Un Lemm qui n'est pas dans la Lune

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L'aquarium - Un exploit technique
Le pavillon tempéré
Le pavillon polaire
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Corail passion
Un Lemm qui n'est pas dans la Lune
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Un Lemm qui n'est pas dans la Lune !


 



Sami Hassani est biologiste et responsable du Laboratoire d’Études des mammifères marins (Lemm).

 

Sami Hassani est biologiste et responsable du Laboratoire d’Études des mammifères marins (Lemm). Visite.



L’identification des mammifères échoués et la détermination des causes du décès font partie des missions du Lemm.

Réseau : Quelles sont les activités du laboratoire ?

S. Hassani : Le LEMM a quatre missions. La première, c’est d’être un centre de soin pour les phoques. Chaque année, nous recueillons en moyenne 10 à 12 phoques ; mais, depuis trois ans, ce nombre augmente sensiblement. Attention cependant à ne pas tirer de conclusions hâtives… Cette augmentation est en effet parfaitement naturelle. D’une part, la population de phoques ne cesse d’augmenter naturellement et, par ailleurs, le public est de plus en plus au courant de notre travail. Du coup, ils nous apportent des animaux qui autrefois étaient apportés à des vétérinaires. Avec tous les bénévoles qui sont venus sur la côte après la marée noire de l’Erika, nous avons même reçu des jeunes phoques en… parfaite santé ! La deuxième mission consiste à assurer un suivi permanent des échouages d’animaux morts ou blessés sur les côtes de Bretagne. Cela permet un suivi précis des épidémies.

Réseau : Vos homologues de la Rochelle viennent d’annoncer une forte augmentation du nombre des victimes, cette année. Par ailleurs, ils évaluent à 70% le nombre des victimes d’engins de pêche. Faites-vous le même constat ?

S. Hassani : Oui et non… Qu’il y ait des "pics" d’échouages n’a rien de surprenant. Et, contrairement à ce que l’on peut lire parfois, il n’y a pas là de "suicides collectifs" ! Une telle affirmation est stupide. En fait, les échouages de dauphins ou baleines, sont généralement dus au fait que ces animaux familiers des hauts fonds, se trouvent piégés par les marées, alors qu’ils suivaient des bancs de poissons ! En Bretagne, par exemple, nous avons eu un "pic" élevé d’échouages en février 97. En un mois, nous avons eu autant d’échouages qu’en une année habituelle. Mais cela était dû à la présence de bancs d’anchois et de sprats… En ce qui concerne la responsabilité de la pêche, nous avons en Bretagne 30% d’animaux portant effectivement les traces de captures accidentelles.

Réseau : Vos autres missions ?

S. Hassani : La troisième mission concerne le suivi des populations locales de phoques gris et de grands dauphins (Sein et Molène). Il serait long de détailler tous les travaux qui sont actuellement menés par les deux thésardes du laboratoire… Mais ils concernent d’une part le suivi du nombre d’animaux, l’identification de chaque individu par photo-identification ou dessin [aileron dorsal des dauphins] ; utilisation de l’espace (déplacement en fonction des marées, de la saison…) ; pose de balises Argos pour suivre les migrations, ce qui nous a permis d’apprendre que les phoques font des voyages beaucoup plus importants que ce que nous imaginions. Nous avons, en effet, suivi des animaux jusqu’en Irlande, au Pays de Galles, dans les Iles Anglo-Normandes, dans
l’estuaire de la Tamise… Enfin, quatrième mission, nous menons ici, à Océanopolis, diverses expérimentations scientifiques, non seulement sur les mammifères mais aussi sur les oiseaux. Ainsi, par exemple, nous avons un projet en collaboration avec le CNRS, pour faire un suivi du cycle complet hormonal de la mue des manchots. Cette étude est impossible à réaliser en mer ; alors qu’ici, c’est très facile ! Nous formons également des hivernants (1) de l’IFRTP, à l’étude du chant des manchots, par exemple. Et j’ai un projet d’étude du régime alimentaire des dauphins, à partir des contenus stomacaux des animaux échoués.    
 

Mise en place d’une balise Argos sur la tête d’un phoque gris, afin de suivre ses déplacements après sa remise en liberté. 

 
Profession
soigneur-dresseur
 


Les soigneurs russes effectuent un dressage léger des phoques qu’ils ont apportés de Mourmansk : " l’objectif n’est pas d’en faire des bêtes de cirque, mais de les rendre faciles à nourrir et à soigner ". Ils transmettent leur savoir-faire aux équipes de soin brestoises.

Dépendant du Lemm, une équipe de quatre dresseurs – soigneurs s’est vue confier la responsabilité de soigner les mammifères présents à Océanopolis. Leur formation a notamment compris un stage de quatre mois avec des dresseurs russes. "Initialement, explique Sami Hassani, il n’était pas question de "dressage" des phoques, afin de leur conserver le maximum de "naturel". Mais nous nous sommes vite aperçus que nous ne pouvions pas travailler ainsi. Non seulement les animaux posaient des problèmes (agressivité) vis-à-vis des plongeurs chargés de nettoyer l’aquarium, mais ils ne se prêtaient que très difficilement aux indispensables manipulations vétérinaires (une fois par semaine). Nos quatre dresseurs travaillent avec tous les animaux indistinctement, mais chacun a reçu la responsabilité plus particulière de deux animaux. Pas question, bien entendu, d’en faire des animaux de cirque ! Vous ne nous verrez jamais jouer à la balle avec les phoques ! Non, il s’agissait simplement de leur apprendre les gestes indispensables : donner une patte à la demande, ouvrir la bouche, se mettre sur le dos, rester calme à un moment précis, rester dans l’eau même si les autres en sortent…"


Notes :

 
(1) hivernant : personnel scientifique ou technique passant l’hiver sur le continent antarctique ou les îles sub-antarctiques.