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La quête de l'hélium stellaire
Matière noire et... matière grise
Pleumeur-Bodou : Les oreilles du ciel
Des amateurs dans la cour des grands
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Pleumeur-Bodou : Les oreilles du ciel



 
 Sur le site de la légende s'est installé un véritable parc scientifique des télécommunications, animé par le dynamique musée des Télécommunications qui reçoit, chaque année, autour de 110 000 visiteurs.
L’implantation en 1961 de la 'Station spatiale' au milieu des landes du petit village de Pleumeur-Bodou excita bien des imaginations. Là se déroulèrent les années suivantes une passionnante et belle page de l’histoire spatiale. Histoire.



À la fin des années 50, la France souffre d’un grand retard en matière de communications. Le téléphone est en effet archaïque (connections manuelles), marche mal, est souvent encombré. Un frein considérable pour le développement de l’industrie et du commerce, que ne parvient pas à compenser l’arrivée des premiers 'téléimprimeurs', ancêtres du fax. En ce qui concerne le réseau intérieur, le gouvernement de l’époque met les bouchées doubles pour développer le réseau de câbles coaxiaux qui quadrille l’Hexagone. Mais le travail est lent et très coûteux. Et pour les communications internationales, un premier câble sous-marin est posé en 1956 entre les Etats-Unis et la France. Mais il n’offre que 36 voies simultanées, de qualité moyenne et pour des coûts de communication, d’installation et d’entretien très élevés.



 
 19 juillet 1962, inauguration du radôme par Charles de Gaulle.
  L es débuts de la mondovision
La télévision, elle aussi, aimerait bien disposer d’un moyen de transmission intercontinental. En 1953, à l’occasion du couronnement d’Elisabeth II d’Angleterre, une première émission en Eurovision (en direct et internationale) a été possible. Mais la courbure de la Terre rend impossible toute transmission directe entre les USA et l’Europe, par exemple. Une première solution fut recherchée en utilisant la Lune comme miroir réfléchissant. Des expériences furent ainsi tentées dans les années 50, entre Holdmel (New Jersey) et la grande antenne de Nançay (Creuse). Mais non seulement la Lune a un fort pouvoir absorbant, ce qui rend difficile la transmission des émissions télévisées ; mais aussi, bien que les ondes électromagnétiques se déplacent à près de 300 000 km/s, il faut tout de même un peu plus de 3 secondes pour qu’une émission fasse le voyage… Beaucoup trop long pour permettre une conversation téléphonique. Une seconde solution sera l’expérience Echo : un gros ballon sonde de 30 m de diamètre, placé à mi-chemin des deux continents, au-dessus de l’Atlantique. Mais la visibilité mutuelle n’excède pas les… cinq minutes !



  D e Spoutnik à Telstar
La vraie solution viendra, curieusement, de la guerre froide et du lancement par les Soviétiques du premier satellite artificiel : Spoutnik, le 4 octobre 1957. Un exploit qui va pousser les Américains à se lancer eux aussi à corps perdu dans l’aventure spatiale. C’est dans ce cadre que naît le programme international Telstar 1 en 1961. Côté US ce sont ATT (American telegraph telephone) et Bell Telephone qui étudient et réalisent le satellite ainsi que l’antenne émettrice d’Andover (Maine). Côté européen, une rivalité franco-britannique amène à la construction de deux antennes réceptrices. L’une en Cornouailles, à Goonhilly Downs (1 100 tonnes, 30m de diamètre, et placée à l’air libre) l’autre à Pleumeur-Bodou (cf. encadré).



  L a première émission…
L’antenne est achevée le 7 juillet 1962, soit 3 jours avant le lancement du satellite Telstar 1 ! Malgré toutes les précautions prises, les 190 ingénieurs et techniciens qui ont travaillé à sa réalisation sont inquiets. Le matériel est en effet, dans sa très large majorité, entièrement expérimental !

