Fête du Spore !

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Fête du Spore !

 

Fête du spore !

 

Édito

Un petit roi méconnu…

 

 

Fin juillet, girolles, cèpes et autres armillaires ont pointé leurs chapeaux élégants dans nos sous-bois. Microscopiques ou énormes, délicieux ou toxiques, ternes ou colorés…, les champignons offrent une palette de formes, d’arômes et de couleurs incroyables. Mais qui sont-ils, d’où viennent-ils, comment vivent-ils, comment les reconnaître ? Et quel est leur rôle dans la nature ? Avec ce numéro de Découvrir, devenez mycologue.

 

 

 

Dossier : Inclassables champignons

Mi-animaux, mi-végétaux, les champignons sont de drôles de créatures…

 

Les champignons constituent un règne étrange. Ils sont en effet proches des plantes, puisqu’ils ont le même genre de cellules qu’elles (cellules comportant une paroi qu’on ne retrouve pas dans les cellules animales), mais ils se rapprochent également de… l’animal ! En effet, ils n’ont pas de chlorophylle, ce pigment vert caractéristique des végétaux, qui leur permet de réaliser la photosynthèse*. Les champignons se nourrissent directement de matière organique animale ou végétale ; les parois de leurs cellules contiennent de la chitine, une substance qui constitue les ongles, les poils, les sabots ou les cornes… des animaux.

Les scientifiques les ont pourtant classés parmi les “thallophytes” , comme les lichens, les algues et les bactéries. C’est-à-dire : les plantes dépourvues de tiges, racines et feuilles. Drôle d’idée, quand on sait que la partie souterraine des champignons, peut atteindre des centaines voire des milliers de mètres  (voir ci contre) ! On les classe également, en botanique, parmi les “cryptogames” (noces cachées, en grec), c’est-à-dire : les végétaux ne disposant pas d’organes reproducteurs visibles, comme les mousses, les lichens ou les fougères.

Les champignons eux-mêmes, sont incroyablement diversifiés. Levures et moisissures sont des champignons aux mêmes titres que les cèpes ou les girolles !

 

À savoir 

Un étonnant mariage

La plupart des champignons ont besoin, pour vivre, de se “marier” avec les racines d’un arbre. Une chimie étonnante et mystérieuse.

 

Ce que nous appelons : cèpe, chanterelle ou amanite, n’est en fait que le fruit (appelé “carpophore*”) d’un organisme essentiellement souterrain. En effet, lorsque l’on soulève la mousse ou le lit des feuilles, on remarque d’interminables filaments blancs qui s’étendent parfois sur des distances incroyables de plusieurs centaines de mètres ! C’est le mycélium.

Mais, d’où vient-il ? Au départ, il y a une spore. Une petite “graine”, de quelques microns* seulement, tombée d’un carpophore, et qui va se développer jusqu’à ce qu’elle rencontre la racine d’un arbre, autour de laquelle elle va s’enrouler. Pourquoi ? Parce que le champignon a besoin pour vivre de se nourrir des sucres que l’arbre produit en abondance. En retour (c’est ce que l’on appelle une symbiose : deux êtres vivants qui s’associent pour s’apporter mutuellement des éléments vitaux), le mycélium augmente la capacité de l’arbre à puiser les éléments minéraux nécessaires à sa vie, et produit un “médicament” (un antibiotique), qui va tuer les bactéries et parasites qui voudraient attaquer la racine ! Certains arbres peuvent abriter jusqu’à cinquante espèces de champignons différents, qui vont chacune apporter une protection différente !

 

Pratique

Réalisez des sporées

L’un des moyens d’identification d’un champignon est de récolter une sporée, autrement dit, de récupérer ses spores. Pour ce faire, prenez une feuille de papier blanc percée d’un trou de la taille du pied du champignon. Enfilez-y ce dernier, que vous laisserez pendre dans un récipient contenant un peu d’eau. Recouvrez le chapeau d’un verre ou d’un bol, afin de maintenir l’humidité. Au bout de quelques heures, vous obtiendrez un dépôt coloré sur le papier. Laissez le sécher quelques minutes et observez le à la loupe.  Vous verrez alors une fine poussière, constituée de petits grains de quelques microns. Ceux-là peuvent avoir des couleurs très variées : blancs, jaunes, ocres, lilas, verts, bruns, rouilles, tabac… Vous pourrez les conserver et les classer, en vaporisant dessus une fine couche de vernis transparent.

 

 

Champignons poisons

 

On estime que chaque année, plus de 5 000 Français sont victimes d’une intoxication due à l’ingestion de champignons. Et pour cause : 10 % des espèces présentes dans l’hexagone sont poisons. Heureusement, dans 90% des cas, les conséquences ne sont pas très graves : vomissements, douleurs, diarrhées, hallucinations, sueurs, troubles cardiaques… sont les symptômes les plus courants. Mais, certains champignons peuvent provoquer la mort : l’amanite phalloïde, l’amanite printanière, l’amanite vireuse, la lépiote brunâtre, le cortinaire des montagnes et le gyromitre sont les plus dangereux. Il dispensent en effet des substances toxiques, comme l’amatinine (de l’amanite phalloïde), qui attaquent le foie et les reins. L’apparition des symptômes n’est pas immédiate, de huit heures à deux semaines parfois ! C’est pourquoi, on ne le répètera jamais assez, ne consommez que des champignons dont vous avez parfaitement identifié l’espèce !

