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Une formidable diversité
Les zones humides de fond de vallée et la qualité de l'eau
Des archives naturelles dans le sol des tourbières
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Les zones humides de Bretagne

une formidable diversité

 

© Christelle Jourdren

 

 

 

La faune et la flore des abers sont adaptées à l’eau de mer, algues et plantes halophiles (qui aiment le sel) partagent le même espace.

 

  

 

 

 

 

Péninsule avancée dans l’océan Atlantique, à la limite entre province lusitanienne[1] au Sud et province boréale au Nord, la Bretagne est composée d’une multitude de paysages d’une très grande diversité. Quel que soit l’endroit où l’on se trouve, l’eau n’est jamais bien loin. Avec ses 15 000 km de cours d’eau et ses 2 750 km de traits de côte, le territoire breton est constellé de zones humides plus ou moins étendues, depuis le littoral jusqu’aux plus hauts reliefs des Monts d’Arrée.

A la limite entre la terre et l’eau, une zone humide se caractérise avant tout par la présence récurrente ou permanente de l’eau. C’est le seul caractère général qui soit commun à toutes les zones humides. Pour le reste, la qualité de leur eau, leur surface, de quelques mètres carrés à plusieurs dizaines d’hectares, la profondeur de l’eau, de quelques centimètres à plusieurs mètres,  et leur formes,  sont très hétérogènes. Aperçu en images.

 

Le long du littoral : abers, baies, lagunes, marais et étangs saumâtres ou salés

© Christelle Jourdren

 

L’aber Wrac’h, bras de mer remontant loin dans les terres. C’est le reste d’un sillon creusé par un ancien glacier qui recouvrait la région il y a plusieurs milliers d’années. Ces zones sont souvent vaseuses, parfois sableuses, et le cours d’eau maintient un chenal rempli d’eau à marée basse. Les abers sont caractéristiques du Finistère.

 

 

 

La lagune protégée par le  cordon de galets du sillon de Talbert dans les Côtes© Christelle Jourdren d’Armor. Un liseré vert clair d’Ulves borde la frange de mer. De nombreux espaces sableux et vaseux des Côtes d’Armor, sont envahis à la saison chaude par ces algues vertes,  dopées par les nitrates et les phosphates  déversés dans la mer via les cours d’eau. Des campagnes de ramassage mécanique  sont entreprises  avant le démarrage de la saison touristique sur les grandes plages.

 

 

 

Dans les plaines intérieures : étangs, marais et prairies humides de bord de cours d’eau

 

© Christelle Jourdren

 

 

Les marais de Redon sont les plus vastes des marais d’eau douce de Bretagne. Ils s’étendent dans le Sud Est de la vallée de la Vilaine, le long de la rivière et de ses affluents, occupant parfois d’anciens bras de la Vilaine.

 

 

 

 

 

© Gilles Pinay. Univ. Rennes I

 

 

 

Prairie humide de bord de cours d’eau  dans la région de Fougères, au cœur du grand bassin de la Vilaine. Les touffes de joncs caractéristiques des sols gorgés d’eau parsèment la prairie qui, en hiver, est recouverte d’eau.

 

 

 

 

Dans les reliefs de l’ouest : tourbières, landes tourbeuses

© R.P. Bolan. SEPNB-Bretagne vivante

 

 

 

La lande tourbeuse et les tourbières du Yeun Elez (29) représentent une vaste étendue de plus de 1750 ha, dans le centre Bretagne. Les tourbières abritent des espèces végétales relictes [2] de l’ère glacière et des mammifères protégés comme la loutre et le castor. 


 

 


[1] Lusitanienne : du nom de l’ancienne province romaine, la Lusitanie, qui couvrait la moitié Ouest de la péninsule ibérique (Espagne et Portugal).

[2] Espèces relictes de l'ère glaciaire : espèces des climats glaciaires qui, malgré l'adoucissement du climat breton, se sont maintenues dans les tourbières dans lesquelles la température au sol sur l'ensemble de l'année, est comparable à la température des régions nordiques. Ces espèces témoignent de l'existence d'un climat glaciaire en Bretagne il a y plusieurs milliers d'années.

 


Des refuges précieux pour des animaux menacés

la loutre d'Europe © Frédéric Beudot.Nombre de zones humides, considérées comme ayant un intérêt patrimonial régional ou national, ont été protégées par des classements depuis les vingt dernières années. Différentes structures telles que, la Diren, le Conservatoire du littoral, l’association de protection, ont pu ainsi préserver quelques milieux dans des réserves, grâce à des arrêtés de biotopes, des Znieff (1)… Ces milieux protégés sont les derniers refuges d’espèces animales qui sans l’existence de ces territoires auraient disparu de notre région. Des populations de loutres (menacées de disparition) et de castors (espèce rare réintroduite en Bretagne) se maintiennent notamment dans le centre des Monts d’Arrée. La Tourbière de Parigné abrite la très rare rainette verte arboricole et la magnifique argiope fasciée, très belle et rarissime araignée jaune et noire. Les amphibiens particulièrement inféodés aux milieux humides figurent sur la liste des espèces protégées. Tous, à l’exception du triton palmé, sont en diminution. L’azuré des mouillères, papillon bleu des landes humides, est menacé de disparition. Enfin sept espèces de libellules ont disparu de la région. La diminution des espèces animales liées aux zones humides est autant le fait de la diminution de leur territoire que de l’évolution des pratiques culturales.