Le 10 juillet, la tension est à son comble. À 08h35 GMT l’annonce tombe : 'Le satellite Telstar 1 a été lancé avec succès'. Il reste peu de temps pour faire les derniers essais, les dernières vérifications. C’est que, Pleumeur ne disposera que de 20 minutes (durée maximale durant laquelle le satellite sera 'visible' simultanément de la France et des Etats-Unis) pour gagner son 'pari'. À 20h35 (passage 5 du satellite), un premier essai échoue. Les Américains ont en effet 'oublié' d’allumer la balise qui doit permettre au traqueur de Pleumeur-Bodou la poursuite de précision. Il faut donc attendre deux heures et le passage suivant… Quand, soudain, le récepteur tombe en panne. C’est la consternation. Consternation de courte durée, car les techniciens découvrent rapidement la lampe défectueuse.

Sur les écrans TV, qui sont disposés, tant dans la salle de contrôle qu’à l’extérieur, pour les nombreux journalistes et invités venus assister à cette première, on ne voit que de petits 'flocons de neige', dus à ce que les spécialistes appellent le 'bruit de fond'.

À 23h18, les Américains signalent qu’ils viennent de percevoir le signal du satellite. Un peu après 23h33, l’ingénieur Roger Guénégo, responsable de l’équipement, hurle dans le micro : 'Precision tracker autotrack !' , ce qui, en clair, signifie que le traqueur Français a trouvé le satellite et affiche sa position. L’antenne est immédiatement positionnée selon ces coordonnées quand, brutalement, les hauts parleurs qui, jusque-là émettaient des crachotis infâmes, se taisent. Une panne ? Non : le calage sur la bonne fréquence. Sur les écrans TV, à 23h47, apparaît la mire Américaine. La joie est à son comble. Durant sept minutes, bouche bée, les techniciens assistent à une interview en direct de Fred Kapell (Président d’ATT) et du Docteur Fisk (Bell Labs). La mondovision est née. Les images, enregistrées sur une bande magnétique, partent immédiatement à Paris pour être diffusées à toute la France le 11 juillet. Le 12 juillet, c’est au tour de la France d’émettre, avec succès, vers les États-Unis : 'Yves Montand interprétant : la Chansonnette' !



  V isiter Cosmopolis :

Le musée des Télécommunications et son Radôme sont ouverts tous les jours (sauf en hiver : fermeture les samedi et parfois les dimanches). L’entrée est de 45F pour les adultes, 35F pour les moins de 17 ans et gratuit pour les moins de 5 ans. Un billet commun donne également accès au planétarium de Bretagne. Renseignements : 02 96 46 63 80 ; réservations pour groupes 02 96 46 63 81.
http://www.leradome.com/


 
 Fabrication du satellite Telstar
  4 0 ans de bons et loyaux services
Il faudra en fait attendre 1965 pour que le site prenne sa véritable 'vitesse de croisière'. C’est cette année-là, en effet, que les Américains placent le premier satellite géostationnaire (Early Bird) et le positionnent sur l’Atlantique. Selon les besoins, le satellite fonctionne soit en émission-réception TV, soit en téléphonie. C’est d’ailleurs lui, qui, en 1969, retransmettra au monde ébahi, les images des premiers pas sur la Lune. En juin 1965, est inauguré le premier réseau téléphonique transatlantique permanent. Et, la même année, les Soviétiques placent sur orbite l’énorme satellite d’une tonne : Molnya 1. Moyennant quelques modifications du matériel de Pleumeur, ce satellite est lui aussi capté et donnera très rapidement d’excellents résultats (premiers essais de TV couleur avec le système Français Secam)

Le 29 septembre 1969, l’antenne 2 de Pleumeur-Bodou est inaugurée. Il s’agit cette fois d’une 'classique' parabole, de 27, 5 m de diamètre, construite pour desservir le satellite géostationnaire positionné sur l’Océan Indien : la liaison avec le Japon est ouverte. En 1973, c’est l’antenne 3 (parabole de 30m). En 1974, la France (avec l’Allemagne) lance son premier satellite : Symphonie, qui va servir aux communications avec la Réunion… Le site ne cesse de s’agrandir. En 1983, Pleumeur est en relation satellite avec 86 pays.



