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Eurogoos : les enjeux de l' océanographie opérationnelle

 
Eurogoos :

Les enjeux de l'océanographie opérationnelle



Dans le cadre de la semaine des sciences et industries de la mer organisée à Brest du 28 novembre au 1er décembre dernier s’est tenu le séminaire international « EUROGOOS » d’océanographie opérationnelle. Philippe Marchand, chercheur à l’Ifremer et correspondant Français d’EuroGOOS dresse le bilan des avancées techniques exposées lors de ces journées.


 
 
EuroGOOS est une association d’agences nationales européennes (3 au maximum par pays) chargée de développer le système global d’observation des océans « GOOS », abréviation de « Global ocean observing system ». Lors de son assemblée générale qui s’est tenue à Brest les 30 novembre et 1er décembre, chaque agence a exposé ses programmes de recherche. Trois programmes français ont été remarqués.

  L e yoyo des flotteurs
Le premier est le projet Coriolis, dont l’Ifremer est le principal acteur. Il s’agit de placer 3000 flotteurs, chacun couvrant une surface du globe de 3 degrés en latitude par 3 degrés en longitude. À ce jour, seul l’Ifremer, par le biais de la société filiale Martec, est capable de réaliser ce type d’appareils. « Nous avons développé, voici une dizaine d’année, les appareils Provor, explique Philippe Marchand. Ils ont été remplacés par des appareils plus petits, les Marvor, qui pèsent moins de 35 kg. Ces appareils sont uniques au monde. Il s’agit de cylindres d’aluminium, que nous savons positionner avec une très grande précision à la profondeur désirée, à l’aide d’un système de capteur à membrane ». Cet appareil s’enfonce jusqu’à 2000 m de profondeur, et tous les 15 jours, remonte à la surface, après avoir enregistré différents paramètres comme la température ou la salinité des différentes couches d’eau. Il transmet ses informations par le système Argos. « Mais nous développons actuellement une nouvelle génération d’appareils appelés PNG (Profileurs de nouvelle génération) qui devraient voir le jour d’ici trois ans, ajoute le chercheur de l’Ifremer. Ces petits appareils de 15 kg devraient permettre notamment de réaliser des mesures de salinité très précises. Nous travaillons actuellement sur deux types d’appareils de mesure. Les premiers sont constitués d’un tore (bobinage) dans le quel passe un courant électrique déterminé. Selon la salinité de l’eau qui passe en son centre, on a des variations du champ magnétique. Les seconds sont constitués de deux électrodes, reliées à ce que les électroniciens appellent un pont de Weston, constitué de quatre résistances montées en losange et qui permettent une très grande précision de mesure ».

 
 Sur le pont, l’opérateur s'apprête à mettre à l'eau une balise Provor. Cette balise unique au monde est capable de descendre à 2000 m de profondeur, avec une précision inférieure au décimètre, d'analyser la température et la salinité. Tous les 15 jours, elle remonte à la surface pour envoyer ses mesures. Toute la colonne d'eau est ainsi analysée régulièrement

  m odéliser les océans
Le deuxième projet s’inscrit dans le programme GODAE (pour Global Ocean Data Assimilation Experiment). Il s’agit de réaliser une modélisation des océans. Plusieurs pays sont dans la course pour ce projet : la France (avec le projet Mercator), la Grande Bretagne (Phone), la Norvège (Diadem) et les États Unis (deux projets). Mercator, qui regroupe le Centre national d’études spatiale (CNES), le Service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM), Météo France, l’Ifremer, le CNRS et le Cerfacs, se propose de réaliser une modélisation avec un maillage de 1/4 de degré de côté, sur 43 couches de l’océan, avec une acquisition des données en temps réel.
Le troisième est un vaste projet altimétrique, s’appuyant sur le satellite Jason qui remplacera en 2001 le satellite Topex Poseidon.
L’enjeu de ces programmes est très important. Outre la connaissance scientifique proprement dite, les clients potentiels sont en effet nombreux : des professionnels du tourisme aux fournisseurs d’énergie, en passant par les assureurs, tout le monde a besoin de prévisions météorologiques fiables. Or, les océans jouent un rôle prépondérant - encore mal compris, aujourd’hui - dans l’évolution du climat. Le seul programme PNG devrait générer 100 millions de francs (15 millions d’Euros) sur trois ans !

Jean François Collinot

contact :
Philippe Marchand : Tél. 02 98 22 41 26
                        
les bouées dérivantes et les bateaux transmettent leurs données par satellite aux centres de traitement à terre qui analyses les mesures

  E uroGOOS en bref

Créée en 1994 sous l’égide des Nations Unies, l’association EuroGOOS regroupe aujourd’hui 28 membres, originaires de 15 nations européennes. Les membres français sont l’Institut français pour la recherche et l’exploitation de la mer (Ifremer), Météo France et le Centre d’étude et de recherche français de calcul scientifique (Cerfacs, basé à Toulouse).


 
  L es autres programmes de recherches

Plusieurs sous-programmes ont également été présentés à Brest : Ferry-Boxe (mise en place dans différents ferries d’appareils de mesures biologiques), Edios (mise en commun, gratuitement, de toutes les données recueillies), ESODAE (modélisation de la Mer du Nord et de la Manche), Giroscope (mise en place de 80 profileurs Provor en Atlantique du Nord Ouest, pour vérifier la qualité des données recueillies en temps réel). Pour en savoir plus :
http://www.eurogoos.org et http://www.obs-mip.fr/omp/umr5566/francais/rech/contenu.htm, qui fait le bilan des grands programmes dans lesquels la France est engagée.