 

Le mystère des ronds de sorcières

 

Il n’est pas rare de voir dans les prés ces étranges formations de champignons blancs, disposés en cercle appelés “ronds de sorcière”. Longtemps considérés comme une manifestation maléfique, ces ronds sont en fait parfaitement naturels. L’explication se trouve sous le sol, au niveau du mycélium d’un champignon comme le rosé, le mousseron ou l’agaric. Partant du centre du cercle, le mycélium étend ses ramifications complexes à partir du spore originel. Progressivement, il meurt dans la zone centrale, seules ses extrémités restent vivantes. Et c’est au bout de ces ramifications qu’apparaissent les fruits ! Chaque année, le “rond” s’élargit de 20 à 40 cm, et peut finalement atteindre une trentaine de mètres de diamètre.

La plupart des champignons formant de tels ronds, sont dits “saprophytes”. Ils ont en effet la particularité de se nourrir des végétaux et animaux morts, ainsi que des excréments d’animaux. Grâce à leur action, ces débris se transforment en humus qui enrichissent la terre. Les champignons ont un rôle très utile dans la nature.

 

Petits conseils pratiques

 

Voici quelques conseils qu’il est judicieux de suivre pour devenir un bon mycologue…

• Ne cueillez jamais de champignons, sans vous être assuré au préalable que vous avez le droit de le faire ! En effet, les champignons appartiennent au propriétaire du terrain. Les prendre sans son accord est considéré par la loi comme un “pillage de récoltes” et vous risquez une forte amande !

• Ne cueillez que les champignons que vous connaissez. Si vous avez le moindre doute, portez votre cueillette à un pharmacien, qui vous aidera à les identifier parfaitement.

• Ne cueillez que ce que vous aller manger. Et surtout, ne détruisez pas les champignons non comestibles ! Ils ont un rôle dans la nature, en nourrissant de nombreux animaux par exemple.

 

En clair :

 

Carpophore : formation massive et aérienne des champignons. Il est généralement constitué d’un pied et d’un chapeau. C’est la partie consommable des champignons.

Micron : unité de mesure de longueur. Un micron (symbole : µ) est égal à un millième de milimètre.

Photosynthèse : processus par lequel les plantes (et les algues), captent la lumière du soleil, pour transformer des éléments minéraux puisés dans le sol, en éléments organiques nécessaires à leur vie.

Spore : graine du champignon, de très petite taille (quelques microns*) de couleur et de forme caractéristique pour chaque espèce. 

 

 

Vrai ou faux ?

 

Méfiez vous des affirmations péremptoires et définitives sur les champignons. Et rappelez vous que le seul moyen de ne jamais risquer un empoisonnement, c’est de bien identifier les espèces, et d’ignorer celles pour lesquelles vous avez le moindre doute.

• Les champignons mangés par les limaces sont tous comestibles ?

FAUX : Les limaces peuvent manger la terrible amanite phalloïde, alors qu’elles ne mangent jamais la délicieuse girolle !

 

• La vesse de loup n’est pas comestible ?

VRAI et FAUX : les différentes espèces de vesses sont comestibles lorsqu’elle sont jeunes, et que la chair est bien blanche au cœur. Plus mature, la vesse s’emplit de spores qui se dispersent au moindre choc en un petit nuage brun-jaune. Elles sont alors non comestibles. La vesse de loup géante ou “tête de mort” (langermannia gigantea) que l’on rencontre quelque fois dans les endroits herbeux est un excellent comestible qui peut peser jusqu’à… 25 kg ! Mais, comme pour tous les champignons, on préfèrera la manger jeune.

 

• Les champignons qui bleuissent à la cassure sont mauvais ?

FAUX : Le bolet à pied rouge, qui est un délicieux champignon bleuit au moindre contact avec le doigt !

 

• La trompette de la mort est un excellent champignon ?

VRAI : De son vrai nom Craterellus cornucopioides, est un champignon délicieux et très parfumé. On peut le confondre avec plusieurs autres espèces comme la chanterelle cendrée, la craterelle à chapeau sinueux ou la craterelle crispée. Mais, aucun danger, aucune de ces espèces n’est toxique.

 

• Pour savoir si un champignon est bon, il faut mettre une pièce d’argent dans l’eau de cuisson. Si elle noircit, le champignon est mauvais.

FAUX : en fait, cette expérience ne permet que de détecter si un champignon est frais ou anciennement cueilli. En effet, après quelques temps, les champignons, qu’ils soient comestibles ou non, libèrent du soufre. C’est celui-ci qui attaque l’argent en formant un sel, le sulfure d’argent qui est noir. Une amanite phalloïde fraîchement cueillie n’attaquera pas la pièce alors qu’un cèpe vieux de trois ou quatre jours le fera !

 

À lire à voire à faire…

 

• “Des champignons toute l’année” Très beau CD Rom d’identification des champignons (1000 espèces répertoriées), des recettes de cuisine, des jeux tests, de nombreuses explications très claires sur leur biologie, leur écologie… Sur Mac et PC, 170 F.

• Nouvelle Flore des champignons, de J. Constantin et L. Dufour, Librairie générale de l’Enseignement, 110F. Les 5000 espèces connues en France, pour une identification sûre et rapide.

• Les champignons de France, sous la direction d’Hervé Chaumeton, Ed. Solar, 156 F. Un guide très pratique, avec des photos très représentatives des espèces. Il faut cependant bien lire les descriptions pour s’assurer de ne pas confondre des espèces voisines. Toutes les sporées sont décrites.

• Les champignons de Geoffroy Kibby, aux Editions Fontaine, 99F. Plus succinct, ce livre est un petit guide bien pratique pour faire une première identification.

 

 

Prochain dossier : L’électronique.

 

Erratum

Pour une raison indépendante de notre volonté, le dossier initialement prévu sur les minéraux de Bretagne, a dû être différé à un prochain numéro. Nous prions nos lecteurs de bien vouloir nous excuser pour ce retard.