Gens de mer : Santé et sécurité au programme

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Gens de mer : Santé et sécurité au programme
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Gens de mer :

Santé et sécurité au programme




 

Les « travailleurs de la mer » chers à Hugo constituent une branche à part de la population active. En terme de médecine du travail, on lui reconnaît, certes, quelques pathologies spécifiques, mais surtout des conséquences sanitaires qui découlent de l'environnement professionnel... En clair, les pathologies des marins sont bien celles qui affectent le reste de la population active, mais avec une fréquence plus forte pour certaines. Un diplôme d'université (DU) de médecine maritime, unique en France, vient d'ouvrir à Brest.




La pêche en mer est l'un des secteurs où les conditions de travail sont les plus dures. La médecine maritime est le sujet d'un tout nouveau diplôme d'université, créé à Brest cette année.



(photo Marc-Elie Pau)



« Il y a bien des pathologies absolument spécifiques, » avance le docteur Carcaillet, qui poursuit « mais elles sont tout à fait anecdotiques : on a ainsi des cas d'allergies au bryozoaire (1) en baie de Seine. Ou un mal répertorié sous le nom de fièvre du Gulf Stream ! Et nous ne parlerons pas du mal de mer, qui touche aussi les marins... Mais sinon, ce qui est la cause majeure des pathologies dont souffrent les marins est la confusion entre leur milieu de travail, et celui de leur repos : le navire » résume le Dr Daniel Carcaillet, ancien directeur du service médical du groupe Brittany Ferries, approuvé par ses confrères responsables des modules de ce nouveau DU. Dirigé par Jean-Dominique Dewitte, chef du service Médecine du travail et pathologies professionnelles au CHU de Brest, il s'adresse à des médecins en exercice : ceux embarqués dans la pêche, la marine marchande ou l'offshore..., mais aussi les médecins du travail et de la prévention, travaillant auprès des compagnies maritimes ou oeuvrant dans le cadre du régime social des marins. Il concerne enfin les médecins du travail des entreprises ayant des activités orientées vers la mer, et même les praticiens exerçant simplement sur le littoral.




Un médecin isolé ou un médecin à distance ?

Lorsqu'il est embarqué à bord d'un navire, le médecin est coupé du monde. Dans tous les cas de figure, il doit anticiper l'événement et intégrer à son rôle de praticien les moyens de communication et d'évacuation disponibles. « Essentiellement, il doit être plus pointu en médecine d'urgence, à laquelle il n'est pas préparé en général, et savoir utiliser les moyens médicalisés transportés et les moyens de transport. Bref, avoir une approche logistique... » estime Daniel Carcaillet. Le plus souvent, le médecin n'est pas là du tout : alors le centre de consultations médicales maritimes du CHU de Toulouse apporte une « approche diagnostique, un projet thérapeutique et un suivi médical ». Relayé de son bureau par satellites, radios classiques, VHF ou téléphone, le consultant permet la réaction adaptée. On se rappelle le navigateur solitaire Bertrand de Broc se recousant la langue sur les indications de son médecin à terre ! La navigation en compétition fait d'ailleurs partie de l'un des modules du DU de Brest.



Gens de mer : des pathologies spécifiques ?


(photo Marc-Elie Pau)


Les pathologies fréquemment rencontrées chez les gens de mer ? Stress, dermatoses, mal au dos…

« On parle plutôt de pathologies plus fréquentes, avec des évolutions différentes, dues au fait que l'on se trouve sur un navire, » constatent les Dr Jégaden et Cuzon. Du coup, il est impossible de lister tout ce qui peut advenir au marin. Citons quelques une des pathologies les plus notables en dehors des accidents:
  • atteintes auditives (surdité évolutive), voire hypertension artérielle (causée par le bruit)

  • troubles psychologiques (stress du milieu, de la vie familiale tronquée, recherche du sommeil à bord, solitude...)

  • dermatoses (humidité, frottement, macération)

  • hygiène alimentaire (graisses, alcool, tabac...)

  • hygiène tout court (petites unités de pêche)

  • pathologies dues à un déficit postural (mal au dos : manoeuvres, charges lourdes...)

  • maladies tropicales (escales)


