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Les yeux et les oreilles de la mer
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| (c. Jean-François Collinot) |
Conformément à la convention de Hambourg de 1979, la France est tenue dassurer une mission dassistance, de sauvetage et de surveillance de ses zones côtières. Mais qui sont ces surveillants ? Et de quels moyens disposent-ils ?
Les plus connus des moyens de surveillance de la mer, ce sont les Centres régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage (les CROSS). Il sont cinq en France : trois en Manche à Corsen, Jobourg et Gris-Nez ; un en Atlantique à Etel ; et un en Méditerranée à La Garde. Leurs missions, placées sous lautorité du Préfet maritime, sont de trois ordres : la coordination de la recherche et du sauvetage en mer (plus de 8000 alertes chaque année dont 500 à 600 concernent les navires de commerce) ; la prévention des risques par une surveillance du trafic dans les zones à risque et des pollutions ; et enfin, la gestion des radiocommunications maritimes de sécurité grâce à une veille des alertes et la diffusion dinformation sur la météorologie ou davis durgence aux navigateurs. En cas de besoin, les CROSS peuvent faire appel aux différents moyens opérationnels que sont les douanes, la gendarmerie, les services des Affaires maritimes, la Marine nationale, la Protection civile et la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM).
Bien que sociétés civiles, les CROSS sont en fait composés dune forte proportion de personnels militaires et, notamment, dappelés du contingent, et ils sappuient sur des attributions dévolues à la Marine nationale, comme la surveillance radar. La réforme du Service national est en train de bousculer cette situation de façon inquiétante. Selon Christian Serradji, Directeur des affaires maritimes, la suppression des appelés impose la création de 70 emplois. Un coût budgétaire énorme
D es moyens techniques âgés
À ce problème de personnel, sajoute un plus sérieux problème de matériel, qua récemment pointé la commission denquête parlementaire sur le naufrage de lErika : Les moyens techniques dont disposent les CROSS sont relativement âgés, surtout en ce qui concerne les radars : la génération actuelle date dune vingtaine dannées. Il a été indiqué (
) que les pièces de rechange du radar du CROSS Corsen nétaient plus produites et que leur stock serait épuisé dans cinq ans (
) Et ces vieux radars ont une portée relativement limitée (35 à 40 milles, soit 65 à 74 km) qui laissent des zones dombres parfois importantes, notamment dans le golfe de Gascogne. Idem pour ce qui concerne les moyens de communication. Lors du naufrage de lErika, le CROSS dEtel nest pas parvenu à établir de liaison phonique correcte avec le bateau, et a dû faire appel au CROSS Corsen, pour quil serve de relais.
Côté Marine nationale : Le récit du déroulement du sauvetage de léquipage de lErika a interpellé les membres de la commission denquête, dans la mesure où il soulève quelques interrogations sur le mode de mise en alerte des moyens héliportés. On apprend en effet que les hélicoptères Super Frelon ont besoin dun délai de 4h avant de pouvoir décoller, alors que nos voisins Britanniques disposent dappareils près à décoller en
15 minutes ! Par ailleurs, le 12 décembre 1999, le premier Frelon (sur les deux seuls disponibles) a eu une avarie de treuil ce qui la obligé à retourner à sa base, avant que le second appareil ne soit près à son tour à décoller, perdant ainsi deux heures !
Côté remorqueurs, la situation nest guère plus brillante. LAbeille Languedoc (Cherbourg) et lAbeille Flandre (Brest), nos deux seuls remorqueurs de haute mer, capables de tracter 160 tonnes, sont de vieux bateaux âgés de 23 ans. À titre de comparaison, lErika avait
24 ans.
M odéliser le trajet des nappes
Un seul appareil semble répondre à lurgence. Cest lavion POLMAR II des douanes, un appareil récent, disposant dun radar à visée latérale (SLAR), dun radiomètre micro-onde et dun scanner infrarouge. Tous ces appareils permettent de suivre et de modéliser le trajet des nappes de pétrole. Sauf que, encore une fois, lors du naufrage de lErika, le radiomètre était en panne. Lindustriel [Terma] (
) ne peut satisfaire une demande urgente (
) la réalisation de ce détecteur relevant dune série prototype interdit le stockage de pièces détachées indispensables au suivi(
)
Pour en terminer avec ce tableau peu réjouissant de nos moyens de surveillance, citons Paul Roncière, Secrétaire détat à la mer : Météo France avait trois modèles de dérive de la nappe : un modèle anglais qui a été testé et sest révélé être une catastrophe, un modèle américain également très mauvais, et le français qui était le meilleur. Ce modèle, baptisé Mothy (Modèle océanique de transport dhydrocarbures) a une précision de
plusieurs milles ! Olivier Moch, Directeur général adjoint de Météo France le reconnaît une partie du pétrole a dérivé vers le Finistère et le nord du Morbihan, donc tout à fait en dehors de la zone annoncée. Même sil tente de se justifier par le fait quune grande partie du pétrole aurait voyagé sous leau.
Jean François Collinot
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