Le trésor de deux algologues du XIXe

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Le trésor de deux algologues du XIXe
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Le trésor de deux algologues du XIXe

© Nicolas GuillasAu XIXe siècle, deux frères brestois ont réalisé un magnifique herbier de 20 000 échantillons. Ce trésor est conservé à la station de biologie marine de Concarneau.

Meubles en bois, parquet ciré, tiroirs abritant de précieux échantillons : une pièce entière du marinarium de Concarneau, avec vue sur mer, est réservée aux herbiers. Yves Legal, sous-directeur au collège de France et directeur de la station biologique, raconte : « L’histoire des frères Crouan est à la fois formidable et banale. De retour au pays natal après leurs études, Pierre-Louis et Hippolyte-Marie Crouan se sont installés comme pharmaciens à Brest, en 1829. Cette histoire est « banale » car à l’époque, quantité de gens herborisent, publient dans les “revues” scientifiques, échangent des échantillons avec leurs collègues ». Les frères Crouan étaient en relation avec tous les meilleurs spécialistes  des algues, et publiaient dans Les archives de botanique ou les Annales des sciences naturelles. Outre leurs collections de plantes terrestres et de champignons, toujours conservées à Concarneau, ils se sont passionnés pour les plantes marines ou d’eau douce. L'une d'elles porte même leur nom : Crouania.

En 1852, ils éditent cinquante exemplaires de “L’herbier des algues du Finistère”, un travail considérable qui leur a pris 30 ans et la préparation très soignée de plus de 20 000 échantillons ! En 1867, couronnement de leur carrière, ils publient la première étude complète sur la flore du département : “Florule du Finistère”, qui est restée longtemps un modèle de flore locale. En 1871, à quelques mois d’intervalle, Hippolyte puis Pierre disparaissent. Ils laissent notamment à la postérité vingt-deux études sur les cryptogames. L’ensemble de l’herbier est alors confié à la bibliothèque de Quimper, qui va la remettre, quelques années plus tard, au laboratoire du collège de France de Concarneau, mieux à même de conserver et d’exploiter ce fonds exceptionnel.

© Jean François Collinot

 

Le professeur Yves Legal présente une page de l'herbier Crouan.

 

Une palette de molécules

L’œuvre n’a rien perdu de son intérêt puisque, aujourd’hui encore, de nombreux chercheurs du monde entier viennent consulter la collection. « Nous avons chaque année une dizaine de demandes de prêt ou de consultation, poursuit Yves Legal Mais hélas, il n’y a pas aujourd’hui d’amateur éclairé qui passerait 30 ou 40 ans de sa vie à reprendre ce travail ! Cela permettrait de déterminer nombre d’évolutions environnementales. Quant aux scientifiques, ce travail, il ne le font pas. Prenez l’exemple de la pharmacologie, depuis cinq ans environ, tous les laboratoires se demandent s’il est utile de chercher de nouveaux médicaments, alors que nous disposons d’une palette suffisamment large de molécules pour répondre à la quasi-totalité des demandes ! Peut-être faut-il parfois mélanger d’anciennes molécules pour accentuer ou renforcer tel ou tel effet, mais pas la peine de dépenser des millions pour en chercher de nouvelles ».

Pourtant, Yves Legal le rappelle : « La biodiversité marine est dix fois supérieure à la biodiversité terrestre ! Sur terre, le végétal ne connaît qu’une “famille” : le vert chlorophyllien. Dans la mer, il y a trois règnes : le vert, le brun et le rouge (sans parler des algues bleues). Or, il y a plus de différences entre les algues vertes et les algues rouges, qu’entre les plantes terrestres et le règne animal ! Qui sait, par exemple, que 99% des champignons sont… marins ! »

Faute de chercheurs et faute d’amateurs, quid des herbiers ? Un peu de tristesse passe dans les yeux d’Yves Legal qui hausse, fataliste, les épaules. « C’est et cela restera un patrimoine historique formidable. C’est aussi un outil de référence indispensable. Mais aujourd’hui, on demande à un chercheur de publier, publier, publier… Cela ne lui laisse pas beaucoup de temps pour collecter, herboriser, identifier, classer… » À côté de l’herbier des frères Crouan, qui vient de regagner ses rayonnages, dorment d’autres herbiers. Ceux de plusieurs grands botanistes comme Théophile Bonnemaison, le colonel Du Dresnay ou Jean-Marie Bachelot. Qui n’attendent que d’être réveillés, eux aussi, par la main d’un curieux ou d’un chercheur.



Hyppolyte-Marie Crouan

Pierre-Louis Crouan

 

 

 

Contacts :
Yves Legal, tél. 02 98 97 06 59,
ylegal@mnhn.fr
Site Web de la station biologique de Concarneau : www.mnhn.fr