« Ce DU apporte des compétences dans le domaine de la santé des gens de mer à des praticiens qui en ont l'usage. Tout le domaine des conditions de travail notamment, n'était pas enseigné », précise le Dr Joël Cuzon, du Service de santé des gens de mer, qui dépend des Affaires maritimes : « Les conditions de travail à la mer ont longtemps été négligées, du moins par rapport à celles des autres travailleurs. Les premières études sur ce thème ont été initiées à l'IUT de Lorient à partir de 1979-80. » Professeur à l'université de Bretagne Sud, Patrick Dorval y dirige le Laboratoire d'ergonomie et sécurité du milieu maritime. Il abonde dans ce sens : « C'est pourtant le secteur d'activité où les conditions sont les plus dures ! » Travailler en vase clos, que ce soit directement exposé aux intempéries ou au contraire dans une atmosphère confinée, soumis au bruit permanent des machines, se trouver 24h/24 sur une plate-forme mouvante, se reposer dans le lieu de travail, consommer parfois systématiquement une nourriture carencée et déséquilibrée, sont des conditions d'exercice professionnel plutôt éloignées de celles de la majorité des salariés ! Des modules très diversifiés Réellement transdisciplinaire, ce diplôme d'université est composé de 5 modules : Conditions de travail à bord et pathologies professionnelles ; Hygiène et santé à bord et réglementation sanitaire ; Assistance médicale embarquée (catastrophe en mer, avec travaux pratiques !) ; Pathologies spécifiques et maladies transmissibles et enfin La mer et ses usages, à vocation plus généraliste. A noter dans ce dernier module, des cours sur les pathologies hyperbares, qui peuvent concerner aussi bien les plongeurs sportifs, que les professionnels, civils ou militaires (voir l'explication de Iota). Ce diplôme, qui vaut officiellement qualification aux fonctions de médecin embarqué, évoluera sans doute l'année prochaine, avec la participation des CHU de Toulouse et de Marseille.


Un cas particulier : la plongée hyperbare


En respirant (de l'air, et non de l'oxygène comme il est écrit trop souvent ici et là) sous une pression supérieure à la pression atmosphérique, le plongeur va expérimenter insensiblement la dissolution progressive de l'un des composants de l'air, l'azote, dans tous ses tissus organiques. Pas de problème à la descente, puisque la pression (due au poids de la colonne d'eau) augmente et donc contribue, de façon croissante, à cette dissolution. C'est à la remontée que l'azote dissous va repasser dans les poumons et être naturellement éliminé par la respiration. Du moins si cette remontée est effectuée suffisamment lentement, en respectant certaines procédures (paliers de décompression)... Sinon, l'azote dissous, se décomprimant, va s'exprimer sous forme de bulles plus ou moins importantes, dont la taille, le nombre et la localisation peuvent causer des accidents gravissimes. D'autres pathologies, dues à la toxicité ou au pouvoir de dilatation des gaz composant l'air, respiré sous pression ou contenu dans l'organisme, existent également (barotraumatismes, etc.)




La santé des gens de mer :
Une préoccupation ancienne







La santé et la mer en Bretagne, Rennes, Institut culturel de Bretagne, 208 p, 98 F.


Cet ouvrage collectif est le septième publié par l'institut culturel de Bretagne, dans le cadre de sa section d'anthropologie médicale.

Les problèmes spécifiques aux gens de mer, pêcheurs et marins, matelots des grandes flottes guerrières du 18e, Terre-Neuvas et expatriés des océans de tout poil, sont depuis longtemps une préoccupation des autorités, militaires d'abord, comme le rappelle Dominique Jégaden, médecin de marine dans l'ouvrage « La santé et la mer en Bretagne »  récemment publié par l'Institut culturel de Bretagne: « L'amiral Nelson l'avait parfaitement compris en déclarant que la chose la plus importante dans les opération militaires, c'est la santé. » La Royal Navy a fait distribuer dès 1795 du jus de citron dans ses équipages pour y éliminer le scorbut. Dans le même ouvrage, Thierry Fillaut nous conte l'histoire, plus proche de nous des maisons et abris du marin, qui constituaient des oeuvres sociales au service des gens de mer. « Les maisons du marin ont vu le jour en France dans la dernière décennie du 19e siècle, la première à Nantes et la seconde à Brest, à l'initiative d'une poignée de philanthropes soucieux du bien-être matériel, mais aussi spirituel des gens de mer. Ils ont cherché à répondre pendant plus d'un demi-siècle aux besoins spécifiques de cette population, en étant à la fois des lieux de loisirs et d'enseignement professionnel et social. » explique-t-il. Il rapporte les propos écrits en 1903 par le Dr Dubois Saint Sevrin : « Là, le pêcheur, le mousse, le gravier, trouvent à tout moment l'abri, des jeux, du tabac, une bibliothèque, son courrier et même des secrétaires bénévoles qui manient la plume pour ceux qui ont oubliés d'apprendre à s'en servir. Sous la direction de l'aumônier, des attractions inoffensives, la lanterne magique, le phonographe, des causeries instructives font diversion à la monotonie de l'existence... » Le ton, très daté est donné, mais si il est jubilatoire d'imaginer des bataillons de frustes et robustes marins (nous sommes au début du siècle) jouant aux dominos dans une maison collective, en écoutant un prédicateur laïque discourir sur le fléau alcoolique, les résultats en terme d'éducation populaire à l'hygiène et de prise en main communautaire de la santé sont très réels. Les maisons et abris du marin ne survivront cependant pas à l'évolution du monde maritime et leurs derniers avatars s'éteindront doucement dans les années 60.


 

Contact :     

Jean-Dominique Dewitte

tél. 02 98 22 35 59

fax 02 98 22 35 09


Institut culturel de Bretagne

tél. 02 99 87 58 00.



Notes :       
1 : Animal aquatique colonial présentant une similarité avec le corail mais doté d'une structure plus complexe, proliférant en mer (Alcyonidum gélatinosum) de mai à septembre.