Des plantes pour nettoyer les sols pollués

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Des plantes pour nettoyer les sols pollués

 

Phytoremédiation
Des plantes pour nettoyer les sols pollués

Les sols chargés en métaux lourds, éléments radioactifs ou hydrocarbures sont difficiles à dépolluer. A l’UBO, l’équipe de Michel Branchard développe une nouvelle méthode de nettoyage. La phytoremédiation utilise la propriété de certaines plantes à prélever des éléments-trace   sur un sol contaminé.

© Vincent Derrien
L'équipe du laboratoire de biotechnologie et physiologie végétales de l'Isamor Esmisab : Gilbert Charles, Franck Le Borgne, Michel Branchard. Annick Hourmant est absente sur la photo.




Les anciennes décharges, les stations-service ou certains sites de déversements accidentels sont des lieux privilégiés pour l’accumulation dans le sol de substances telles que le plomb, le zinc, le cadmium ou le cuivre. Ces éléments-trace peuvent se retrouver dans les plantes destinées à la consommation humaine ou animale. Pour nettoyer le sol, le pompage ou l’excavation sont généralement mis en œuvre. Mais ces techniques mécaniques sont coûteuses et peuvent dénaturer le site. Des solutions plus douces existent.

Certaines bactéries sont capables de découper des molécules toxiques présentes dans les sols pollués (bioremédiation). Les américains ont été les premiers à les utiliser pour réhabiliter des sites militaires contaminés, notamment par le TNT. Les molécules ainsi dégradées ne sont plus toxiques pour l’environnement. Cependant, les éléments-trace ne peuvent être ni dégradés, ni extraits du sol par les bactéries. Ils doivent être traités différemment. C’est pour cette raison que la phytoremédiation a vu le jour, il y a une dizaine d’années. L’équipe du professeur Michel Branchard, au laboratoire de biotechnologie et physiologie végétales de l’Isamor Esmisab – UBO, en a fait depuis trois ans sa thématique majeure. Le principe est simple : faire pousser sur les sols pollués des plantes dites hyperaccumulatrices, qui concentrent les éléments polluants dans leur partie aérienne. En les récoltant, le sol est débarrassé de la pollution. Et les plantes sont incinérées dans des fours, équipés de filtres spéciaux.

Plus de 3000 sites pollués

Il existe officiellement plus de 3 000 sites déclarés pollués en France, mais les estimations envisagent un potentiel de 300 000 ! Dans cette situation où les non-dits sont nombreux, il devient urgent de trouver une solution. Le problème n’est pourtant pas si simple : «  Les seuils de tolérance des différents polluants dans le sol sont fixés au niveau européen, explique le chercheur. Souvent, on trouve des concentrations à la limite de ces derniers. Parfois même, les propriétaires des sites font valoir le fait que la forme sous laquelle se présentent les ions n’est pas toxique. Il suffit d’une modification des propriétés du sol pour qu’ils le deviennent. »

Le laboratoire appartient au réseau européen COST (Action 837) et collabore avec une université allemande (Emden), qui s’intéresse particulièrement au nettoyage de sols agricoles pollués par les retombées de fumées industrielles. Les contacts avec l’industrie n’ont pas encore débouché sur des projets concrets. Le coût de la dépollution, par la phytoremédiation, est pourtant deux à trois fois moins élevé qu’avec les méthodes mécaniques ! Par l’entremise du Technopôle Brest-Iroise, une collaboration avec une entreprise spécialisée dans la maîtrise d’œuvre, EECB, devrait déjà favoriser cette mise en application industrielle. “ Pour passer à l’applicatif, deux ans de recherche intensive paraissent indispensables, explique Michel Branchard. Par ailleur© Gilbert Charless, le soutien d’un industriel et celui de nos instances-mères sont très importants pour faire avancer ce projet. Nous sommes convaincus qu’il serait utile à la Bretagne et à son image de marque. ”

 

Culture in vitro de Brassica napus, régénérés par culture de tissus en présence de cadmium.
 

 

 


Les végétaux les plus efficaces

Il existe une quarantaine d’espèces connues de plantes hyperaccumulatrices, présentant chacune des affinités pour un ion donné. Les plus performantes présentent cependant l’inconvénient de ne pas avoir un développement assez important, ce qui limite leur efficacité globale. Les études physiologiques et génétiques, entreprises par l’équipe de l’UBO, doivent permettre de sélectionner les végétaux les plus efficaces, en particulier pour traiter des boues portuaires.


  

V.D.

(1) Métaux lourds, métalloïdes et radioéléments sont dénommés éléments-trace.

Contacts :
Isamor Esmisab UBO
Laboratoire de biotechnologie et physiologie végétales
Michel Branchard, tél. 02 98 05 61 00,
michel.branchard@univ-brest.fr

EECB
Jean-Luc Boschet, tél. 02 98 05 98 62, port. 06 81 85 58 46,
eecb@club-internet.fr