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Légionellose à Rennes : Les autorités face à l'épidémie
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| Bactéries Legionella reconnaissables à leur aspect de « verre fritté » (vue en loupe binoculaire). | Au moins 24 cas de légionellose dont 5 mortels en cinq mois à Rennes. Et une même source de contamination dans la majorité des infections : la souche LP1 de la bactérie Légionella pneumophila détectée dans trois tours aéroréfrigérantes du centre-ville. Les autorités sanitaires ont choisi de communiquer. Retour sur un épisode qui illustre l’organisation de la veille sanitaire en France, mais aussi la médiatisation des questions de santé publique.
Depuis1987, la légionellose est une maladie à déclaration obligatoire. Cependant, le nombre de cas est resté très faible jusqu’en 1997, date à partir de laquelle la surveillance épidémiologique a été renforcée. Le nombre de déclarations en France est ainsi passé de 80 en 1996 à 381 en 1998. Dans leur jargon, les épidémiologistes parlent d’un « effet réverbère » : dans la nuit, on peut mettre la main sur les clés perdues à terre sous un lampadaire tandis que tous les trousseaux tombés hors du halo lumineux restent introuvables. Autrement dit, on ne trouve que ce que l’on cherche. Mais, à Rennes, aucun réverbère n’éclaire l’épidémie de légionellose qui a sévit du 1er juillet au 23 novembre 2000. « Nous nous sommes rendus compte au deuxième semestre 2000 que le nombre de déclarations devenait supérieur à ceux des années précédentes », rapporte Jean-Michel Buisset, ingénieur en génie sanitaire responsable du service environnement de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales d’Ille-et-Vilaine (D.D.A.S.S.). « Nous avons alors mené une enquête épidémiologique suivie d’une enquête sur l’environnement ».
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| « L’homme fabrique des « usines à légionelles » dans les installations où l’eau stagne à une température de 30 à 50°C », explique Jean Lesne, professeur de microbiologie à l’École nationale de la santé publique de Rennes. (c. Marc-Antoine Martin) | E nquête sur les « usines à légionelles » L’enquête épidémiologique doit déterminer où les malades ont pu être contaminés par la bactérie Legionella. Celle-ci existe à l’état naturel dans toutes les eaux de surface mais « l’homme fabrique des « usines à légionelles » dans les installations où l’eau peut stagner à une température de 30 à 50°C en présence de matières organiques et de fer tels que les systèmes de climatisation avec brumisation ou les chauffe-eau », explique Jean Lesne, professeur de microbiologie à l’École nationale de la santé publique à Rennes. Le docteur Marie-Noëlle Chichizola, médecin inspecteur de santé publique de la D.D.A.S.S., et son service contactent alors les malades déclarés et leur entourage. Mme Jacqueline Dissais, infirmière de santé publique, rappelle que dans ces circonstances, « les victimes réalisent que d’autres personnes sont en danger et collaborent complètement avec nous. » Une conclusion s’impose : toutes les personnes infectées habitent Rennes ou ont fréquenté la ville dans les jours précédant l’apparition des symptômes ; une majorité est passée dans les secteurs de la gare et du quartier Colombier. Le service communal d’hygiène et de santé de la ville de Rennes mène alors des investigations sur les tours aéroréfrigérantes de ce quartier où deux cas ont déjà été déclarés en 1999 sur une installation de ce type. Les prélèvements montrent que trois tours sont effectivement contaminées. Les souches bactériennes prélevées dans l’environnement et sur les malades sont envoyées à Lyon au Centre national de référence des légionelles qui démontre, fin novembre, l’existence d’une souche épidémique commune chez huit malades. Les tours incriminées sont désinfectées. La dernière déclaration de légionellose date du 23 novembre. « On considère depuis que l’épidémie est finie », précise Jean-Michel Buisset. L’ingénieur en génie sanitaire ajoute cependant un commentaire sur une législation jugée insuffisante : « les événements vont peut-être amener une modification de la réglementation avec notamment la recherche systématique des légionelles ».
D es questions en suspens Début décembre, le préfet décide d’alerter les professionnels de santé et le public. En pleine crise de la vache folle, les problèmes de santé attirent les journalistes. « Les médias locaux et nationaux ont accouru et ont engendré de nombreux appels téléphoniques de gens paniqués » raconte Jean-Michel Buisset. Pour le docteur Marie-Noëlle Chichizola, « il est légitime que le public veuille s’informer sur sa santé, or ce sont bien les médias qui participent à cette information. En revanche, nous sommes soumis au strict respect du secret professionnel ; nous avons donc refusé de mettre en contact des journalistes et des patients qui nous ont fait confiance pendant l’enquête et ne désiraient pas forcément s’exprimer.» Le 4 janvier 2001, comme un point final aux questions de la presse, un communiqué accompagne la publication de l’arrêté préfectoral obligeant tous les exploitants de tours aéroréfrigérantes de Rennes et des communes limitrophes à procéder sans délai à la désinfection de leurs installations par nettoyage mécanique ou chimique ou par purge des circuits. L’épisode des « cas groupés » de légionelloses à Rennes paraît bel et bien terminé à la lecture de ce communiqué. Pourtant, entre les lignes, des questions demeurent : pourquoi l’arrêté préfectoral imposant le nettoyage des tours n’a-t-il été signé que le 4 janvier alors que les cinq décès déclarés sont survenus d’août à octobre, que l’épidémie était considérée comme terminée le 23 novembre et que les légionelles prolifèrent surtout en été ? Le principe de précaution dont se réclame cet arrêté n’aurait-il pas nécessité une désinfection préventive des tours aéroréfrigérantes du quartier du Colombier dès les premiers cas recensés sachant que, d’une part, deux cas de légionellose y ont été enregistré en 1999, et, d’autre part, qu’on a retrouvé la même souche bactérienne dans des tours différentes ? Enfin, la transmission à la D.D.A.S.S. par les exploitants eux-mêmes des résultats des analyses d’eau et des méthodes de désinfection employées sera-t-elle suffisante pour assurer un nettoyage conforme aux règles et normes en vigueur ? Sur toutes ces interrogations, le communiqué officiel reste muet. Surtout sur une question cruciale : un nettoyage de toutes les tours aéroréfrigérantes de l’agglomération rennaise effectué en plein été aurait-il permis d’éviter les cinq décès déclarés à la D.D.A.S.S. ?
Marc-Antoine Martin
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