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Les méduses de la Bretagne à la Grande-Bretagne
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Les méduses de la Bretagne à la Grande-Bretagne

© Jean-georges Harmelin / Centre d'océanographie  de MarseilleMême si les travaux sur les Cnidaires ont essentiellement été effectués en Méditerranée par les scientifiques de la station zoologique de Villefranche-sur-mer, on retrouve en Bretagne des traces d’événements ayant marqué leur histoire.

 

 

Pullulation de méduses Aurelia en mer Rouge

© Jean-Georges Harmelin, centre d’Océanographie de Marseille

 

 

Dans les recherches menées sur le milieu marin, les aspects benthiques (relatif au fond des mers) et pélagiques (relatif à la pleine mer mais loin du fond) on toujours été traités de façon séparée. Cette constatation associée au fait que les Cnidaires existent sous deux formes : polype fixé et méduse libre, font que ces deux stades ont été décrits, jusqu’au milieu du XIXe siècle, de manière totalement indépendante, avec des noms de genre et d’espèce bien distincts - certains polypes protégés par une pellicule solide et dure ayant même été assimilés à des concrétions calcaires de style stalagmites par les géologues –. Anecdote amusante : tandis que les hydraires fixes étaient étudiés à Roscoff, les méduses libres étaient décrites juste de l’autre côté de la Manche… à Plymouth ! Le rapprochement entre ces deux stades sera finalement fait en 1842 sur Aurelia par Michael Sars qui va alors décrire le cycle de vie comme l’alternance d’un stade polype (ou phase de multiplication végétative) et d’un stade méduse.

 

 

 

 

Cyanea capillata
© Jean-Georges Harmelin,
centre d’Océanographie de Marseille

 

 

 

 

 

 

Rhopilema esculenta
© Enoshima aquarium Japon

 

 

 

Une partie de l’histoire des Cnidaires naît à Roscoff

En tout cas, la station biologique de Roscoff continue à être associée aux travaux de biologie marine, avec en particulier des études sur les Cnidaires, menées pendant l’entre-deux guerres par Georges Teissier. Ce scientifique se passionna pour la systématique, l’anatomie, la biologie du développement de ces hydrozoaires. Ses observations l’ont amené à mettre en évidence un phénomène tout à fait particulier (décrit dans des publications datées de 1922 à 1933) : la régression du stade méduse. Ce phénomène se caractérise par le fait que certains polypes donnent directement naissance à des larves qui elles-mêmes redonnent des polypes, sans passer par le stade de méduse. Dans les années 50 à 60, Georges Teissier a étudié les Cnidaires intersticiels, des organismes d’à peine deux millimètres qui vivent dans les sédiments, et une de ses élèves, France Bodo, a publié, dans les années 70, une étude sur la reproduction, le stade larvaire et sa fixation.

On peut dire sans exagérer que Georges Teissier a marqué l’histoire des Cnidaires mais aussi celle de la station biologique de Roscoff, dont il fut le directeur de 1945 à 1971. « Il y a implanté l’océanographie avec l’achat du Plutéus, un bateau de 18 mètres ; y a lancé les recherches en génétique des populations, une discipline toujours d’actualité à Roscoff… C’était un personnage tout à fait remarquable, attachant et caustique, totalement imprégné de l’esprit de la science française de son époque », se souvient avec enthousiasme André Toulmond, l’actuel directeur de la station, qui a eu cette chance de le côtoyer.

 

© Christelle Gony / Aquarium de Saint-Malo
© Christelle Gony / Aquarium de Saint-Malo

 

 


Le cycle de Russell

Les méduses sont des animaux migrateurs ! Certaines migrations verticales ou horizontales suivent des rythmes quotidiens ou saisonniers, répondant à des besoins physiologiques tels que l’alimentation ou la reproduction, alors que des pullulations avec des périodicité plus longues restent encore énigmatiques… La savant anglais Russell décrivit un de ces phénomènes dans la Manche en 1933 : à certaines périodes, les espèces présentes en mer Baltique et en mer du Nord ont tendance à descendre, alors qu’à d’autre moment celles tempérées chaudes de l’Atlantique font intrusion dans la Manche, repoussant ainsi les premières, le tout dans un effet de va et vient. L’explication scientifique ne sera fournie que dans les années 60 – 70 : ce sont les cycles hydroclimatiques, d’une périodicité d’environ 30 ans, et en particulier les variations de courant et de température dues à l’entrée du Golf Stream qui induisent ces fluctuations dans le Manche. « Maintenant que l’on en sait un peu plus sur les courants marins, on peut même relier ces variations avec El Ninõ », précise Jacqueline Goy. Par ailleurs, l’analyse génétique des populations permet de détecter très clairement l’origine de celles-ci, plutôt de la mer du Nord ou plutôt de l’Atlantique.


© Jacqueline Goy / MNHM

Pullulation de Linuche en Polynésie (nom local Kéa-Kéa). Elles transforment en quelques jours les eaux du lagon en une bouillie jaunâtre qui ralentit les activités de pêche. Heureusement, ce phénomène est très éphémère.
© Jacqueline Goy / MNHM

Les méduses de nos côtes

© Vincent HélyeOn rencontre Aurelia des côtes de Finlande en mer Baltique à Brest. C’est une méduse cosmopolite et robuste, qui, par exemple, se satisfait des eaux portuaires telles que celles du Havre. Ces propriétés en font une excellente méduse d’élevage que l’on retrouve dans tous les aquariums !

Chrysaora est une espèce qui nage dans l’Atlantique jusqu’à l’Irlande, mais qui est en fait assez diffuse et que l’on peut retrouver partout.

 

Aequorea et Clytia sont très cosmopolites. La forme hydraire de Clytia se fixe très souvent sur les huîtres*. On retrouve des images d’Aequorea sur des mosaïques antiques.

Rhizostoma circule essentiellement entre les estuaires de la Loire et de la Gironde, des frontières naturelles engendrées par les courants et l’arrivée d’eau douce des deux fleuves. Elles viennent se faire piéger entre les îles de Noirmoutier, Ré et Oléron.

 

© Enoshima Aquarium Japon
Mastigias papua

 

© Jean-Georges Harmelin / Centre d'océanologie de Marseille
Aequorea

 


 

Devenez éleveur de méduses !

 Si vous rencontrez lors de vos pérégrinations une huître habillée d’une petite houpette : les polypes, mettez-la dans un verre d’eau salée à 36g/l. Armé d’une loupe, vous verrez ainsi naître l’hydraire ! Une expérience très facile à réaliser.