ACCUEIL > Sciences Ouest > Année 1998 > 146 > Dossier du mois > Des jardins pour se cultiver > Les frères Bûhler
Intro
Jardin botanique, jardin scientifique
Le conservatoire botanique de Brest
Les frères Bûhler
Le Végétarium d'Yves Rocher
Pour en savoir plus

 



Deux architectes-paysagistes mal connus

Les frères Bûhler




Plan du Thabor, dessiné par Bühler en 1868. Les trois parties, française, paysager et botanique participent à l'originalité du tracé de ce parc
(photo archives municipales)


Plan du Thabor, dessiné par Bühler en 1868. Les trois parties, française, paysager et botanique participent à l'originalité du tracé de ce parc (photo archives municipales)





Si Le Nôtre, Edouard André et maintenant Gilles Clément sont des paysagistes connus et reconnus, les frères Bülhler restent dans l'ombre. Ils appartiennent pourtant à "l'élite de cette profession" explique l'historien Louis-Michel Nourry .







Qui sont les frères Bühler ?



Les Bühler, car on sépare rarement Eugène (1822-1907) de Denis (1811-1890) sont nés à Clamart d'une famille protestante ; cette religion a dicté la conduite de leur vie. Très jeune, Denis pratique le métier de jardinier ; il doit en effet assurer le rôle de chef de famille suite au décès de son père qui était pépiniériste. Après avoir obtenu un diplôme d'architecte-paysagiste, Eugène rejoint son frère à Paris. Ils ne se quitteront plus.



Louis Michel Nourry

Spécialistes des jardins


(Photo Louis-Michel Nourry)

Professeur d'histoire-géographie, Louis-Michel Nourry est aussi un spécialiste des jardins. Ses travaux de recherches portent sur les parcs et jardins, la domestication de la nature et les paysages, objets d'études d'histoire des représentations et des mentalités. Sa thèse soutenue en 1995 à Paris1-Sorbonne, intitulée "Les jardins publics en province, un élément de la politique de l'espace sous le Second Empire", vient d'être publiée aux Presses universitaires de Rennes. Parmi ses autres publications, on peut signaler Le Thabor (éditions Kerdoré, 1990) ; La Bretagne des jardins (éditions Apogée, 1997) et enfin Les jardins publics en France(éditions Ouest-France, 1997).






 Contact :

Louis-Michel Nourry

tél. 02 99 38 60 71
Un attrait pour la Bretagne



Les deux frères effectuent leur première commande en Bretagne à Kernevez, en 1842, sur la demande de la riche famille Poulpiquet de Coutlès. Par la suite, ils réaliseront plus d'une douzaine de parcs dans cette région : château de Combourg, la Briantais, Oberthür, Bois-Cormillé … On peut s'interroger sur l'intérêt de ces parisiens pour notre région. "Les Bühler sont implantés à Paris à partir de 1840, et il est possible que les riches parisiens ayant des propriétés en Bretagne fassent appel à eux ", commente notre historien qui avance aussi une autre hypothèse : "Les nobles bretons ont des difficultés avec les lendemains de la Révolution. Une façon de faire allégeance au nouveau pouvoir est de montrer qu'ils ont changé de cadre de vie, non pas en détruisant leur château mais en remplaçant le traditionnel jardin à la française par un nouveau modèle paysager, politiquement accepté " C'est d'ailleurs cette même démarche qui a conduit M.Robinot de Saint Cyr, maire de Rennes, à commander aux frères Bühler le réaménagement du parc du Thabor. Dans ce jardin, un ancien domaine privé des moines bénédictins devenu public après la Révolution, les Bühler excelleront dans leur style.








Les Bühler, un style



Mais qu'est-ce que le style Bühler ? "Une façon de gérer les courbes, le modelé, les plantations. Ils avaient un goût très prononcé pour l'exotisme et les espèces récemment acclimatées comme le Ginkgo biloba, le Séquoia. En d'autres termes, les Bühler avaient certes un style paysager mais plus nuancé, plus confortable que les autres réalisations adoptant ce style" commente Louis-Michel Nourry. En outre, ils étaient experts dans la domestication de milieux hostiles et dans l'application de règles officiellement établies. On peut constater cette grande délicatesse dans le choix des plantations dans une lettre adressée au maire de l'époque, commanditaire des travaux : "Le jardin doit contenir des spécimens d'arbres et d'arbustes pouvant croître sous le climat rennais afin de donner des modèles de plantation aux habitants de la région". Un goût pour l'exotisme donc, mais aussi un souci d'éducation.



Le Thabor, jardin de contrastes avec des espaces radicalement différents, jardin régulier à la française, paysager, botanique constitue donc une vitrine particulièrement représentative de l' art des jardins du 19ème siècle.



Le Thabor, pourquoi ?

Lorsque les moines bénédictins de Rennes acquirent des terrains situés près de leur monastère, une partie de ceux-ci servait de lieu pour la potence. Afin de les purifier, ils choisirent un nom pieux, Thabor, qui était une montagne vénérée des chrétiens.