Court-bouillon : ne noyez pas le poisson !
| ACCUEIL > Sciences Ouest > Année 2003 > 201 > Gros plan > Chronique culinaire d'Hervé This > Court-bouillon : ne noyez pas le poisson ! |
| Court-bouillon : ne noyez pas le poisson ! |
|
Court-bouillon : ne noyez pas le poisson !
Comment réussir la cuisson du poisson à leau ? Court-bouillon frémissant ou bouillant ? Hervé This, physico-chimiste Inra au Collège de France, répond à cette nouvelle énigme culinaire en révélant la nature de la chair du poisson. Le poisson perd de son raffinement quand sa chair se défait, lors dune cuisson inadéquate. Les livres de cuisine anciens ont souvent mentionné que les poissons sont difficiles à cuisiner. Beaucoup indiquent que le poisson ne doit jamais bouillir, mais que le court-bouillon de pochage, composé de vin blanc et dépices, doit être juste frémissant. Cest vrai : il suffit de laisser un poisson dans un liquide bouillant pour constater avec effroi quil se défait. Pourquoi réagit-il ainsi ? Pour comprendre ce phénomène, plongeons dans lintimité cellulaire du poisson. Sa chair, cest-à-dire ses muscles, est faite de cellules musculaires, comme pour la viande. Ces cellules sont comme des sacs extrêmement fins, dont la longueur atteint plusieurs centimètres. Elles contiennent notamment de leau et des protéines. Ce contenu coagule sous laction de la chaleur : la chair du poisson durcit, comme le fait le blanc duf. Il faut ajouter que les fibres musculaires du poisson sont gainées de collagène(1), mais beaucoup moins que la viande. La viande apparaît dure parce quelle contient parfois de grandes quantités de collagène, dont seule une cuisson prolongée peut venir à bout. A lopposé, pour le poisson, la cuisson dans leau bouillante dissout rapidement le peu de collagène qui entoure ces cellules musculaires, de sorte que la chair se défait en un instant. Eteindre aussitôt le feu Pour réussir simplement la cuisson du poisson, pensons donc à durcir lintérieur des cellules, cest-à-dire coaguler les protéines internes, en préservant le peu de collagène qui les soutient. En langage culinaire, cela signifie quil faut plonger le poisson dans un court-bouillon bouillant, mais éteindre aussitôt le feu et laisser la cuisson se faire tout doucement. Cest cela, le vrai pochage ! Une autre technique consiste à cuire le poisson dans un four, à basse température: le réglage de la température permet la juste coagulation des protéines, évitant la dissolution du collagène. Mais attention au croûtage des chairs : caresser préalablement les filets, sil y en a, dun peu de matière grasse, pour prévenir lévapo Hervé This (1) Ce collagène est similaire à celui que les fabricants de produits cosmétiques proposent dinjecter pour soutenir la peau humaine détendue par les ans. |


ration aux températures inférieures à 100 degrés. Il ne reste maintenant quà faire jouer la spontanéité du cuisinier pour rehausser la chair de ce poisson avec des assaisonnements à lhuile dolive, au jus de citron, à laneth ou à lorigan !