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Les algues, sources de médicaments
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L'utilisation des algues marines à des fins thérapeutiques est loin d'être un phénomène nouveau. Aujourd'hui, les principes actifs extraits d'algues sont assez peu nombreux en pharmacie, mais la recherche explore cette fantastique source de molécules.

(Photo : CEVA) |
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Longtemps employées par la médecine traditionnelle chinoise (dès 2 700 ans avant J.C.), les algues ont souvent été prescrites dans les régions côtières pour remédier à certaines affections rhumatismales, pulmonaires ou thyroïdiennes. Aujourd'hui encore, en Chine, l'algue a la réputation de limiter sérieusement les effets d'abus alimentaires et de faciliter le rétablissement des jeunes accouchées... Plus près de chez nous, au début du siècle, Jacques de Thézac, membre du mouvement hygiéniste, persuadé des bienfaits thérapeutiques des algues, mène des recherches en « laminariathérapie ». Dès lors, sous contrôle médical, administrations orales de « liqueur de goémon pressé » et bains d'algues se succèdent au bénéfice espéré des tuberculeux ...
Excipients, laxatifs, anti-inflammatoires
Aujourd'hui, les extraits d'algues marines sont préconisés en phytothérapie pour corriger les déséquilibres nutritionnels, tandis que de nombreuses spécialités pharmaceutiques intègrent dans leur formulation des colloïdes algaux comme excipients (sirops, enrobage des pilules et dragées). L'usage des algues en tant que principe actif est plus restreint. On dénombre en France une quarantaine de médicaments contenant des algues ou des principes actifs qui en sont issus. Ces principes actifs appartiennent pour la plupart aux polysaccharides (constituant majeur des algues). L'alginate est le principal principe actif utilisé. La plus connue de ses indications thérapeutiques est celle d'anti-inflammatoire oesophagien (Gaviscon). Les alginates peuvent constituer également des auxiliaires sérieux dans la lutte contre l'embonpoint (coupe faim). Par ailleurs, leur effet laxatif dans le cas de la constipation est bien connu (dragées Fuca). L'alginate de calcium se distingue par son pouvoir hémostatique mis à profit dans les pansements (Coalgan). D'usage moins répandu mais néanmoins important, l'acide alginique est un décontaminant du strontium radioactif ; il fixe le strontium au dépend du calcium et il n'est pas assimilable : l'organisme se détoxifie en éliminant le strontium fixé. Les carraghénanes et agar-agar sont, quant à eux, des polysaccharides sulfatés, extraits d'algues rouges. Leurs propriétés sont proches de celles des alginates : ils ont un effet laxatif mécanique et des propriétés filmogènes. L'acide kaïnique, molécule proche des acides aminés, est un vermifuge extrait de la mousse de Corse, efficace contres les ascaries et les oxyures.
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A la recherche de nouvelles molécules
Si les principes actifs extraits d'algues utilisés en pharmacie sont peu nombreux, les travaux scientifiques en cours sont importants. Ils ont pour objet la recherche de nouvelles molécules actives ou de modèles moléculaires pour la chimie de synthèse. Des milliers de molécules ont ainsi été identifiées. Ce sont des polysaccharides, des lipides ou encore de petits métabolites de nature phénolique, terpénique ou acrylique. Les activités décrites sont très diverses : activités anticoagulante, antibactérienne, antitumorale, antivirale, hypocholestérolémiante notamment. L'activité anti-coagulante est celle dont les recherches sont aujourd'hui les plus avancées et principalement en France. Cette activité a été associée à des polysaccharides ou à des molécules apparentées. Ces polysaccharides sont principalement obtenus à partir d'algues brunes. Il s'agit essentiellement de fucanes. Leur mécanisme d'action n'est pas toujours élucidé, mais on l'apparente à celui de l'héparine (1). Des travaux révèlent cependant que les fucanes pourraient inhiber directement la thrombine (2) et se distinguer ainsi du mode de fonctionnement de l'héparine. D'autres polysaccharides comme les carraghénanes ont également été décrits comme possédant des propriétés anticoagulantes, tandis qu'une activité de ce type a pu être associée à un protéoglycane de haut poids moléculaire extrait d'une algue verte Codium fragile. Les résultats des recherches réalisées ces dernières années sur les propriétés pharmacologiques des algues constituent des pistes prometteuses de développement, notamment dans les domaines des anticoagulants, voire des antitumoraux et des antiviraux à plus long terme. Le développement de ces nouvelles molécules thérapeutiques d'origine algale nécessitera la mise en oeuvre de recherches complémentaires, notamment la purification des molécules impliquées dans les activités observées et l'établissement de relations claires « structure-fonction ». L'origine végétale des principes actifs constitue par ailleurs, un avantage réel et important à une époque où les scandales, tant du sang contaminé que de l'encéphalopathie spongiforme bovine, font que les ingrédients d'origine animale ne sont plus réellement d'actualité.
Dominique Brault
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Toxine du fugu ou sperme de hareng : la mort ou la vie
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L'eau de mer, soluté physiologique idéal ? |
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Le fugu ou poisson-globe, c'est ce célèbre poisson qui, consommé cru, fait le régal des Japonais. Il fait aussi leur malheur : on lui doit chaque année, 30 intoxications mortelles. La responsable : la tétrodontoxine, une neurotoxine extrêmement puissante. A doses plus faibles, elle est cependant utilisée comme anesthésique local. Autre célèbre produit issu de la mer : l'azidothymidine, un puissant antiviral, plus connu sous ses initiales d'AZT. Initialement extrait du sperme de hareng, l'AZT se révéla, en 1985, la première et seule arme efficace contre le virus du sida. Les stocks mondiaux de sperme de hareng ayant été rapidement épuisés par les premiers essais cliniques, l'AZT est aujourd'hui chimiquement synthétisé.

(Photo Goëmar)
L'eau de mer, prélevée au large de Saint-Malo, est électrodyalisée et ultrafiltrée (retrait d'une partie du sel) avant d'être mise en flacon en salle blanche (stérile). |
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Saint-Malo : pourquoi ne pas utiliser l'eau de mer elle-même en thérapeutique ? Le laboratoire Goëmar, entreprise malouine spécialisée dans la valorisation des richesses de la mer, a eu l'idée de mettre en application quelques observations courantes. D'abord, la composition de l'eau de mer est assez proche de celle du sérum sanguin, à l'exception de la teneur en sel (NaCl), quatre fois plus importante dans l'eau de mer. Ensuite, chacun a pu constater que les rhumes et autre affections ORL (otho-rhino-laryngologiques) se guérissent plus facilement lorsqu'on séjourne à la mer. Goëmar a donc mis au point Physiomer, un soluté constitué d'eau de mer désodée non diluée, destiné aux lavages du nez : il nettoie, désencombre et décongestionne la muqueuse nasale. Des tests réalisés chez l'animal et sur des cultures de cellules humaines ont prouvé son absence de toxicité et son effet eutrophique (favorisant la multiplication des cellules) sur la muqueuse respiratoire. De plus, des études récentes réalisées à la faculté d'odontologie de l'université de Rennes 1 montrent que Physiomer pourrait être également utilisé en parodontologie pour irriguer les plaies et diminuer l'inflammation de la gencive. |
| Notes : |
1 : Anti-coagulant classiquement utilisé.
2 : Enzyme de coagulation
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