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Dossier du mois
À l'Espace des sciences

 



DOSSIER DU MOIS : Etre Jeune Chercheur en Bretagne





Offrir une deuxième chance



Durant leur période scolaire, les jeunes s'écartent quelquefois des sciences et des techniques. Si cette première rencontre est manquée, le second rendez-vous doit être le bon. Les centres de culture scientifique peuvent avoir à ce niveau un rôle essentiel à jouer...



Être cultivé, participer à la culture de son temps, c'est, à notre époque et plus que jamais, maîtriser un bagage scientifique et technique. Avoir accès à la culture est en soi un avantage inestimable, en termes de qualité de la vie (bien plus qu'en termes d'armement pour gagner du pouvoir, de la réussite ou du prestige). Avoir accès à la culture scientifique, c'est voir le monde avec les yeux d'aujourd'hui, comprendre quelle prise nous avons sur lui, ne pas être exclu de l'évolution des connaissances, des avancées de la recherche, des méthodes et des concepts nouveaux.
On ne peut être que désolé de voir tant de personnes renoncer à cet élément majeur du développement et de l'épanouissement personnel : "ce n'est pas mon truc, je n'y comprends rien, ça passe au-dessus de ma tête, je ne suis pas doué". Tout comme le rejet, par certains, des arts, ou du patrimoine de l'écrit, cette fermeture est presque toujours le résultat d'une mauvaise rencontre.

L'âge du refus

Quand on est jeune, on a besoin de définir son identité, de se différencier, d'affirmer ses goûts ; et cela passe d'abord par des refus ; c'est bien plus tard que vient le besoin de nouveaux essais, ou l'envie de tenter de nouvelles expériences. Dans ces rejets, le désir de ressembler à telle personne ou à tel groupe, d'évacuer tout ce qui ressemble à telles autres personnes ou à tel autre groupe, tient une large place, et de façon très durable.
Apprendre, ne l'oublions pas, ce n'est pas seulement exercer sa mémoire et ses capacités de raisonnement ; c'est aussi avoir du goût, de l'attraction pour le savoir. Combien de fois celui-ci est-il rébarbatif, ennuyeux ou déplaisant ! Pourquoi faudrait-il donc se concentrer, se donner du mal, travailler pour quelque chose qui ne vous dit rien ? Les enseignants savent bien aussi que tous les esprits ne sont pas identiques, que les rythmes de développement et d'ouverture sont individuels ; mais les impératifs de la classe, le volume des programmes ne permettent pas beaucoup de différenciation pédagogique.

Une deuxième rencontre...

Il y a donc mille raisons pour renoncer, en ne faisant plus rien dans une matière, ou en persistant, mais sans suivre, "largué". L'abandon est presque toujours le fait d'une inhibition devant tout ce qui est scientifique, non celui d'une incapacité. Certes, on peut très bien développer l'intelligence à travers les langues, les lettres, les arts ou le droit, mais pourquoi cette intelligence serait-elle définitivement inapplicable au domaine si riche de la science ?
Ces remarques conduisent à penser qu'après une mauvaise rencontre, il faut offrir une deuxième chance, et même plusieurs, se situant à d'autres âges, à d'autres étapes de la maturation personnelle, en d'autres occasions, sur d'autres sujets. Ces nouvelles chances doivent présenter l'objet scientifique et technique sous un autre aspect et selon d'autres méthodes. L'expérience de certains musées scientifiques montre l'avantage de regarder celui qui apprend comme un chercheur, les mains dans la pâte, de lui faire poser des questions, avancer des hypothèses, douter, contrôler, prouver. Les meilleurs esprits expérimentaux ont souvent été, dans un premier temps, écartés de la science par une présentation brutalement dogmatique, une théorie imposée toute faite quand ils n'en avaient pas encore besoin. Dans cette approche, il s'avère que travailler à plusieurs sur le même problème expérimental, expliquer aux autres ce qu'on vient de comprendre soi-même, amplifie remarquablement la réussite.
Les centres de culture scientifique et technique, les associations d'éducation populaire peuvent jouer, avec le soutien des chercheurs, un rôle considérable dans cette grande entreprise d'ouvrir à tous le privilège d'une culture scientifique.

Olivier Sabouraud, neurologue.