Des algues au secours du blé

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Des algues au secours du blé

Goëmar exploite les ressources des algues et les décline en produits innovants. Le petit dernier des laboratoires malouins, nommé Iodus 40, a vu le jour au printemps 2003. Sous ce nom iodé se cache un vaccin inédit pour les plantes.

© GoemarSon nom de code était GL32. Sciences Ouest l’avait présenté il y a deux ans(1). Le premier stimulant d’immunité végétale est en vente depuis le printemps 2003, il s’appelle désormais Iodus 40. Après une dizaine d’années de collaboration avec la recherche publique, le passage des nombreuses épreuves de toxicologie, les 250 essais au champ et l’attente de l’homologation, les laboratoires Goëmar, à Saint-Malo, ont annoncé la mise sur le marché de ce vaccin pour les plantes. Le principe actif est extrait de Laminaria digitata, une algue brune alimentaire, répandue dans le Finistère et dans les eaux européennes nordiques. « Les plantes ont un système immunitaire non spécifique, explique Paul Héry, le directeur des marchés des grandes cultures de Goëmar. Elles réagissent de la même façon, quel que soit le type d’agresseur. La laminarine, le principe actif de Iodus 40, est un analogue structural d’une substance contenue dans la paroi des champignons nocifs pour les plantes. C’est un leurre pour la plante qui croit reconnaître une attaque microbienne et mobilise alors ses défenses naturelles ». Cette réaction, analogue à une vaccination, prépare la plante aux attaques ultérieures.

Une agriculture raisonnée

Le blé tendre est le premier concerné par l’homologation obtenue en octobre 2002. Iodus 40 stimule ses défenses contre les maladies fongiques. Il renforce la lutte contre le piétin verse, limite l’oïdium et il protège le blé contre la septoriose(2) pendant 40 jours. Il doit ensuite être relayé avec un fongicide de synthèse classique. Cette utilisation mixte réduit l’emploi de produits chimiques, sans augmenter les coûts, d’où une cohérence avec une agriculture raisonnée. L’efficacité économique est alliée à un impact négatif minimum pour l’environnement. « Le Iodus 40 vise pour l’instant l’agriculture conventionnelle, qui représente le marché le plus important, précise Paul Héry. Mais il pourrait se développer ultérieurement pour l’agriculture biologique ». Et les applications de Iodus 40 ne s’arrêtent pas là. L’homologation est déjà en cours d’extension pour l’orge, le blé dur et le tritical, les autorisations de mise sur le marché seraient pour 2005. D’autres pays européens comme le Royaume-Uni, l’Allemagne ou le Benelux devraient voir débarquer le Iodus 40 dans leurs champs dès 2004-2005. Devant le spectre très large d’intervention de ce vaccin naturel, les recherches ont déjà été lancées pour l’appliquer aux domaines viticole et arboricole.

Huiles essentielles et aromathérapie

Les algues sont une source inépuisable d’applications. Les laboratoires Goëmar l’ont bien compris, en témoignent les 17 brevets déposés sur les algues en seulement 10 ans. Ainsi l’Optéine, à base de crème d’algues brunes nommées Ascophyllum nodosum, stimule la nutrition azotée et optimise la croissance des plantes. « La cosmétique est un domaine très demandeur, ajoute Jean-Claude Yvin, le directeur de la recherche et du développement, les produits minceurs, les huiles essentielles et l’aromathérapie, tous issus des algues, connaissent un franc succès depuis leur lancement sur le marché ». Il annonce même, à demi-mot, une nouvelle voie de recherche ph© Goemararmaceutique. Les principes actifs des algues pourraient être utilisés dans les domaines des muqueuses et de l’ophtalmologie, pour leur rôle anti-inflammatoire et stimulant des défenses immunitaires. Une innovation pour la santé humaine à suivre de près.

 

La plate-forme d’essais de Iodus 40



V.T.

 

© Valérie Terrien

© Valérie Terrien

Jean-Claude Yvin, directeur de la recherche et du développement de Goëmar.

 

Paul Héry, directeur des marchés des grandes cultures de Goëmar.

 


(1) Sciences Ouest n°178, juin 2001.

(2) Principales maladies fongiques du blé :
- le piétin verse (perce le pied de la plante ce qui entraîne la rupture de la tige),
- l’oïdium (couvre le blé de tâches blanches),
- la septoriose (forme des tâches sur les feuilles pouvant entraîner une destruction foliaire totale).


Contact :
Paul Héry et Jean-Claude Yvin, Goëmar,
tél. 02 99 21 53 70
phery@goemar.com, jcyvin@goemar.com
Site Web : www.goemar.com