La plongée subaquatique au secours des géographes

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La plongée subaquatique au secours des géographes

 


 


  La plongée subaquatique au secours des géographes

   


Gorgones déployées : après les marées noires de l’Amoco Cadiz et du Torrey Canyon, la vie sous-marine reprend son cours : un message d’espoir pour les zones touchées par le naufrage de l’Erika . c. J. Fournier.

Pour évaluer de manière scientifiquement correcte l’impact d’une marée noire sur la richesse et la diversité des écosystèmes sous-marins, il faut une bonne connaissance préalable de ces écosystèmes. Au sein du laboratoire Costel (1), Jérôme Fournier a consacré sa thèse à la mise au point d’une méthodologie permettant de relier la cartographie aérienne (couvrant de larges zones), à un inventaire "in situ" des espèces biologiques sous-marines (de 0 à environ 15 mètres sous le niveau des plus basses mers.)
  Le littoral est une entité géographique située à l’interface entre terre, mer et atmosphère. Sa partie sous-marine, très importante à la compréhension globale du système, est certainement le maillon le moins étudié à l’heure actuelle. Or il s’agit bien d’un territoire à part entière, avec un fonctionnement spécifique et une structure spatiale de type mosaïque. Pour son étude, Jérôme Fournier a choisi la zone de Roc’h Crenn, dans la baie de Lannion, pour sa faible profondeur et sa représentativité du littoral breton. Cette zone avait été polluée par les marées noires du Torrey Canyon en 1967 et de l’Amoco Cadiz en 1978. Elle peut donc servir de référence pour étudier l’évolution dans le temps des écosystèmes touchés par la marée noire de l’Erika, en sud Bretagne et Loire-Atlantique. Les méthodes utilisées : A l’image de l’étagement de la végétation en montagne lié au gradient de température, le domaine sous-marin est découpé en étages ou niveaux liés au gradient de luminosité. Il est cependant difficile d’en donner une définition strictement bathymétrique, car divers paramètres abiotiques les conditionnent, notamment la turbidité de l’eau. L’étage médiolittoral (zone de balancement des marées) est facile d’accès et largement étudié. Pour les étages infralittoraux (c’est-à-dire sous la zone de balancement des marées), la photographie aérienne est une première approche, mais elle doit être complétée par une étude du terrain en plongée subaquatique. Cette étude a demandé près de 180 plongées, réparties sur 4 années (plongées au printemps et en été). En plus de l’identification des espèces, le plongeur a réalisé une estimation des biomasses moyennes par niveau écologique. Il a ainsi montré qu’un gradient existe entre les végétaux présents dans les étages supérieurs à forte luminosité et les animaux qui deviennent dominants dans les étages inférieurs, où le manque de luminosité est un facteur limitant pour les végétaux.  

POUR EN SAVOIR PLUS

  Augris C. et al., 1996, Atlas thématique de l’environnement marin en Baie de Saint-Brieuc, Ifremer, Brest, 71 p. Fournier J., 2000, Le proche espace sous-marin de la Manche. Méthodologies pour l’étude et la gestion du domaine benthique. Application au site test de la baie de Lannion, Thèse de doctorat en Géographie Physique, Université de Rennes 2, 466 p. Turquier Y., Lusardi C., Loir M., 1998, Fonds sous-marins de la Bretagne, Ed. Ouest-France, Rennes, 127 p.
 

cartographie sous-marine végétale de Roc’h Crenn. Les neuf couleurs correspondent à neuf typologies de substrat (roche, sable…) et d’algues (fucales, laminaires…)


Extrapolation au littoral breton : La carte obtenue recense 22 biocénoses, ce qui correspond à 512 espèces animales et végétales, sur un total de près de 700 pour l’ensemble de la baie de Lannion. Les résultats en terme de biodiversité permettent donc de formuler un espoir relatif pour l’événement actuel de l’Erika, en ce qui concerne son impact sur la richesse des écosystèmes sous-marins (et donc sur les activités économiques qui en découlent : ostréiculture, pêche à pied...) La carte présentée ici est volontairement très simplifiée par rapport au document produit par Jérôme Fournier pour la soutenance de sa thèse, en janvier dernier. S’y retrouvent les biocénoses à fucales (en vert), celles à laminaires, plus profondes (du rose clair (laminaires peu denses) au violet foncé (très denses)), des zones de sable (de jaune à orange) et de roche nue (en noir) ou couverte de fucales peu denses (en rouge). Ainsi corrélés aux observations biologiques du plongeur, les clichés obtenus par avion deviennent un moyen rapide et sûr d’étendre l’étude à d’autres portions du littoral breton présentant les mêmes caractéristiques (côte découpée, mer agitée...). La protection du domaine sous-marin : Cet exemple en baie de Lannion illustre la complexité et la fragilité du domaine sous-marin. Ainsi, loin de l’idée d’un patrimoine maritime uniforme, ce territoire présente une forte hétérogénéité se traduisant par une mosaïque spatiale complexe et une grande richesse écologique, faunistique et floristique (Turquier et al., 1998), qu’il convient de protéger au même titre que les écosystèmes terrestres.

Jérôme Fournier,
docteur en géographie,
laboratoire Costel,
université Rennes 2
 

Notes :  (1) Costel est la composante " université de Rennes 2 " d’une unité mixte de recherche CNRS (UMR 6554) multisites (Brest, Caen, Nantes et Rennes) : " Littoral, environnement, télédétection, géomatique ".  

Contact :


Jérôme Fournier
laboratoire Costel, université Rennes 2
Tél. 02 99 14 18 77
fax 02 99 14 18 95
e-mail :
jerome.fournier@uhb.fr