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En 1978, l’Ifremer (1) se lançait dans une aventure passionnante : la découverte et l’exploration des sources hydrothermales des grands fonds, c’est-à-dire, de ces "cheminées" (geysers) situées à de grandes profondeurs et qui témoignent de l’activité volcanique de la Terre. Là, dans une obscurité totale, par des pressions très élevées, des températures comprises entre 2°C et 400°C et des teneurs importantes en éléments toxiques, vit une faune étrange composée de vers, mollusques et crustacés. Associées à ces conditions physico-chimiques extrêmes, se développent également des bactéries atypiques dont les bactéries hyperthermophiles (2) et barophiles (3), qui intéressent au plus haut point scientifiques et industriels.
Une souchothèque
"L’Ifremer, explique Jean Guézennec, dispose actuellement d’une collection de près d’un millier de micro-organismes provenant de ces grands fonds. Parmi ces souches, certaines ont la propriété de synthétiser des polysaccharides, c’est-à-dire, de sécréter dans leur milieu de culture, de longues molécules formées d’une succession de glucides (sucres). Ces biopolymères (4) sont bien connus des industriels de l’agro-alimentaire, de l’agrochimie, de la pharmacologie… Mais ceux synthétisés par les bactéries issus de ces sites hydrothermaux [NDLR : une trentaine identifée à ce jour sur une collection de près de 1000 micro-organismes] présentent des particularités intéressantes. D’une part, ces bactéries, bien qu’issues de milieux extrêmes, sont capables de se développer et de synthétiser des molécules d’intérêt industriel en conditions normales de laboratoire. D’autre part, les polysaccharides analysés à ce jour possèdent des propriétés innovantes et pourraient trouver des applications dans de nombreux secteurs industriels, dont ceux liés à l’environnement. "
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Des pièges à éléments lourds
" En effet, ces molécules se caractérisent par des structures chimiques innovantes dont de hautes teneurs en acides uroniques (5). Cette dernière particularité fait que le polysaccharide peut fixer des métaux lourds comme le plomb, le zinc, le cadmium, le fer… ou encore des radioéléments comme l’europium, le cobalt, le strontium, le césium, l’uranium…, l’élément en question se trouvant alors piégé dans une micro-sphère, de taille comprise entre 50 et 100 µm (micromètre=10-6 mètre). Cette capacité de rétention intéresse déjà un certain nombre d’industriels concernés par des problèmes d’environnement et de traitement de milieux contaminés." Beaucoup d’autres domaines sont également concernés : la médecine (traitement par des radioéléments, anémies ), la cosmétologie, la pharmacologie…
JFC
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