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Mont-Saint-Michel
Baie des paradoxes |
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 Très envasée, la baie du Mont-Saint-Michel devrait prochainement retrouver son caractère maritime, grâce à la construction d’un pont qui remplacera la digue actuelle. c. JC Lefeuvre.
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Du 5 au 7 avril dernier, s’est tenu à Pontorson (50) un colloque scientifique destiné à faire le point sur les connaissances acquises, quant aux fonctionnements de la baie. Cette dernière devrait, en 2004, retrouver une partie de son aspect marin. Mais, avant d’engager ces (importants) travaux, un point était nécessaire. Visite guidée. | |
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Avant toute chose, il est bon de "planter le décor". Classée au patrimoine mondial par l’Unesco (1) en 1979, la baie du Mont-Saint-Michel couvre un peu plus de 400 km2, dont 250 forment la zone intertidale (soumise à l’alternance des marées). Avec une moyenne de 15m de marnage (différence de niveau entre les marées), la baie se situe au 5e rang mondial. Ce phénomène de puissantes marées s’accompagne d’un important apport de sédiments : 1 à 1,5 million de m3 par an ! Ce phénomène naturel existe depuis environ 8000 ans (dernière glaciation), mais il s’est amplifié considérablement depuis un siècle, du fait des actions de l’homme : polders, détournement des rivières, construction de barrages, installation de la digue menant au Mont… Un Mont-Saint-Michel sans eau Au rythme où vont les choses, le Mont-Saint-Michel sera définitivement à sec d’ici à dizaine d’années, du fait de l’extension permanente des "herbus" (2). En plus de l’aspect esthétique et médiatique, c’est la condamnation à terme des principales activités économiques du secteur : conchyliculture, prés salés, cultures en polder, tourisme… Et c’est la disparition annoncée d’un écosystème unique. Mais alors que faire ? À écouter les scientifiques réunis à Pontorson, la réponse est loin d’être simple. Certes, pour ce qui concerne le rétablissement du caractère maritime du Mont, les travaux envisagés devraient satisfaire les amoureux du site (cf. encadré). Mais, est-ce suffisant ? "En partie seulement", ont affirmé les chercheurs à Pontorson. Car la baie est un tissu de paradoxes.
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Le projet d’aménagement |
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Après quatre années d’études, un budget de 700 MF a été dégagé (fonds propres du syndicat de baie, crédits européens, agences de l’eau, Etat, Régions et Départements). La digue reliant le Mont à la terre sera remplacée par un pont sur lequel circulera un train pneumatique transportant les visiteurs (3,5 millions de personnes par an). Le barrage de la Caserne, sur le Couesnon sera modifié pour redonner deux bras à la rivière, ce qui devrait provoquer un effet de "chasse" qui devrait théoriquement éliminer rapidement 5 à 7 millions de m3 de sédiments. |
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Les scientifiques partenaires en Bretagne : |
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l’UMR CNRS 6553 "Evolution des systèmes naturels et modifiés", université Rennes 1 ; Jacques Baudry et Gilles Pinay (Inra) ; Gérard Gruau (Géosciences-université Rennes 1) ; Jean-Claude Solomon (Seamer Brest) ; Guy Fontenelle (Ensar) ; Loïc Prieur et Denis Bailly (université de Bretagne occidentale) ; Olivier Thébaud (Ifremer). | |
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la Commission interbassins de la baie du Mont-Saint-Michel vient d’éditer une étude sur les cinq bassins versants de cette baie.
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L’outwelling nourrit les poissons L’un d’eux est que, dans cette vaste baie ouverte sur la Manche, "l’eau ne se renouvelle pratiquement pas" , comme l’a expliqué Jean-Claude Lefeuvre Professeur au Muséum national d’histoire naturelle. Du fait de l’incroyable distance couverte par l’eau (250 km2 avec une pente à 3‰), la masse descendante "percute" les flots montants, provoquant un phénomène d’interférence permanent qui piège les particules dans la baie. "De ce fait, il faut de nombreux mois pour qu’une particule piégée dans la baie à Granville, retourne dans la Manche à Cancale !" Cette situation a intrigué les scientifiques : comment, dans ces conditions, la baie parvient-elle à produire une très importante biomasse : 10 000 t de moules/an, 1500 t d’huîtres, 160 000 t (estimées) du coquillage parasite Crepidula fornicata…? "C’est, " explique le Professeur Lefeuvre, " parce que les marées emportent 45% de la production des marais salés [bactéries, déchets organiques…] avant que les consommateurs de ces milieux [ovins, bovins…] n’aient eu la possibilité de l’utiliser !" Ce processus a été appelé outwelling. Les dégâts liés aux moutons Et voici un autre paradoxe de la baie… À première vue, l’outwelling serait un argument plaidant en faveur de la conservation et du développement des prés salés, en tant que réservoir de nutriment favorisant la pêche… Oui, sauf que… S’il y a pré salé, il y a moutons. Et ces derniers "en arrachant les plantes [ils ne les cisaillent pas comme le font par exemple les chevaux ou les vaches] détruisent en fait les plantes les plus intéressantes en matière d’apport organique", déclare Eric Feunteun (UMR 6553 CNRS-université de Rennes 1). Ainsi, comme souvent – pour ne pas dire toujours – en matière d’écosystèmes, il n’y a pas de "solution miracle". Une bonne nouvelle toutefois : le président de bassin Claude Halbecq (Bretagne) a chargé officiellement le professeur Lefeuvre d’étudier l’installation d’un centre de dimension européenne, en baie, afin de centraliser et coordonner les missions scientifiques.
JFC |
| Contact : |
Unesco : Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture.
herbu : terre maigre, servant seulement de pâturage.
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| Contact : |
Jean-Claude Lefeuvre tél. 02 99 28 61 42 fax 02 99 28 14 58 e-mail : Jean-Claude.Lefeuvre@univ-rennes1.fr |
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