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Une demande sociale de plus en plus forte
Le grand succès des procréations médicalement assistées
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Microinjectiond'un spermatozoïde dans un ovocyte: cette technique est indiquée pour des couples dont le mari possède un très petit nombre de spermatozoïdes: sous micromanipulateur, le biologiste introduit directement un spermatozoïde dans l'ovocyte.
(cliché Cecos)
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En juillet 1978, la naissance de Louise Brown, le premier bébé éprouvette* du monde, fut un événement retentissant. Quelque 20 années plus tard, les bébés éprouvettes sont le quotidien de nombreux médecins et biologistes de la reproduction. A Rennes, le Cecos est l'un des centres habilités à pratiquer des procréations médicalement assistées. Son directeur, Dominique Le Lannou, nous parle de l'activité de ce centre et de son évolution. |
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A Rennes, le Cecos, Centre d'étude et de conservation des ufs et du sperme, a été créé en 1976. Sa vocation? Servir de "banque de sperme" et traiter l'infertilité des couples en pratiquant la seule technique de procréation médicalement assistée existant à cette époque : l'insémination artificielle*. Aujourd'hui, les traitements de l'infertilité du couple ont considérablement évolué et la fécondation in vitro* est devenue une pratique courante: le Cecos de Rennes en réalise environ 1000 chaque année (dont la moitié avec microinjection* de spermatozoïdes), auxquelles s'ajoutent environ 500 inséminations artificielles.
L'impatience des couples
Ces chiffres ont de quoi impressionner: assisterait-on à une baisse de fertilité humaine? " Pas vraiment, car cette baisse de fertilité est à la limite de la signification statistique" répond Dominique Le Lannou, médecin spécialiste de la reproduction et directeur du Cecos. "Mais ce qui est certain, c'est que de plus en plus de couples consultent nos services de procréation médicalement assistée". Pourquoi? "Parce que les couples sont de plus en plus impatients", explique-t-il. "Avant, on ne s'inquiétait de son infertilité qu'après quatre ou cinq ans d'essais infructueux
Aujourd'hui, les couples veulent programmer leur enfant, parfois au mois près. Il nous arrive des personnes qui n'ont essayé que pendant 3 mois!", constate Dominique Le Lannou.
Les raisons de cette impatience sont multiples: d'abord, la généralisation de la contraception donne aux couples l'impression qu'ils maîtrisent totalement leur fécondité. Mais, comme le rappelle Dominique Le Lannou, "la réalité de la nature humaine, c'est une moyenne de 25 % de chances de réussite à chaque cycle". Un délai d'attente de quelques mois avant de réussir à concevoir un enfant est donc tout à fait normal.
Il faut aussi bien comprendre que ces 25 % de réussite ne sont qu'une moyenne : certains couples sont hypofertiles, d'autres sont hyperfertiles. " Si un couple hypofertile essaye pendant 10 ans de faire un enfant, il finira par y arriver. Mais comme l'âge de la maternité a tendance à reculer (1), et que la fertilité décroît avec l'âge, ces couples sont de plus en plus pressés et font donc appel à nos services".
La recherche au Cecos
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Banque de sperme, centre de PMA*, le Cecos de Rennes est aussi un lieu où l'on fait de la recherche. Deux thèmes ont été particulièrement développés: d'une part, l'infertilité masculine; d'autre part, l'amélioration des résultats des PMA. Dans ce dernier thème, des résultats intéressants ont été obtenus avec la culture d'embryon. Dominique Le Lannou explique son principe: "Jusqu'à la fin de l'année dernière, on transférait dans l'utérus 4 à 5 embryons de 2 jours (2 à 4 cellules). Aujourd'hui, on cultive les embryons quelques jours de plus(jusqu'à 6 jours), ce qui permet de ne sélectionner que ceux qui ont pu se développer jusqu'à ce stade. On peut donc en transférer moins (2 à 3) pour avoir la même chance de résultat. Et on évite ainsi les risques de grossesse multiple".
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A quoi sert une banque de sperme?
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Le Cecos de Rennes est encore la seule banque de sperme de la région Bretagne. Il conserve dans l'azote liquide des dizaines de milliers de paillettes contenant une dose fécondante de sperme (on fait environ 20 à 30 doses avec une éjaculation). Ces paillettes de sperme appartiennent à deux catégoriesdifférentes : celles des personnes faisant un don de sperme; celles de personnes qui demandent à stocker leur sperme de manière préventive, car elles risquent de devenir stériles (personnes devant subir une chimiothérapie, ou une ablation
). Le sperme congelé se conservant très bien (3), un homme de 35 ans peut utiliser des paillettes qu'il a déposées à l'âge de 18 ans
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Les PMA, un droit?
D'autres raisons d'ordre social expliquent aussi les demandes pressantes des couples. " En France, les fécondations in vitro sont remboursées (4 au maximum) par la sécurité sociale. C'est un avantage, certes, mais trop de couples considèrent que l'accès à une PMA est un droit!", explique le directeur du Cecos. "De plus, curieusement, certains couples se sentent rassurés d'être pris en charge par la médecine pour concevoir un enfant. Ces couples ne se rendent pas compte du caractère très agressif de cette prise en charge technique et médicale (2)". Si Dominique Le Lannou reconnaît que son métier lui apporte beaucoup de satisfactions "quand d'anciens patients viennent nous présenter leurs enfants!", il avoue quand même que "la procréation médicalement assistée n'est pas la bonne solution: faire un enfant hors du contexte médical, c'est beaucoup mieux ! Nous préférerions pouvoir mieux traiter la stérilité.".
