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L'Euria

Dix ans de réussite


 
A Brest, l’Euro Institut d’Actuariat – Jean Dieudonné [l’un des mathématiciens fondateurs du groupe Nicolas Bourbaki] vient de fêter ses dix ans. Une école où les mathématiques sont reines, avec une formation de très haut niveau, qui permet d’assurer un emploi à tous les étudiants sortants. Rencontre avec Hervé le Borgne, son fondateur et directeur, lui-même ancien actuaire du Crédit mutuel de Bretagne (CMB).

 

Réseau : Qu’est ce qu’un actuaire ?

Hervé Le Borgne : Les actuaires sont les spécialistes de la notion de risque. Traditionnellement, ils travaillent pour les assurances ; mais, depuis quelques années, ils sont également employés par les banques et je gage que d’ici peu, ils trouveront également place dans les grandes industries, la grande distribution… Les actuaires forment une profession peu connue, car bien que structurés en organisation professionnelle, ils ne sont que quelques centaines en France.

Réseau : Les mathématiques sont à la base de leur travail…

Hervé Le Borgne : En effet. Beaucoup pensent que les mathématiques appliquées ça n’existe pas… Nous faisons la preuve du contraire ! Quand je me suis lancé dans l’aventure de la création de cette école, en 1989, nombre d’universitaires ont pensé que nous faisions entrer le diable dans les murs de l’UBO (1)… Et de plus, un diable qui travaille sur, et pour, les finances ! Pour les actuaires, il faut en permanence répondre à une équation apparemment simple : argent + temps + hasard = risque(s). Et ils doivent évaluer ce(s) risque(s) en recourant à des modélisations mathématiques très complexes. Cela implique qu’ils doivent également allier d’excellentes connaissances en informatique. D’ailleurs, l’ordinateur portable est le premier outil à acquérir pour entrer à l’Euria… Dans l’avenir, je suis profondément convaincu qu’il faudra ajouter les techniques de l’intelligence artificielle. Pour vous donner un exemple récent, nous n’avons pu réaliser une modélisation très complexe [avoir une idée des épargnes en cours en fin de mois] que grâce à l’emploi d’un logiciel très puissant destiné à résoudre les questions de réseaux de neurones !

Réseau : A quel niveau recrutez vous, et quel diplôme est délivré ?

Hervé Le Borgne : Le recrutement se fait sur concours, avec au minimum un DEUG (2) de maths. Il n’y a qu’une quinzaine de places par an. L’expérience montre que ce sont les élèves sortant des classes préparatoires qui ont les meilleurs résultats. Nous avons également une dizaine de places, pour une filière courte, qui recrute également sur concours, des élèves venant d’autres filières (formation continue par exemple). La différence entre les deux c’est qu’en cycle long, les étudiants obtiennent le diplôme d’actuaires, tandis qu’en filière courte, ils ne peuvent obtenir qu’un DESS [NDLR : à noter que la sélection continue est pratiquée tout au long du cursus].

 


le site géré par jean-Pierre Louvet à l'université de Bordeaux sert de Miroir national à un grand concours international d'ouvres d'art fractal.

http://www-hs.iuta.u-bordeaux.fr/louvet/contest99fr.html

 


Vues au microscope électronique à balayage, les ramifications de ce cristal de Nitrure de Titane ressemblent aux aiguilles d'un sapin. la cristallographie est source de nombreuses images géométriques s'apparentant aux fractales.
c. Jo Le lannic, Cmeba, université Rennes 1, colorisation PB

 

Réseau : Pourquoi si peu de places ?

Hervé Le Borgne : Un étudiant qui sort de l’école peut prétendre à un salaire de départ de 200 000 F par an… C’est donc une profession très "courue" et très fermée. Par ailleurs, nous voulons garantir à nos étudiants un emploi à la sortie. Nous y arrivons, car cela répond bien aux demandes de ce marché très limité. Il y a au total cinq instituts de formation en France, ce qui fait quand même 110 à 120 diplômés chaque année.

Réseau : Où vont les élèves une fois diplômés ?

Hervé Le Borgne : La majorité est installée en région Parisienne. 15% restent en province et quelques-uns partent à l’étranger (exemples récents à Saïgon, Edimbourg, Oslo…). Pour l’instant, tous sont dans les secteurs des finances, de l’assurance et de la prévoyance. Mais l’actuaire est le spécialiste du risque à long terme. Toute entreprise qui souhaite aller plus loin que son compte annuel a besoin d’un actuaire ! C’est un développement inéluctable de la profession.

Réseau : L’avenir de l’école ?

Hervé Le Borgne : Nous envisageons de créer un DESS Mutualisme et Coopération, qui prendra plus en compte les notions de gestion. Ensuite, nous nous posons la question d’intégrer dans la formation des cours de philosophie. Car, s’il faut être un excellent mathématicien, cela est loin d’être suffisant pour être un bon actuaire ! Il faut comprendre le monde qui vous entoure pour appréhender les risques et les analyser…

Propos recueillis par JFC.

L’association des actuaires de Bretagne
 
Créée en 1992 lors de la sortie de la première promotion de l’Euria, elle compte aujourd’hui 95 membres titulaires, tous diplômés actuaires, et 20 membres d’honneur (enseignants ou actuaires français et étrangers ayant aidé au développement de l’Euria). Son actuel Président est Norbert Gotron (promotion 1992), actuellement actuaire au Cabinet actuarial Joël Winter et associés de Paris.


Contact : 01 45 72 63 00

 

Notes :

 (1) UBO : Université de Bretagne occidentale

 (2) DEUG : Diplôme d’études universitaires générales


 

Contact :
EURIA
6, avenue Victor le Gorgeu
– BP 809 –
29285 Brest Cedex
Tél. 02 98 01 66 55
Fax 02 98 01 66 57
e-mail :
leborgne@univ-brest.fr