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Organisation du système de soins : la santé publique en questions
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| Jacques Chaperon (c. M-A Martin) | Tandis que les médecins praticiens soignent des individus, des spécialistes s’intéressent à l’état de santé de l’ensemble de la population. De la faculté de médecine à l’Observatoire régional de la santé en passant par l’administration des affaires sanitaires et sociales, les professionnels de la santé publique dressent le portrait d’un secteur essentiel pour gérer le système de santé et utile pour en déceler les carences, mais pourtant négligé. Explications.
Dès le premier chapitre de son cours de santé publique, le professeur Jacques Chaperon commence par définir les termes employés : «La santé publique désigne, d’une part, ce qui concerne la santé des individus composant une population, d’autre part, ce qui concerne l’État dans le champ de la santé. » Et pour que ses étudiants en médecine de la faculté de Rennes 1 comprennent bien son propos, le médecin épidémiologiste précise : « L’Organisation mondiale de la santé (OMS) utilise ce concept pour évoquer tous les problèmes concernant la santé et les maladies d’une population, l’état sanitaire d’une communauté, la gestion ainsi que l’offre des services de santé en incluant les soins curatifs.»
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| Alain Tréhony (c. M-A Martin) | Pour Alain Tréhony, directeur de l’Observatoire régional de la santé en Bretagne (ORSB), « l’ensemble des problèmes de santé relèvent de la santé publique car ils dépendent de la politique du système de soins. » Et cette politique a besoin de connaître l’état de santé de la population. Aussi s’appuie-t-elle, entre autres, sur les données recueillies par l’ORSB dans le secteur sanitaire. « Nous nous intéressons à tous les domaines de la santé qui s’observent sur le long terme. » Or cette vision au long cours met en évidence des tendances peu médiatisées mais significatives et souvent opposées aux idées reçues. Courbes à l’appui, le professeur Chaperon étaye sa démonstration : « en France, les gens sont sous-cultivés dans le champ de la santé. Un exemple : on entend toujours parler de vies sauvées alors qu’il s’agit en réalité d’une augmentation de l’espérance de vie. Et on ne doit pas oublier que l’homme est mortel. En fait, ce sont les modes de décès qui changent au cours du temps. Une preuve ? Regardez l’évolution sur 40 ans du nombre de cancers de l’estomac chez les femmes ! » En 1950, on dénombrait 25 décès pour 100 000 femmes. En 1990, on en compte plus que 5 pour 100.000. Pour une grande part, cette diminution est le résultat de la meilleure conservation des aliments. L’exemple du tabac est encore plus criant : sur la même période 1950-1990, la mortalité due au tabagisme chez les hommes augmente de 15 à 70 décès pour 100.000 individus. « Les choses évoluent en masse », conclut Jacques Chaperon, « et on assiste à un véritable progrès grâce à une meilleure hygiène de vie, une meilleure nutrition et, par conséquent, un meilleur système immunitaire . » Résultat : 3 mois d’espérance de vie gagnés tous les ans. Alors que les indicateurs prouvent que la santé s’améliore, comment s’expliquent l’inquiétude entourant les maladies infectieuses et transmissibles comme le Sida ou le nouveau variant de Creutzfeld-Jakob ? « On constate un paradoxe dans l’esprit du public qui accepte certaines causes de décès et d’autres non », répond Alain Tréhony. « Personne ne s’offusquera d’une mort par cancer : lorsque la maladie est prise en charge médicalement, on se dit que les médecins font ce qu’il faut. En revanche, quand les scientifiques doutent, ce n’est plus normal et les gens s’inquiètent. Avec tout ce qui touche à notre environnement, les inquiétudes sont plus vives car on sort du champ de la médecine classique et surtout, on n’échappe pas à l’exposition au facteur de risque. » Finalement, ces préoccupations, comme la peur du nucléaire ou du sida, semblent cycliques et relèvent de problèmes superficiels tandis que les vrais problèmes de fond restent difficiles à traiter. « L’exemple de l’épidémie de vache folle est typique », ajoute Alain Tréhony. « Il est traité par le Ministère de l’agriculture et pas par le ministère en charge de la Santé. Le système fonctionne plus selon les peurs que selon les problèmes de fond qui demeurent encore tabous dans la politique de santé, comme les maladies du travail, les maladies mentales ou la prise en charge des malades cancéreux. »
Marc-Antoine MARTIN
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