  Q uel avenir ?
En 1985, l’antenne du radôme est mise à la retraite. S’affrontent alors les partisans du démontage pur et simple (comme aux États-Unis) et les partisans de la conservation de cet extraordinaire témoignage du patrimoine scientifique mondial. Ce sont ces derniers qui vont finalement l’emporter. 'Pas entièrement', déplore avec un peu de nostalgie Jean Pierre Colin, l’un des pères de la 'station spatiale de Pleumeur-Bodou', comme elle fut appelée en 1962. ' Aujourd’hui, la grande antenne est immobilisée. La grande roue de rotation est voilée et personne n’envisage de la réparer. Et puis, toute la partie électronique a été démontée…' De fait, la 'cabine de pilotage', inaccessible au public, fait un peu triste figure. Ce fabuleux témoignage des premiers pas de l’homme, dans la conquête du spatial, est en mauvais état. Quelques spécialistes relativement âgés, peuvent encore identifier les cartes électroniques, connaissent les caractéristiques des guides d’onde ou des Maser… D’ici quelques années, qu’en sera-t-il de cette prodigieuse électronique sans laquelle rien n’aurait été possible ? Le musée des Télécommunications, qui s’est installé à la porte du radôme, a pris en charge son entretien et sa présentation au public. Plus de 100 000 personnes s’y pressent chaque année, et cette popularité devrait encore s’accroître du fait des nouvelles activités (classes Télécoms, nouveau spectacle, salle pour enfants…) sans cesse mises en place.

Grâce à ses initiatives d’animation émanant, à l’origine, d’anciens ingénieurs des télécommunications spatiales et du Cnet de Lannion, Pleumeur-Bodou a aujourd’hui sa place dans le patrimoine mondial. Espérons que les dernières antennes encore en service, mais qui devraient connaître elles aussi la retraite prochainement, ne disparaîtront pas. Certains aimeraient en effet qu’elles servent aux étudiants, aux chercheurs en radioastronomie… Pourquoi pas ?

JFC


 
 Image reçue par l'antenne-cornet de Pleumeur-Bodou le 10 juillet 1962 à 23h47
  L ’antenne en quelques chiffres

Par rapport à son homologue britannique, l’antenne française ne pèse 'que' 340 tonnes, pour 54 m de longueur. Un monstre capable de repérer un petit satellite de 80 cm de diamètre, situé à 5 000 km et se déplaçant à 36 000 km/h, avec une précision de 3/100e de degré ! Et surtout, capable de capter un signal très faible, de la puissance d’une lampe de poche, de l’ordre du millième de milliardième de Watt !
L’antenne est protégée par un Radôme, une bulle de toile blanche haute de 49,10m, large de près de 54m, 9000m2 de surface pesant 27 tonnes, qui va entraîner le terrassement de 8000 m3, dont 3 000 de rochers, qui nécessiteront plus de 3 000 tirs de mines. Il faudra 4 000 m3 de béton, 276 tonnes d’acier pour l’armature et 10 tonnes de boulons pour assembler ce mécano géant. Le radôme est capable de résister à des vents de plus de 180 km/h. 120 km de câbles sont posés, nécessitant près de 200 000 connexions.

L’antenne elle-même est en forme de corne d’abondance. Elle est constituée de plusieurs milliers de plaques toutes numérotées et ajustées au 10e de mm entre elles, à l’aide de petits repères vérifiés en permanence par des lunettes de géomètre. L’antenne mue par de gros moteurs hydrauliques, est pilotée par un impressionnant poste de commande numérique, qui nécessite des milliers de cartes électroniques, et un gros IBM 1620 à bandes magnétiques. Quant à la réception proprement dite, elle nécessite l’emploi d’un Maser (Microwave amplification by stimulated emission of radiation), un amplificateur fonctionnant sur les principes de la mécanique quantique : l’onde électromagnétique est amplifiée en recevant l’énergie de la chute stimulée d’atomes, excités par une onde adaptée (appelée onde de pompage). On utilise pour cela un rubis synthétique. Mais, pour fonctionner, le Maser doit être maintenu à une température très basse, c’est pourquoi il est plongé dans un bain d’hélium liquide à –269°C, qu’il faut recharger toutes les 8h !