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Mathématiques :

Une histoire d'humanité...


 
À 33 ans, Éric Rannou est responsable du Capès (1) de mathématiques à l’université de Bretagne occidentale (UBO), il est également chercheur et passionné d’égyptologie. Rencontre.

 

Troisième étage du bâtiment "C", bureau 305. Une pièce spartiate, aux murs blancs, avec juste un tableau noir couvert d’équations. Deux armoires métalliques. Un bureau encombré par l’écran d’un ordinateur ["Un Mac ! Sa conception, sa structure, sont plus proches de la pensée mathématique que les PC…"].

L’homme qui nous reçoit est souriant. Il parle avec douceur, peut-être un artifice pour canaliser les pensées fulgurantes qu’il veut partager. Originaire de la Mayenne, c’est "très jeune que j’ai décidé de faire des maths… J’étais séduit par l’élégance et l’exigence de la discipline." Qu’est-ce qui a favorisé cette passion ? "Peut-être mes parents… Ils sont instituteurs. Ils m’ont inculqué la sacralisation des études. "

Des études passionnées

Et il étudie à l’Université de Rennes : "Je suis devenu le plus vieil étudiant, non pas en âge, mais en durée d’études… J’ai tout fait, du Deug à la thèse… Rennes, c’est un monstre sympathique ! On peut y passer sa vie en séminaire de maths ! On y enseigne toutes les disciplines et on y délivre toutes les formations. Les moyens informatiques sont immenses !" Une boulimie d’études, qui se fait parfois dans le doute : "En DEA, j’ai voulu vérifier ma vocation. Je suis allé régulièrement à Paris pour rencontrer les grands matheux, voir comment ils étaient, pensaient, si je pouvais me reconnaître en eux…J’ai profité de ces voyages pour prendre des cours d’Égyptologie. J’ai hésité entre les deux disciplines… J’ai ainsi publié le catalogue des collections égyptiennes du musée de Rennes ! Et je continue, dès que l’on a besoin de quelqu’un pour conseiller la restauration d’un objet, ou pour établir un catalogue…"

 


Synthèse de paysage réalisé à l'aide de la géométrie fractale. Le programme inclut des paramètres fixés par l'utilisateur (réglage de la rugosité) et des valeurs aléatoires pour introduire l'irrégularité.

 

Le groupe Bourbaki
 
Sous le pseudonyme de Nicolas Bourbaki, se cache en fait un groupe de mathématiciens français qui entreprirent de publier, à partir de 1939, les "Éléments de mathématique". Une suite d’ouvrages qui paraîtront jusque dans les années 70, et qui couvrent la presque totalité du champ mathématique (à l’exception des équations aux dérivées partielles, et de l’analyse numérique). Leur apport a été une révolution des mathématiques mondiales, car ils ont créé notamment une nouvelle manière d’écrire les mathématiques et de penser les problèmes, selon une perspective "unifiée" à la fois formaliste et logicienne [l'unification des mathématiques en la Mathématique est le but principal de Bourbaki].

Les maths au temps des pyramides…
Les Egyptiens ont été les premiers à " publier" des travaux de mathématiques. Ce papyrus, appelé Rhind, date du 16e siècle avant JC. Il est écrit en hiératique, un écriture simplifiée et cursive tirée de l'écriture hiéroglyphique. Les titres et les textes importants sont écrits en rouge, conformément à l'usage des scribes. De là vient le mot "rubrique".

Sur les traces de Bourbaki

Les mathématiques l’ont pourtant emporté. D’où un nouveau choix … "Rennes est le laboratoire majeur de Bretagne, en matière de mathématiques. Et dans ma spécialité d’algorithme en algèbre, je dirai même que c’est l’un des leaders mondiaux. Mais cette puissance de moyens rend la machine lourde… Je préfère néanmoins être à Brest. Comme c’est une petite unité, on peut développer facilement ses travaux… Je suis heureux, ici !"

L’homme s’anime. Et livre, non sans pudeur, un peu de lui-même. "Je suis un Bourbakiste (Cf. encadré) attardé ! J’adore les démonstrations courtes, "léchées", sans faute, sans approximation… Mais les maths n’ont pas qu’un souci d’efficacité ! On oublie trop souvent que ce sont les hommes qui portent les maths… Qu’ils y mettent de la beauté. En maths, le temps n’est plus pareil. On n’a pas à agir, mais à laisser infuser la question étudiée. Bien écrire, c’est comprendre et donc approfondir… Rien de plus excitant que de découvrir qu’avec des règles simples et banales, on débouche sur des constructions fabuleuses et inconnues ! Et de là se dégage une certaine philosophie personnelle. C’est l’exacerbation d’une imagination folle, dans un univers hyper-contraint, et qui se développe librement dans la discipline, l’esthétique et l’art.""

JFC

 

Les algorithmes en algèbre
 
c. JF Collinot.

Avec, entre autres, le groupe Bourbaki, les mathématiques sont parvenues à démontrer l’existence d’objets extrêmement complexes mais pas toujours à les représenter. L’informatique permet non seulement de supprimer les calculs répétitifs et fastidieux, mais surtout de manipuler et d’expérimenter des objets auparavant confinés à un monde purement abstrait. Ces calculs font appel aux algorithmes en algèbre , explique Eric Rannou.

 


 

Contact : Eric Rannou
UFR Sciences et Techniques, Mathématiques
6, avenue le Gorgeu
BP 809
29285 Brest Cedex
Tél. 02 98 01 67 61
e-mail :
eric.rannou@univ-brest.fr