 

[1] Znieff : zone naturelle d’intérêt écologique faunistique ou floristique. Les Znieff sont regroupées dans une base de données nationale qui recense, de la façon la plus exhaustive possible, les espaces naturels qui abritent des espèces rares ou menacées ou qui représentent des écosystèmes riches et peu modifiés par l’homme. Cette base est réactualisée périodiquement. Elle est consultable par tous les décideurs et aménageurs. Les espaces peuvent être inscrits comme Znieff de niveau 1 (il y 612 Znieff 1 en Bretagne), ils sont alors bien délimités et souvent sensibles à tout aménagement, ou comme Znieff de niveau 2 et il s’agit alors d’un ensemble naturel riche ayant des fonctions biologiques qui doivent être préservées (97 sites bretons sont classés en Znieff 2).


 


Des sanctuaires botaniques
Agréé depuis 1990 par le Ministère de l’environnement, notamment pour la conservation et la protection des espèces du Massif Armoricain, le Conservatoire botanique de Brest a réalisé en 1998 un bilan régional de la flore. Sur 486 espèces recensées dans le livre rouge des végétaux menacés de disparition en France, 56 sont présentes en Bretagne. Par ailleurs le Massif Armoricain a également son livre rouge des espèces menacées. Il compte 502 plantes dont 364 sont présentes en Bretagne. Parmi ces espèces, 37 sont dites de forte valeur patrimoniale, c’est à dire qu’elles sont très rares partout ailleurs dans le monde voire limitées à quelques lieux du Massif Armoricain, et que la Bretagne est responsable de leur survie vis-à-vis de la communauté internationale.
Pour assurer la protection des espèces, le Code rural prévoit trois statuts : la protection intégrale (décidée par l’État, interdiction de destruction, coupe, mutilation, arrachage, enlèvement, colportage, commerce de l’espèce), la protection partielle (arrêté préfectoral donnant l’autorisation pour la production et le commerce) et l’arrêté de biotope. Contrairement aux deux premières mesures qui ne protègent que les espèces, l’arrêté de biotope protège une espèce in situ, c’est à dire en tenant compte de la zone géographique. Sur les 18 arrêtés de biotopes en Bretagne, cinq concernent des milieux humides où poussent les plantes carnivores Rossolis. Enfin, la protection des espèces s’exerce aussi dans les réserves, les sites classés et le Parc naturel régional d’Armorique. Les zones humides littorales et intérieures, qui sont les plus riches en espèces, abritent la moitié des plantes menacées figurant sur la liste nationale. Globalement, 20% de la flore bretonne est jugée menacée (une plante sur cinq) et une plante menacée sur trois ne bénéficie d’aucune protection.

 



Définitions

Une définition scientifique des zones humides a été donnée par  un groupe d’experts consulté par le Ministère de l’environnement en 1990. « Les zones humides se caractérisent par la présence, permanente ou temporaire en surface ou à faible profondeur dans le sol, d’eau disponible douce, saumâtre ou salée. Souvent en position d’interface, de transition entre milieux terrestres et milieux aquatiques proprement dits, elles se distinguent par une faible profondeur d’eau, des sols hydromorphes* ou non évolués et/ou une végétation dominante composée de plantes hydrophiles au moins pendant une partie de l’année. Enfin elles nourrissent et/ou abritent de façon continue ou momentanée des espèces animales inféodées à ces espaces ».

La loi sur l’eau de 1992 en donne une définition juridique : les zones humides sont « les terrains exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d’eau douce, saumâtre ou salée, de façon permanente ou temporaire ; la végétation quand elle existe, y est dominée par des plantes hydrophiles pendant au moins une partie de l’année ».

* Hydromorphe : peu aéré, peu perméable et souvent gorgé d’eau


 

Quelques chiffres comparatifs : 

 

 

Surface (terrestre)
en hectares

Surface relative
en % du territoire

Surface du territoire breton

2 718 400

100%

Surface agricole utile

1 832 870

67%

Prairies humides de fond de vallée

450 à 600.000

16,55% à 22,07%

Prairies permanentes incluses dans la surface agricole utile

279.000

10,26%

Forêts

272.000

10%

Znieff zone humide de type 1

dont 5600 étangs

26.000

0,96%

Znieff type 2 (97 sites)

441.000

16,22%

Baie du Mont Saint-Michel classée Ramsar (la plus grande Znieff 2 de Bretagne)

1/3 (partie bretonne de la baie)
de 75.000 (baie en entier)

0,92%

Golfe du Morbihan classé Ramsar (la 2e plus grande Znieff 2 de Bretagne)

23.000

0,85%

Propriétés du conservatoire du littoral (362 sites)

5810

 

Réserves naturelles (6 sites)

dont Séné (Morbihan)

582 (Séné 410)

---

Arrêtés de biotope

321

---

Parc naturel d’Armorique

113.000

 

Sites classés dont celui des Monts d’Arrée

100.000
(Monts d’Arrée 60.000)

3.68% (2.20%)