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Sexualité et évolution
Un succès très paradoxal
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 Le sexe ? Cette femelle puceron s'en passe très bien pour se reproduire ! Ses petits lui sont parfaitement génétiquement identiques. Ce sont toutes des femelles, qui à leur tour donneront d'autres femelles identiques. Leur ensemble forme un clone*.
(photo Bernard Chaubet, Inra)
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L'homme a une reproduction sexuée, comme 95 % des espèces vivant aujourd'hui sur la Terre. Ce succès de la reproduction sexuée face à la reproduction asexuée pose de très nombreuses questions aux biologistes de l'évolution. |
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95 % des espèces vivantes ont une reproduction sexuée. Cette affirmation paraît bien anodine. Pourtant, aux yeux des spécialistes de l'évolution des espèces, elle ne l'est pas ; c'est même l'un des plus grands paradoxes de leur discipline. Claude Rispe, chercheur en zoologie à l'Inra de Rennes, nous explique ce paradoxe : " Par reproduction asexuée*, on se reproduit deux fois plus vite que par reproduction sexuée* . Imaginons que chez un individu d'une espèce sexuée, une mutation sur un gène entraîne la disparition de la reproduction sexuée au profit de la reproduction asexuée. Cet individu, comme ses descendants, va produire 100% de femelles et donc doubler son rythme de reproduction. En quelques générations, les porteurs de cette mutation devraient avoir envahi toute l'espèce ".
Mais alors pourquoi l'évolution a-t-elle plébiscité le sexe ? "Il n'y a pas encore de modèle général, mais il existe des hypothèses qui permettent d'expliquer les avantages évolutifs liés à la reproduction sexuée ", explique Claude Rispe. Le premier de ces avantages est que la reproduction sexuée crée sans cesse de la diversité et de la nouveauté : " Pour pouvoir résister à leurs ennemis (comme les parasites), les espèces doivent faire des propositions génétiques nouvelles. Et comme les ennemis eux-mêmes évoluent, toutes les espèces sont " poussées " sans cesse à proposer du nouveau". Le second avantage, c'est que la reproduction sexuée permet d'éliminer les mutations défavorables : "A chaque génération, l'assemblage des gènes est cassé pour être recomposé. Dans cette recomposition, les mutations défavorables peuvent disparaître parsélection naturelle* . Dans une population à reproduction asexuée, au contraire, tous les êtres d'une lignée sont génétiquement identiques. Si une mutation défavorable apparaît, elle ne pourra plus être éliminée " .
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Encore des paradoxes
Création de diversité, possibilité de " purger " le génome de ses mutations défavorables : le paradoxe paraît résolu
quand on le regarde de loin, mais"quand on y regarde de plus près, chez une espèce particulière, on trouve aussi d'autres raisons ". Claude Rispe étudie en particulier le cas d'un puceron des céréales, qui pratique les deux types de reproduction dans son cycle annuel : il alterne des phases de reproduction asexuée, et une phase de reproduction sexuée, juste avant l'hiver. Pourquoi ce puceron a-t-il conservé une étape de reproduction sexuée ? " On pense que c'est surtout à cause du froid : c'est seulement au moment de la reproduction sexuée que sont produits des ufs et eux seuls sont capables de résister au froid ". Ces travaux contredisent-ils les hypothèses précédemment citées ? " Ils remettent seulement en cause leur universalité. C'est un peu un accident de la biologie : il se trouve que les ufs produits par reproduction sexuée résistent au froid. En biologie évolutive, on appelle cela la contingence ", poursuit Claude Rispe. Et l'Homme dans tout cela ? Quel rapport avec des études sur les pucerons ? "L'Homme aura peut-être un jour la possibilité de recréer, chez les animaux d'élevage ou chez lui-même, une reproduction asexuée, alors que l'évolution a " verrouillé " depuis longtemps la reproduction sexuée chez les mammifères. Les connaissances acquises sur des organismes modèles comme les pucerons pourront permettre de prévoir les dangers de ce type de pratiques ".
C.P.
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Sexe, évolution
et eugénisme ?
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Michel Vancassel, directeur de recherche au CNRS (université Rennes 1) a présenté et animé la conférence de Pierre-Henri Gouyon, professeur à l'université d'Orsay, sur le thème de " sexe, parenté, évolution " (le 6 octobre). Le chercheur rennais, qui partage avec son collègue parisien la même passion pour la biologie évolutive, est aussi un homme qui " se pose des questions ", notamment sur les rapports que sa discipline a pu entretenir avec certaines idéologies. C'est en effet au nom du rétablissement, dans l'espèce humaine, d'une forme de sélection artificielle remplaçant la sélection naturelle* que l'on a pratiqué des formes plus ou moins actives d' eugénisme (1), allant jusqu'aux pires extrêmes du nazisme. " Il est vrai que l'homme a développé des facultés qui lui permettent de contourner certains aspects de la sélection naturelle (le soin aux malades par exemple). Mais je ne suis pas sûr que l'espèce humaine aille pour autant vers une dégradation biologique. Notamment, parce qu'elle sait adapter et transformer son environnement. "
Mais surtout Michel Vancassel insiste pour dire que ce n'est pas à la Science de dicter des réponses à ces questions qui sont, au sens fort, d'ordre politique : " Si, hypothèse bien réaliste aujourd'hui, la Science me disait un jour qu'il existe des " races " ou des êtres inférieurs, je ne cesserais pas pour autant de combattre les thèses racistes ; car, en tant qu'homme justement, si je suis un scientifique, j'ai, en même temps, une morale personnelle et je suis un citoyen ! ".
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| Notes : |
(1) En Allemagne, au milieu de ce siècle, le célèbre scientifique Konrad Lorentz militait " pour l'élimination des déviants génétiques "
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