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Le créateur de l'archéologie armoricaine moderne - Pierre-Roland Giot

 

Le créateur de l'archéologie armoricaine moderne

Pierre-Roland Giot


photographie aérienne du tumulus de Barnenez, fouillé par une équipe dirigée par Pierre-Roland Giot entre 1955 et 1968. Exceptionnel, ce tumulus comporte 11 dolmens : il fut sauvé in extrémis car en 1955, un entrepreneur avait commencé à récupérer ses pierres pour construire une route touristique.

Pierre-Roland Giot crée dès 1944 le laboratoire d'Anthropologie préhistorique de la faculté des Sciences de Rennes et dirige la Circonscription des Antiquités de l'Ouest. Pendant 40 ans, il mène les grandes fouilles et les restaurations de monuments mégalithiques et de tumulus de l’âge du Bronze (1). En laboratoire, il applique les techniques scientifiques à l'archéologie, pétrographie des haches polies, spectrographie des métaux, sédimentologie des gisements paléolithiques entre autre. Il crée une école de formation archéologique, dont sortira une équipe de préhistoriens aguerris.
  Pierre-Roland Giot est né le 23 septembre 1919 à Carolles, Manche, d'un père artiste-peintre et d'une mère britannique dont l'éducation à l'anglaise le marquera profondément. Brillant élève de géologie à Paris puis à Grenoble, il revient en Bretagne qu'il avait connue et aimée dans son enfance et s'y consacre entièrement. Après des travaux de géologie armoricaine, il prépare une thèse anthropologique "Armoricains et Bretons", qu'il soutient en 1950. Mais c'est l'archéologie qui le captivera avec la fouille des tumulus et de mégalithes dont le sauvetage, à partir de 1955, du gigantesque tumulus de Barnenez à Plouézoc'h, Finistère, avec ses 11 dolmens à couloir. Il fouille et sauve de beaux tumulus de l'Age du Bronze finistériens comme celui à pointes de flèche en silex de Coatanea à Bourg-Blanc ou ceux de Kervingar à Plouarzel. Il étudie l'Age du Fer avec les retranchements comme Erquy, les stèles et les souterrains-refuges finistériens de Plouguerneau, Commana, Quimperlé etc..., de Hénon, Ploufragan, Saint-Donnan dans les Côtes-d'Armor et de Langoëlan dans le Morbihan. Il en étudie la poterie gauloise en plusieurs corpus. Il intervient sur des sites médiévaux comme à l'île Lavret et dépouille l'ossuaire de Plufur pour ses chères collections de crânes.

Des méthodes scientifiques
:
Géologue de haut niveau, il étudie scientifiquement les coupes stratigraphiques littorales de Bretagne avec l'appoint de la sédimentologie. Mais un volant majeur est celui de la pétrographie qui lui permet d'identifier la nature des haches polies, leur origine armoricaine (gisement de Plussulien retrouvé par son élève Charles-Tanguy Le Roux) et leur diffusion en Europe. La métallurgie est approfondie grâce à la création d'un laboratoire d'analyses spectrographiques à Rennes, ce qui permettra de reconnaître l'origine et l'évolution des alliages métalliques des cuivres arséniés du Chalcolithique aux bronzes plombeux du Bronze final. Les ressources armoricaines en étain sont reconnues pour la préhistoire (Saint-Renan). L'analyse des poteries permet de savoir l'origine des argiles exportés parfois jusque dans le Sud de l'Angleterre. La métallurgie du fer est reconnue avec la fabrication de lingots bipyramidaux ou Spitzbarren dans les Côtes-d'Armor.

quelques publications
 
  • P.-R. Giot. Armoricains et Bretons. Etude anthropologique. Travaux Anthropologie, Faculté Sciences de rennes, 1951, 259 p.
  • P.-R. Giot, J.-L. Monnier, J. L'Helgouach. Préhistoire de la Bretagne. Ouest-France Université, 1998, 589 p.
  • P.-R. Giot, J. Briard, L. Pape. Protohistoire de la Bretagne. Ouest-France Université, 1995, 423 p.
  • P.-R. Giot. Barnenez, Carn, Guennoc. Trav. Labo. Anthropo. Rennes, 1987, 2 vol. 232 p. et 57 pl.
 

Pierre-Roland Giot dans l’ossuaire de Plufur, en 1957.


L'école de Giot :
Pierre-Roland Giot a formé une école avec au départ ses fouilleurs dont à l'époque initiale Yves Coppens, Jacques Briard et Jean L'Helgouach. Ils seront rejoints plus tard par Charles-Tanguy Le Roux, Pierre-Louis Gouletquer, Marie-Yvane Daire et Henri Morzadec. Yves Coppens s'envolera vers les lointaines origines de l'humanité. Jean L'Helgouach prendra en main l'étude du mégalithisme breton, développant les techniques de fouilles et de restaurations à Dissignac et Pornic notamment. Jacques Briard basera une chronologie européenne de l'Age du Bronze à partir des dépôts et fouillera de nombreux tumulus. Charles-Tanguy Le Roux se spécialisera en pétrographie tandis que Pierre-Louis Gouletquer reconnaîtra les industries microlithiques du Mésolithique et les industries du sel, Marie-Yvane Daire rénovera l'Age du Fer et Henri Morzadec mènera une synthèse sur la composition des poteries. Pierre-Roland Giot éditera de nombreuses synthèses sur la Bretagne, souvent en collaboration et créera les "Travaux du Laboratoire". Il sera aussi conservateur du Musée de Préhistoire Finistérien. Médaille d'argent du CNRS, il sera Collier de l'Hermine et honoré par des nombreuses sociétés étrangères. Jacques Briard
Directeur de recherche honoraire au CNRS

Déesses néolithiques découvertes par Pierre-Roland Giot, l’une à Guidel (Morbihan), l’autre au Trévoux (Finistère).

Notes :  (1) Age du Bronze : période préhistorique (de 2000 à 800 av. J.C.) au cours de laquelle s’est diffusée la métallurgie du bronze (alliage de cuivre et d’étain). L’Age du Fer commence vers le VIIIe siècle av. J. C  
Contact : Jacques Briard
Directeur de recherche honoraire au CNRS,
Laboratoire d’anthropologie