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10% marin, 100% haute couture
Le Ceva a la fibre marine
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Veste en piqué de soie, coton, algue et bleuets, présentée lors de la collection printemps-été 1997 du couturier français Olivier Lapidus (photo Ceva/Olivier Lapidus)
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Par le biais de couturiers de renom, l'industrie de l'habillement devient de plus en plus le creuset de développements high-tech. De défilé en défilé, le créateur Olivier Lapidus n'a de cesse d'innover. Depuis deux ans, il fait confiance au Centre d'études et de valorisation des algues (Ceva) de Pleubian (22). |
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D'abord le Lycra, puis le vêtement à capteurs solaires pour se protéger du froid, l'imprimé en relief, le fil à résistance digne de l'acier, la "veste-ordinateur" pour passer des messages électroniques, le slip anti-bactérien... s'il fallait encore le démontrer, l'industrie textile vit une véritable révolution technologique. Le couturier français Olivier Lapidus le martèle depuis longtemps : si nos vêtements continueront à nous habiller, ils posséderont, dans un avenir très proche, de véritables fonctions destinées à nous améliorer la vie, ou encore à réduire l'impact des activités humaines sur l'environnement.
Une fibre textile marine
L'environnement, c'est l'aspect qui a séduit le créateur dans le concept du tissu à base de végétaux marins. Pour la collection printemps-été 1997, le couturier avait choisi comme thème les fleurs, les fruits et les végétaux. Il a sollicité le Ceva pour créer une fibre marine destinée à un tissu de cette collection. Il s'agissait d'extraire une fibre végétale marine susceptible d'être filée, tissée, teinte et lavée, le tout comme un véritable coton. Le premier travail du Ceva a été de sélectionner la matière première susceptible de produire cette fibre après l'analyse de végétaux marins de di- verses origines biologiques et géographiques. En l'absence de procédé existant, il a été créé dans les laboratoires du Ceva, et bien sûr, une demande de brevet a immédiatement été déposée. Les techniciens se sont basés sur l'opération de rouissage (1) connue des professionnels du lin.
| Des extraits d'algues pour des pansements actifs |
| Le tissu peut être vêtement mais aussi pansement, et de nombreuses recherches sont menées pour améliorer les compresses mises en contact des plaies. Dans ce domaine les alginates s'illustrent par leur exceptionnelle biocompatibilité. Après textilisation, l'alginate de calcium possède une forte capacité de drainage et retention des exudats. Cette propriété est mise à profit dans le produit Algosteril® (pansement pour plaies chroniques et aiguës des laboratoires Brothier) qui améliore de façon très significative la cicatrisation des plaies exudatives. En outre, une étude comparative a montré une fixation supérieure de différentes souches bactériennes sur Algosteril® par rapport aux compresses classiques, et mis en évidence le caractère irréversible de cette liaison. Ainsi fixées sur le pansement, les bactéries ne prolifèrent pas dans la plaie qui cicatrise beaucoup plus rapidement. | |
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Algue et textile : une histoire ancienne
Pourtant, les algues ne sont pas méconnues des professionnels du textile. Les alginates, ces polysaccharides extraits des algues brunes, sont employés depuis le milieu des années 60 comme auxiliaires technologiques dans l'impression des tissus. De leur utilisation dépend le bon maintien des couleurs. En effet, les teintures liquides, utilisées seules sur le tissu à imprimer, dépassent par un simple phénomène de capillarité les contours des motifs prédéfinis. Afin d'éviter les bavures, on épaissit la teinture avec de l'alginate de sodium (2). L'alginate est le seul épaississant à ne pas fixer le colorant. Ainsi, si l'alginate se détache du tissu lors du lavage industriel, ce n'est pas le cas du colorant qui reste fixé et garantit les couleurs vives de l'imprimé. Meilleur marché que l'alginate, l'amidon peut aussi être utilisé, mais celui-ci fixe le colorant et l'entraîne avec lui lors du lavage, ce qui provoque la décoloration des imprimés. Après l'impression proprement dite, le tissu peut aussi être plongé dans une solution amoniacale d'un autre type d'alginate, l'alginate de calcium, qui va se déposer sur le tissu sous forme d'une pellicule brillante, protégeant celui-ci des rayons lumineux et empêchant la pénétration des tâches au cœur de la fibre.
Une colle textile 100% biodégradable
C'est très récemment que le Ceva, le CMA d'Angers, le groupe Firmenich et Sidel ont participé à la collection haute couture automne-hiver 1998 d'Olivier Lapidus. Nouvelle collaboration entre les équipes du Ceva et du couturier dont l'objectif était de concevoir une colle textile 100% biodégradable tout en étant résistante à l'eau et destinée à fixer sur le tissu des microcapsules renfermant du parfum. Défi technique pour les chercheurs, relevé dans les délais imposés. Là aussi, une demande de brevet conjointe a immédiatement été déposée, qui ne sera sans doute pas la dernière. D'autres perspectives sont à l'étude au Ceva.
Marie Fuselier
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| Notes : |
(1) Rouissage : opération consistant à séparer les faisceaux fibreux du reste de la plante par des bains successifs.
(2) L'alginate est un polymère de sucres simples. Mis en solution, il chélate des cations tels le sodium ou le calcium. La force du gel ou le pouvoir épaississant dépendent du type d'alginate considéré. Un alginate extrait de Laminaria digitata sera épaississant alors qu'un alginate de Laminaria hyperborea sera gélifiant. |
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