
Tintin au pays des éprouvettes. Quand les journalistes mettent le nez dans la science. Supplément à CFJ-info (journal école du Centre de formation des journalistes), n°201, mars 95.
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DES FORMATIONS
Cursus information, communication scientifique et technique
Paris : l'université Paris 7 propose une formation de second cycle universitaire (licence/maîtrise), préparant aux métiers du journalisme, de la communication et de l'édition scientifique. Un Diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS) dans la même spécialité, est ouvert aux étudiants titulaires d'un diplôme scientifique de niveau bac+ 4 minimum.
Contact :
Christiane Fullenwarth (licence-maîtrise),
tél. 01 44 27 54 01;
Mme Chantereau (DESS),
tél. 01 44 27 63 49.
"Journaliste et scientifique"
Lille (59) : cette formation de l'École supérieure de journalisme de Lille, en partenariat avec l'université des sciences et technologies de Lille 1, s'adresse à des étudiants scientifiques de haut niveau (maîtrise ou diplôme d'ingénieur) qui souhaitent travailler dans la presse écrite. Le cycle dure un an à temps complet, prévoit plusieurs stages et débouche sur un diplôme professionnel et un DESS.
Contact :
Guy Maron, ESJ,
tél. 03 20 30 44 12 ;
Mme Descamps, USTL,
tél. 03 20 43 44 12.
Année spéciale journalisme
Tours (37) : l'IUT de Tours propose une formation au journalisme à des étudiants déjà titulaires d'un diplôme universitaire dans les domaines scientifique, juridique ou économique. Cette formation dure une année et les destine surtout à la presse magazine.
Contact :
Evelyne Goldmann,
tél. 02 47 36 75 63. |
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