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Proliférations estivales d'algues
l'Inserm enfin à Brest !
Tout est bon dans le poisson !

 

Proliférations estivales d’algues
Vert de plage

NLa baie de Douarnenez a été un des premiers sites à connaître le phénomène des “ marées vertes ” en Bretagne. Crédits : Photographie du SHOM, J. Le Vaillant. Autorisation de reproduction n°556/2001on bien sûr, la baignade n’est pas interdite… Mais comment s’étonner de ne voir ni serviettes, ni parasols ? Chaque année, pour une cinquantaine de plages bretonnes, le retour des hirondelles annonce la venue imminente d’un envahisseur qui donne au sable la couleur des prés : les Ulves. Loin de toute rigueur scientifique, des rumeurs courent sur la véritable origine de ces “ marées vertes ”. Un bilan objectif de la situation et un point sur les connaissances ne sont donc probablement pas inutiles… 

L’été en Bretagne, le tourisme se passe à plus de 80% sur la bande côtière. Baignades, sports nautiques, randonnées pédestres, camping…, autant d’activités qui se retrouvent reléguées au rang de phantasmes pour bien des estivants, impuissants et dépités devant ce désert vert à l’odeur fétide. Les “ marées vertes ”, on l’aura compris, sont un enjeu économique important. C’est sans aucun doute pour cette raison que les recherches menées sur les proliférations estivales d’algues sur le littoral mobilisent de nombreux scientifiques.

La “ salade de mer ”

Si les ulves choisissent la Bretagne pour passer leurs vacances, ça n’est évidemment pas un hasard ! Les eaux côtières enrichies en nutriments représentent un véritable garde-manger pour les végétaux. Avec le printemps, arrivent les conditions optimales pour le développement végétal : ensoleillement accru, augmentation de la température, stagnation des eaux… Un vrai paradis pour celle que l’on a sympathiquement nommée la “ salade de mer ” !

Michel MERCERON est chercheur à l’Ifremer1. Quand on l’entend parler, on s'aperçoit que les “ marées vertes ” sont pour lui un peu plus qu’un simple sujet de recherche. “ La situation évolue chaque année… mais pas forcément dans le sens d’une diminution du phénomène. Le nombre de sites touchés continue d’augmenter et la durée de présence des algues ne cesse de croître. ” Pour lui, comme pour tous les scientifiques, les nitrates font partie du banc des accusés.

Vous reprendrez bien un peu de nitrates ?

Dès lors, on voit tout de suite se profiler le suspect principal : l’agriculture intensive. En effet, l’épandage de substances riches en nitrates augmente le rendement des cultures. Mais en “ chargeant ” les champs, le risque est de dépasser la dose maximale utilisable par les plantes cultivées. L’excès de nitrates est alors “ lessivé ” à la première pluie, arrive dans les cours d’eau et termine dans les eaux côToutes les plages ne sont pas égales devant le phénomène. Une faible pente sableuse, peu de courant, peu de matières en suspension et une eau riche en sels nutritifs font d’un site une cible privilégiée. ©MICHEL MERCERONtières. Michel MERCERON a observé un phénomène nouveau qui risque de devenir courant : “ La quantité de nitrates qui parvient à la mer est telle, que par endroits, même les ulves n’arrivent pas à tout utiliser. Des “ champs ” d’algues se développent alors un peu plus loin du rivage. Le facteur limitant la croissance n’est plus un facteur nutritif. ”

Une histoire de flux

Il y a peu de temps, la presse faisait état d’une baisse de la concentration en nitrates dans les cours d’eau bretons, laissant croire que la situation s’améliorait. “ Faux ! répond Paul TRÉGUER, directeur de l’IUEM2. Une concentration ne veut pas dire grand chose si on ne connaît pas le débit de la rivière. Il faut raisonner en terme de flux de nitrates (Flux = Concentration X Débit). Un cours d’eau très riche en Nitrates, s’il a un petit débit, nous inquiétera moins qu’un autre qui présente une plus faible concentration mais qui a un débit élevé. Les importantes précipitations de cet hiver ont fait chuter les concentrations. Mais quand il pleut, les cours d’eau “ gonflent ” et leur débit augmente. Au final, il y a plus de nitrates qui arrivent à la mer. Il faut toujours relativiser les données de concentrations. ” Ce n’est donc pas encore cette année que les Ulves boycotteront les côtes bretonnes, au grand dam de nombreux vacanciers…

V.D.

Contact :
Michel MERCERON
IFREMER Centre de Brest
B.P.70  29280 PLOUZANE
 Tel. : 02 98 22 43 47
 Fax : 02 98 22 45 48
Portrait-robot de l’envahisseur
Nom commun : Ulve ou “ Salade de mer ”
Famille : Chlorophycées
Espèces concernées en Bretagne :
-Ulva rotundata
-Ulva armoricana
Signes particuliers :
-Fonctionne comme une vraie “ pompe à Azote ” (notamment sou©IFREMERs forme nitrates) et l’utilise pour sa croissance. 
-Stocke efficacement les sels nutritifs pour les réutiliser au moment opportun pour sa croissance (météo favorable)
-Ne connaît pas la photoinhibition caractéristique de la plupart des végétaux (supporte les éclairement extrêmes) et s’adapte à tout type d’éclairement (faible ou fort).
-Supporte les basses températures.
Faits reprochés : Prolifération estivale excessive sur certains sites, laissant à marée basse une couche nauséabonde pouvant atteindre plusieurs décimètres d’épaisseur et nuisant aux activités sportives et touristiques. D’où le nom donné à ce phénomène : “ marée verte ” 

Quelques chiffres :
-20%, c’est la croissance journalière d’une “ marée verte ”. Si les conditions sont favorables, une semaine suffit à l’envahissement d’un site.
-50 000 tonnes, c’est l’estimation du poids d’ulves proliférant chaque année sur le littoral breton.
-2,5 millions de Francs, c’est en moyenne ce que coûte le ramassage des algues chaque année.
-5 ans, c’est la durée du nouveau programme régional “ Prolittoral ” de lutte contre les algues vertes.
[Photo ulvsurface : Crédits : Ifremer]