Simon Sirodot (1825-1903) et la fouille du Mont-Dol

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Un "panel des citoyens" pour débattre de l'expérimentation animale
Simon Sirodot (1825-1903) et la fouille du Mont-Dol

 


Simon Sirodot (1825-1903) et la fouille du Mont-Dol


Simon Sirodot est le plus atypique des archéologues bretons du XIXe siècle. Naturaliste de formation, il s’illustra dans la fouille du gisement préhistorique du Mont-Dol (Ille-et-Vilaine) et fit preuve pour l’époque d’une grande rigueur et d’un esprit novateur. Ses travaux n’échappèrent cependant pas à la polémique sur " l’antiquité de l’Homme ", thème récurrent au XIXe siècle et qui malgré la naissance des sciences préhistoriques et la reconnaissance en 1860 de l’homme quaternaire, restera encore longtemps vivace.

 

Contrairement à la plupart des archéologues du siècle dernier, Simon Sirodot (né en 1825 à Longeau, Haute-Marne), ne fait pas partie de ceux que V. Audren de Kerdrel qualifiait d’ "hommes de riches loisirs ", gens lettrés et aisés, n’exerçant pas leur profession et pour qui l’archéologie constituait un agréable passe-temps. Simon Sirodot, d’abord professeur de lycée, occupa par la suite la chaire de Zoologie et de Botanique de la faculté des Sciences de Rennes de 1860 à 1878, puis la chaire de Zoologie jusqu’à sa retraite en 1894. Son ouvrage sur les algues Batrachospermes publié en 1884 fit référence. Il occupa également de 1869 à 1894 la fonction de Doyen de la faculté des Sciences.

La fouille du site du Mont-Dol

Par sa formation, Simon Sirodot devait très certainement être au fait des découvertes et des débats liés à la Préhistoire naissante et, en particulier, des travaux sur la faune quaternaire. Sa curiosité dut donc être éveillée lorsqu’il apprit en 1872, par son préparateur J. Gallée, que depuis quelques années, des ossements étaient découverts dans une tranchée de carrière au Mont-Dol. Le Mont-Dol est un ancien ilôt granitique de la baie du Mont-Saint-Michel, qui suite à des variations du niveau de la mer, est actuellement isolé dans les marais. Son sommet culmine à 65 mètres au-dessus du niveau actuel de la mer. Simon Sirodot fouilla au Mont-Dol du 12 juin au 30 septembre 1872 et dans le courant de l’année suivante. La fouille se traduisit par un décapage intensif et le creusement de quatre excavations profondes. Ceci devait lui permettre d’établir des profils stratigraphiques. Il s’agit ici d’une attitude exceptionnelle pour l’époque, où l’on se contentait généralement de récolter les plus beaux objets sans tenir compte du contexte dans lequel ils se trouvaient. L’autre innovation notable fut de lever les plans, coupes et profils au niveau et à la chaîne, ce qui nous donne des documents d’une grande précision.

Outre des données stratigraphiques, les fouilles lui fournirent une quantité impressionnante d’ossements et de nombreux silex taillés, qu’il rattacha sans erreur au " type du Moustier (1) ". Il put déterminer les ossements grâce aux collections conservées au Musée de Rennes et reconnut qu’ils appartenaient à " l’époque du mammouth ".

 

Bibliographie :
 
  • Jean-Laurent Monnier et al. : Baie du Mont-Saint-Michel et marais de Dol, Centre archéologique d’Alet, 1995, 3-26.
  • Simon Sirodot : Conférence faite le 17 mai 1873 à la Société d’émulation des Côtes-du-Nord sur les fouilles exécutées au Mont-Dol (Ille-et-Vilaine) en 1872, éditeur Francisque Guyon, 49 p.
  • L’abbé Hamard : Le gisement préhistorique du Mont-Dol (Ille-et-Vilaine) et les conséquences de cette découverte au point de vue de l’ancienneté de l’Homme et de l’Histoire, éditeur Plihon, 1877, 270 p.
  • L’abbé Hamard : Etudes critiques d’archéologie préhistorique à propos du gisement du Mont-Dol (Ille-et-Vilaine), éditeur Haton, 1880, 270 p.

 







" Les Mammouths du Mont-Dol ", d’après les fouilles de Simon Sirodot et de l’abbé Hamard, est une œuvre réalisée par Mathurin Méheut pour l’Institut de géologie de Rennes entre 1942 et1946.

Source : SEPNB, " Penn ar Bed ", N° 133, fasc. 2, vol. 20, éd. 1989.

 



L
a polémique

1872 est également l’année où le site préhistorique du Bois-du-Rocher (Côtes-d’Armor) est présenté par E. Fornier et V. Micault lors du Congrès scientifique de France qui se tint à Saint-Brieuc, communication particulièrement remarquée où l’on y trouve mention des travaux réalisés au Mont-Dol. Par la suite, E. Fornier et V. Micault, tous deux magistrats, invitèrent Simon Sirodot à présenter devant la Société d’émulation des Côtes-du-Nord une conférence sur le site du Mont-Dol. Celle ci eut lieu le 17 mai 1873 et sa publication déclencha une vive polémique sur " l’antiquité de l’Homme " en Bretagne. L’abbé P. Hamard se distingua par la parution de deux pamphlets en 1877 et 1880, visant la chronologie établie au Mont-Dol.







U
n précurseur de l’archéologie moderne

Simon Sirodot ne pratiqua pas d’autres fouilles en Bretagne. A sa mort en 1903, ses collections furent léguées à la galerie de Paléontologie du Muséum d’histoire naturelle et à la faculté des Sciences de Rennes. Même si les travaux désordonnés qui suivirent ceux de Simon Sirodot au Mont-Dol achevèrent de détruire ce qui restait du site, c’est grâce à ces collections et aux comptes-rendus minutieux de Simon Sirodot que l’étude du site a pu être reprise en 1995. Par sa grande rigueur et ses nombreuses innovations, Simon Sirodot apparaît comme un des précurseurs de la recherche archéologique moderne.

Nathalie Molines

 

 

 

 

 

 

 

 


Notes :

 (1) Le Moustérien est un faciès culturel du Paléolithique moyen.

 


Contact :

Nathalie Molines
tél. 02.99.28.61.09
fax 02 99 28 69 34
UMR 6566 CNRS
Laboratoire d’Anthropologie
Université de Rennes 1.