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Irmar - L'institut de recherche mathématique
Marie-Françoise Roy - Profession mathématicienne
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Marie-Françoise Roy


Profession mathématicienne


 



Spécialiste des algorithmes de la géométrie algébrique réelle, Marie-Françoise Roy dirige l’institut de recherche mathématique de Rennes (Irmar) depuis le 1er janvier 2000 et participe à la coordination de l’Année mondiale des mathématiques. c. H. Tattevin.

Marie-Françoise Roy travaille dans le domaine des "algorithmes de la géométrie algébrique réelle". Pour elle, l’essentiel est le plaisir de contribuer, ne serait-ce qu’un peu, au grand édifice des mathématiques. Elle met le même enthousiasme au service de la culture scientifique, en participant activement aux animations mises en place dans le cadre de l’Année mondiale des mathématiques.

 

Réseau : Comment résumer votre carrière ?

MFR : Née en banlieue parisienne, j'ai fait les classes préparatoires avant d'entrer à l'école normale supérieure. J'ai occupé ensuite un poste de maître de conférences à l'université de Paris Nord, avant de suivre mon mari nommé professeur de maths à l'université de Niamey, la capitale du Niger, pendant deux ans. A la suite de ce séjour, il a obtenu un poste à l'université de Rennes, où je suis à mon tour devenue professeur, avant d’adopter mon thème de recherche actuel "les algorithmes de la géométrie algébrique réelle". Ce sera d'ailleurs le titre de l'ouvrage que je suis en train de rédiger avec deux collègues…

Réseau : C'est un beau titre, mais qu'est-ce que cela veut dire ?

MFR : Vous connaissez sans doute les équations de type ax2 + bx + c = 0. Nous appelons cela des polynômes. Le calcul ne porte pas sur des chiffres, mais sur des lettres (a, x…) qui représentent des valeurs variables indéterminées. Mon travail consiste non pas à trouver des solutions à des "polynômes" particuliers, mais à trouver des méthodes permettant de dire si oui ou non des polynômes compliqués, dépendant de beaucoup de variables, ont des solutions en étudiant tous les cas. Il faut aussi que les calculs soient les plus efficaces possibles.

Réseau : Quelles sont les applications de ce travail ?

MFR : Mes méthodes ont des retombées dans la construction de machines industrielles qu'il faut pouvoir programmer en prévoyant toutes les configurations possibles. C'est ainsi que l'un de mes étudiants, Fabrice Rouillier, a récemment signé un contrat avec les Constructions Mécaniques des Vosges… D’autres équipes de notre laboratoire développent d’autres applications. Par exemple,  en imagerie médicale, des mathématiciens travaillent sur des modèles permettant d’étudier des dysfonctionnements du cerveau. Dernier exemple, notre laboratoire travaille en étroite collaboration avec un laboratoire d’électronique pour les configurations d’antennes. Pour résumer, les mathématiques apportent, dans tous ces domaines, des méthodes pour résoudre des systèmes d’équations compliqués.

 



L'oeil du tigre

c. Ralph Feltens

Réseau : Est-ce que la recherche en mathématiques ne vous paraît pas un peu ingrate, comparée à la recherche en astrophysique, en biologie ou en médecine ?

MFR : Il est vrai que nos travaux sont peu médiatisés par rapport aux disciplines que vous venez de citer, et par conséquent, ce n'est pas la quête de gloire médiatique qui stimulera un mathématicien. Mais contrairement à la physique par exemple, où les principes ont souvent été remis en cause dans l’histoire, nous travaillons dans un domaine où le passé n'a jamais tort puisque les maths tombent toujours juste !

Notre contribution vient s'ajouter à un édifice immense et unique, qui couvre toute la planète et est vieux de quelques millénaires ! Et puis les maths, c'est un milieu où l'on voyage beaucoup : les communautés de spécialistes sont très réduites, mais disséminées sur toute la planète et c'est passionnant ! Il n'est pas rare que deux mathématiciens distants fassent en même temps la même avancée significative, cela rejoint un peu l'idée de "grand édifice planétaire" évoquée plus haut…

Réseau : A votre avis, existe-t-il des prédispositions naturelles aux mathématiques ?

MFR : Pour moi, l'essentiel est l'environnement dans lequel les enfants grandissent. En fait, je trouve surtout qu'il est dangereux de vouloir à tout prix classer les gens. C'est à mon avis pour des raisons purement culturelles, que les jeunes filles sont encore trop rares à choisir des études mathématiques, alors que leurs résultats de maths au collège et au lycée sont aussi bons que ceux des garçons. C'est vraiment dommage ! La parité "homme-femme" dans les carrières scientifiques est d'ailleurs le thème d’un débat qui sera organisé par l'université Rennes 1 en mars 2000.

Réseau : Quel est le meilleur souvenir de votre carrière ?

MFR : Je crois que la plus grande satisfaction, je l'ai ressentie en constatant qu'une des définitions que j’avais proposée avec un autre mathématicien, avait été adoptée par plusieurs collègues dans le monde entier. Il s'agissait d'une définition relativement simple, d'un objet mathématique que personne encore n'avait réussi à définir. J'étais très fière d'avoir créé cette définition mais je n'imaginais pas à quel point elle allait être reconnue et appréciée des autres. Cette découverte a certainement favorisé ma carrière, et je ne m’en plains pas, mais l’essentiel est le plaisir d’avoir contribué, ne serait-ce qu’un peu, au grand édifice des mathématiques.


Propos recueillis par Hélène Tattevin


Contact : Marie-Françoise Roy
tél. 02 99 28 60 02 (secrétariat)
fax 02 99 28 67 90
mfroy@maths.univ-rennes1.fr