C.P.

Embryon de 6 jours, juste avant sa réimplantation dans l'utérus de la mère. Cette étape correspond à l'éclosion de l'embryon (il sort de la membrane qui l'entourait) et à un début de différenciation* des cellules.
(cliché Cecos)
Le don, un acte difficile
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Tous les Cecos de France le clament: ils ont besoin de donneurs. Donneurs de sperme, bien sûr, mais aussi d'ovocytes et d'embryons. "Donner des gamètes paraît beaucoup plus difficile que donner son sang", commente Dominique Le Lannou. " On sait que le don de sang peut sauver quelqu'un. Il faudrait voir le don de gamètes* ou d'embryons comme le don d'un couple ayant des enfants à un couple ne pouvant en avoir". En France, la procédure de don de gamètes et d'embryons est très réglementée; son grand principe est d'être anonyme, gratuit et provenant de personnes ayant déjà des enfants. La pénurie de donneurs est telle qu'en moyenne il faut attendre un an pour obtenir une insémination avec don de sperme et deux ans pour une FIV avec ovule donné.
Information sur le don: 3615 Cecos.
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A Brest: le CHRU Morvan

Le docteur Amice sort brièvement de leur bain d'azote ( - 196 degrés) des paillettes congelées.
(Photo M.E. Pau)
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En France, la loi sur la bioéthique réglemente très précisément les pratiques de procréations médicalement assistées: elles ne peuvent se dérouler que dans des centres agréés (4). A Brest, le Centre hospitalier régional universitaire Morvan est l'un d'eux. Quelque 2000 couples ont déjà pu bénéficier de ses services. "Les gens sont de plus en plus pressés! A tel point que nous faisons signer aux patients des "formulaires de consentement aux techniques" qui garantissent qu'ils ont reçu l'information en consultation.Il est de notre devoir de leur dire aussi qu'il y a des choses que nous ne connaissons pas " expose Véronique Amice, responsable du laboratoire de biologie de la reproduction. A Brest comme ailleurs, les techniques utilisées dépendent des causes d'infécondité et leur succès est variable. Ainsi, pallier des problèmes d'origine féminine (comme l' endomètriose (5) ou l'obstruction des trompes) par ponction des ovocytes (250/ans au CHRU) et Fiv*, permet un taux de 15 à 25 % de grossesses. Un chiffre qui se rapproche du taux naturel de "réussite" de rapports non protégés. L'insémination intra-utérine* (environ 200/an) a un taux de succès de 15 %. Pour des problèmes masculins plus sérieux, les méthodes de mise en présence pure et simple des gamètes des parents permettaient seulement 5 % de grossesses en Fiv*. "Des techniques plus efficaces sont arrivées : essentiellement l'Icsi*. Cette dernière nous permet de féconder 50 à 60 % des ovocytes, ce qui autorise, après réimplantation, 20 à 25 % de succès... La loi nous oblige d'ailleurs à utiliser le plus possible les gamètes du couple, et celui-ci accueille l'Icsi plus favorablement que l'insémination pratiquée grâce aux dons de sperme. Fiv et insémination avec donneurs (40 à 50/an au CHU), ne concernant plus que 20 à 30 couples/an."
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Un colloque sur les lois bioéthiques
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L'assistance médicale à la procréation est un des aspects les plus évidents de la maîtrise qu'exerce, aujourd'hui, la biologie sur la vie humaine. Mais ces "progrès" scientifiques ne risquent-ils pas de porter atteinte à la dignité humaine? En 1994, deux lois dites "lois de bioéthiques" ont été publiées. Leur application est étudiée par le CRJO (Centre de recherche juridique de l'ouest). Ce dernier organise un grand colloque sur ce thème à Rennes les 12 et 13 novembre prochains.
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| Contact : |
Dominique Le Lannou,
directeur du Cecos
tél. 02 99 63 13 11
fax 02 99 63 35 05.
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| Notes : |
(1) L'âge moyen de la première maternité est passé en 20 ans de 24 à 27 ans, et de plus en plus de femmes de plus de 35 ans souhaitent être mères.
(2) Le Cecos propose d'ailleurs à tous les couples en difficulté un accompagnement psychologique.
(3) Il n'y a pas de limitation biologique à la conservation des spermatozoïdes, mais chaque personne ayant déposé du sperme de manière préventive est consultée une fois par an pour donner son accord ou non à la poursuite de cette conservation.
(4) En dehors du Cecos et du CHRU Morvan, les centres agréés en Bretagne sont: la clinique mutualiste de la Sagesse de Rennes, le Centre hospitalier de Lorient, la clinique Pasteur Saint-Esprit de Brest.
(5) Migration de l'endomètre (muqueuse tapissant la cavité utérine).
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