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PMA et éthique de la pratique scientifique
Chercheurs responsables ou apprentis sorciers?
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Les bébés conçus grâce aux nouvelles techniques de PMA* sont-ils différents des autres? (Photos Catherine Perrot/Vincent Pouliquen)
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Fécondations in vitro, microinjection de spermatozoïde ou de spermatide*: si ces techniques répondent à une détresse réelle, celle de ne pouvoir concevoir un enfant, elles posent aussi un certain nombre de questions sur l'éthique de la pratique scientifique. Bernard Jégou et Jacques Testart, deux spécialistes de la question, confrontent leurs points de vue.
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"L'AMP* a avancé un petit peu comme une succession de coups d'état biologiques!", assène Bernard Jégou. Le biologiste rennais ne mâche pas ses mots quand il retrace l'histoire des avancées techniques réalisées depuis la naissance de Louise Brown, il y a 20 ans. Conscient que l'on manque encore de recul sur leurs conséquences éventuelles, il sait aussi que les avancées techniques en AMP* ont comblé le désir de concevoir de très nombreux couples. Mais l'absence d'informations négatives sur ces techniques n'est-elle pas la conséquence d'un manque d'expérimentation animale ? "Elle est quasi-inexistante!" ironise le biologiste: "Ce n'est pas parce que quelques dizaines de souris à Hawaii sont nées sans problèmes par Icsi* que la technique a démontré sa totale innocuité! Il ne suffit pas qu'une découverte soit faite, il faut qu'elle soit validée par d'autres groupes...". Des groupes indépendants de toute mise en pratique clinique de ces mêmes techniques, entend-on en filigrane ! Mais ces "mauvaises habitudes" ne datent pas d'hier ni de l'Icsi (1992), rappelle le chercheur. "Déjà Louise Brown a été conçue en laboratoire alors qu'il y avait très peu de manipulations animales préalables. ça a été la stupéfaction, et finalement, on est allé d'étape en étape, en marchant sur un fil, jusqu'à congeler des embryons. Il n'y a apparemment pas eu de conséquences négatives sur les bébés nés de ces techniques," admet Bernard Jégou. "Mais en procédant de la sorte, on banalise le risque et peu à peu, on prépare le terrain pour de nouvelles aventures, y compris, peut-être, pour le clonage...".
Le tri génétique des embryons?
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Le 27 mars dernier, un décret d'application des lois de bioéthique publié au journal officiel a autorisé le diagnostic préimplantatoire (DPI) en France. Ce décret, qui s'accompagne de fortes contraintes quant aux conditions de son application, autorise à prélever une cellule sur un embryon conçu par fécondation in vitro pour en faire une analyse génétique. Seuls seront réimplantés chez la mère les embryons exempts d'anomalie génétique. Vu par les uns comme une grande avancée thérapeutique, le DPI risque, selon d'autres, de dériver vers un eugénisme d'autant plus insidieux qu'il est indolore: le DPI est pratiqué sur des embryons in vitro de quelques cellules, tandis que le diagnostic prénatal (DPN) est lui pratiqué sur un embryon déjà présent dans le ventre de sa mère, qui devra éventuellement avorter.
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Spermatides ou spermatozoïdes?
"Les enjeux biologiques sont mal appréciés de nombreux praticiens. La culture du "monde de la Fiv" est souvent très différente de celle des chercheurs ", soupire Bernard Jégou. Ainsi, comme d'autres méthodes, l'Icsi aurait demandé une évaluation et une expérimentation préalable. Mais les progrès s'accélèrent... Au cœur de l'Icsi, voilà qu'en 1995, Jacques Testart(en association avec Yan Tesarik) injecte au lieu d'un spermatozoïde, une spermatide*! "La seule proposition médicale adressée aux hommes azoospermiques (1) était jusqu'ici d'accepter l'insémination de leur épouse avec le sperme d'un donneur anonyme," s'emporte Testart. Pourtant, Jacques Testart n'est pas le premier savant fou venu! "Père" d'Amandine, le premier bébé-éprouvette français, il est aussi le premier scientifique à avoir levé (en 1986) l'étendard de la réflexion salutaire et du refus responsable d'aller plus loin.
La femme, terrain d'expérience?
"Les spermatides sont très protégées dans le testicule, car leur ADN (2) est très vulnérable à l'oxydation. En les extrayant pour les injecter, on prend le risque de prélever des cellules au patrimoine génétique lésé...", reprend Bernard Jégou. Il précise: "L'ADN des spermatozoïdes est compacté, celui des spermatides ne l'est pas...." Sans craindre le désastre: "Le risque de transmettre à des enfants une anomalie génétique (notamment les facteurs de stérilité) existe, mais serait statistiquement anecdotique (3)", il critique les procédés "à la hussarde", et le fait que, pour une anomalie masculine, ce soit la femme que l'on transforme en terrain d'essai! "Enfin, une des conséquences prévisibles de ces techniques (si elles marchent vraiment, ceci ayant été récemment contesté), est qu'elles conduiront à la généralisation du dépistage génétique d'anomalies." Alors même que Jacques Testart, par crainte d'eugénisme, se méfie des diagnostics pré-implantatoires (voir encadré) et refuse la caractérisation des embryons! Sans rejeter un suivi médical des enfant, il balaie en effet des craintes qu'il estime irraisonnées: "Les fonctions acquises par le spermatide pour se transformer en spermatozoïde (mobilité, protection du génome, système de reconnaissance et de pénétration de l'ovocyte) ne sont rendues nécessaire que pour surmonter les aléas de la fécondation naturelle." Le bagage génétique, lui, serait identique. Mais pour Bernard Jégou, cette affirmation est prématurée, car les études ne font que commencer sur ces cellules…
M.E.P. + C.P.
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| Notes : |
(1) Hommes ne possédant pas de spermatozoïdes fonctionnels.
(2) Acide désoxyribonucléique, le support de l'information génétique.
(3) La méthode ne concernant que les cas minoritaires où aucun spermatozoïde ne serait disponible.
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