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Eaux souterraines de Bretagne : Des réserves sous-exploitées dans le sous-sol
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| La circulation des eaux souterraies dans le socle armoricain granitique. (illustration : William Augel) |
En Bretagne, la majorité de leau potable est encore pompée dans les rivières car le sous-sol du Massif armoricain demeure considéré comme imperméable. Pourtant, les études menées par les géologues de lUniversité Rennes I montrent quen profondeur, les fractures du granit et du gneiss recèlent de leau en grande quantité et surtout exempte de pollution.
À peine un mois après les inondations qui ont frappé la ville de Redon en décembre et janvier derniers, la Vilaine a repris son cours normal. Sil est difficile dimaginer la puissance des flots devant cette rivière tranquille, il est encore plus inconcevable de se représenter un sous-sol dont les vides sont remplis deau comme une éponge trempée. Et pourtant ! Dès quil pleut, une partie de leau ruisselle sur le sol tandis que lautre sy infiltre. Dans les premiers mètres du sol, leau et lair se partagent les vides qui existent entre les « grains » du sol. Cest ce que les hydrogéologues appellent la « zone insaturée » du sol. Puis, un peu plus bas, leau remplit tous les pores disponibles et constitue alors une nappe deau souterraine. Si les précipitations sont trop abondantes, la zone insaturée disparaît car la nappe remonte. Et en surface, toute leau ruisselle. Mais que se passe-t-il sous la nappe ?
Toujours plus bas, si la texture du sous-sol nest plus poreuse, la zone est, en théorie, imperméable. Cest la limite inférieure de la nappe : les mineurs parlent du « mur » de la nappe. « En Bretagne, on pensait que le cycle de leau se faisait principalement dans la partie superficielle du sol », explique Philippe Davy, géologue et directeur du Centre armoricain de recherches en environnement (cf. les sigles du mois page 18). « La majorité des pompages se font en surface dans les rivières ou dans les aquifères superficiels contenus dans les altérites issues de la dégradation naturelle de la roche-mère en gneiss ou granit. Il ny a pas de réelle volonté dexploiter leau profonde ». En effet, le socle, quil soit granitique ou gneissique, a une capacité de stockage 1000 fois plus faible que les altérites qui le surplombent si lon ne considère que sa porosité.
D e leau dans les fractures
Cependant, ce socle armoricain est un milieu hétérogène très fracturé. « Or il existe de leau dans les fractures ! », sexclame Philippe Davy. « Si on fore à une profondeur suffisante dans un milieu très fracturé, le forage peut traverser une faille qui donnera de leau ». À Plmeur, une étude a démontré quon trouve, à 100 mètres de profondeur, de quoi alimenter 20.000 habitants par an soit un débit dun million de mètres cubes par an avec une concentration en nitrates quasi nulle (3 à 7 milligrammes par litre pour une concentration maximale autorisée dans leau potable fixée à 50 mg/l).
Le sous-sol breton nest donc pas imperméable. « La zone dalimentation des fissures est diffuse car les fractures se recoupent et constituent une sorte de réseau dans lequel leau circule ; elle peut être très étendue et même plus grande que le bassin versant topographique. Cependant, ce réseau ne collecte pas les pollution diffuse dorigine agricole car chaque faille nest alimentée que par une petite surface de ruissellement. En revanche, il est sensible aux pollutions accidentelles ponctuelles ».
P as de nitrates en profondeur
Outre lorigine de leau collectée par les fractures du socle, un autre phénomène explique la faible quantité de nitrates de ces eaux : la dénitrification. En profondeur, le milieu est « anoxique » car il manque doxygène. Les bactéries présentes dans le sol dégradent alors les molécules de nitrates NO3- en diazote N2 pour prendre loxygène dont elles ont besoin. Doù une diminution considérable de la concentration en nitrates dans le socle alors que dans les parties superficielles du sol et les altérites, cette concentration peut atteindre 120 mg/l.
Pour mieux comprendre ces mécanismes, et plus généralement, linfluence des pratiques agricoles sur lenvironnement, le Centre armoricain de recherches en environnement a choisi dobserver quatre sites témoins en Bretagne : Yar près de Lannion, Naizin situé à quelques kilomètres de Pontivy, Pleine-Fougères en Ille-et-Vilaine, et La Roche Le Moulinet en face du Mont Saint-Michel. Associés à des partenaires comme le Centre national du machinisme agricole et du génie rural des eaux et forêts (CEMAGREF), le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) ou des bureaux détudes (Géoarmor), les biologistes, géologues et agronomes du Caren vont se pencher sur le devenir des pollutions diffuses dans le sol et leau dans lespoir de comprendre ce système hydrogéologique si complexe afin de remédier à la situation catastrophique de leau potable en Bretagne.
Marc-Antoine MARTIN
Contact : Philippe Davy
Philippe.Davy@univ-rennes1.fr
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