TDF invente la radio d'après-demain

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TDF invente la radio d'après-demain

 
TDF invente la radio d'après-demain

La nouvelle voix des ondes moyennes

Photo : Nicolas Guilas
"Le défi consistait à faire passer une qualité audio équivalente à la FM mono dans un débit de seulement 24 kbits/sec, c'est-à-dire faire mieux que le MP3", explique Pierre Urcun.

Les chercheurs de TDF(1), à Rennes, ont fait une étonnante démonstration à Genève, lors d'une rencontre internationale des acteurs de la radio : la diffusion sur ondes courtes, moyennes ou longues, de sons d'une qualité inégalée. Presque de la FM !

"Comme dans ces nouvelles pour dames / de Somerset Maugham. Les capitaines beaux, lâchez-moi / les femmes sont sensibles à tout ça". La voix d'Alain Souchon sort des enceintes et la qualité sonore est plutôt bonne. L'écho des applaudissements résonne, avec clarté, dans la salle. Cette chanson ne sort pourtant pas d'une station FM : elle est diffusée sur une radio en ondes moyennes ! A Rennes, les chercheurs de TDF ont réussi le tour de force de diffuser des sons d'excellente qualité sur les bonnes vieilles fréquences radio de nos grands-parents. La norme sur laquelle ils travaillent s'appelle la Digital radio mondiale (DRM).

Photo : Nicolas Guilas
Un récepteur pour 1000 euros
Les récepteurs ne sont pas encore commercialisés. Celui-ci, d'une marque allemande, n'a que quelques mois et coûte 1 000 euros. Il n'a pas de composant intégrés spécifiques à la DRM : c'est un micro-ordinateur déguisé en récepteur radio. Les premiers transistors d'un nouveau type devraient voir le jour en 2005. Un marché qui pourrait être juteux pour les constructeurs.



En juin dernier, la DRM a été inaugurée lors de rencontres internationales des radiocommunications, à Genève(2). TDF y a montré ce qu'elle réalise à Rennes depuis deux ans : l'émission radio, en ondes courtes et moyennes, d'un son d'une qualité étonnante. Une démonstration plutôt bien perçue (lire encadrés). Pour aboutir à ce résultat, le groupe Projet et services multimédia radio, à TDF CCETT, s'est appuyée sur la technologie COFDM(3) pour la modulation haute fréquence. Le son est également codé à la source, puis décodé à la réception. Si une partie du signal se dégrade lors de la diffusion , les erreurs sont corrigées, car les informations sont liées par le codage.


"Infaisable il y a cinq ans"

Contrairement à la FM, la largeur de bande pour les ondes courtes, moyennes ou longues est très réduite : par manque de place, les réglementations internationales interdisent aux stations de dépasser 9 kHz en ondes moyennes et 10 kHz en ondes courtes (contre 200 kHz, en moyenne, pour la FM). Cette largeur de bande très faible impose de coder l'information, sous forme numérique. "Le défi consistait à faire passer une qualité audio équivalente à la FM mono dans un débit de seulement 24 kbits/sec, explique Pierre Urcun. C'est-à-dire, faire mieux que le MP3 ! C'était un challenge, à la limite de l'infaisable il y a 5 ans".


La FM, de son côté, devrait bientôt connaître la révolution du DAB, dont l'excellente qualité s'explique par le débit de 256 kbits/sec par programme. Mais tout l'intérêt de la DRM réside dans les émetteurs : il est inutile de les multiplier, car en ondes moyennes, un seul émetteur rayonne jusqu'à 200 km. Et ces émetteurs n'ont pas besoin d'une grande puissance : "Le DRM est plus robuste et peut se contenter d'une puissance d'émission", résume Pierre Urcun.

Intégrer un écran couleur


Un autre atout par rapport à la FM est qu'une radio émettant en DRM peut garder toujours la même fréquence, d'une station émettrice à une autre - pas la peine de RDS ! Les stations FM, victimes du phénomène physique des franges d'interférences, doivent en effet changer de fréquence d'un lieu à l'autre - excepté les radios autoroutières, aux répéteurs alignés tous les 70 km. "Nous travaillons aussi à compléter la norme de base pour des offres multimédia. Pour intégrer à la radio un écran couleur d'images fixes, de type téléphone, ou pour imaginer des transcriptions écrites, comme des résultats de matchs de foot". En attendant ces programmes, inutile d'essayer de capter la radio expérimentale de TDF, sur 25,775 MHz, si votre récepteur n'a pas de décodeur. Vous n'entendrez pas Alain Souchon - mais patience, quand il poussera la chansonnette, vous le capterez bientôt jusqu'aux Iles Marquises.

N.G.

 


Même dans les parkings souterrains

Les radiodiffuseurs internationaux ont écouté, à Genève, la station DRM de TDF en ondes courtes. La BBC a été surprise de constater qu'une ville comme Genève peut être couverte avec un émetteur d'une petite puissance de 100 watts. D'autant que la réception, testée à bord d'un véhicule (photo) se faisait sans interruption sous les ponts de chemins de fer, malgré les tramways, et même dans certains parkings souterrains - où la FM ne passait pas.


 


Le grand marché des ondes courtes

Photo : TDFLes ondes courtes font le tour du monde, mais subissent d'énormes distorsions, en rebondissant sur la Terre et l'ionosphère. La DRM limite ces dégâts. "Le marché devrait démarrer sur les ondes courtes (OC), estime Michel Duvet, chargé de mission auprès de la direction de TDF. Les gouvernements, qui sont les principaux utilisateurs, peuvent être intéressés pour acheter les émetteurs et aider à financer les récepteurs". Radio Vatican, qui diffuse en OC à partir de Rome pour l'international, est vivement intéressée par la technique DRM.



(1) TéléDiffusion de France. Site Web : www.tdf.fr
(2) Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.drm.org
(3) COFDM : Coded Orthogonal Frequency Division Multiplexing. En ondes moyennes "classiques", un incident sur une porteuse, c'est-à-dire une vibration électromagnétique modulée en amplitude, entraîne une très forte dégradation du signal. Avec cette technologie, le signal est composé de 200 porteuses, espacées tous les 41,66 Hz, modulées en phases et en amplitude, sur une bande de 9 ou 10 kHz. Les informations numériques, modulant les porteuses, sont liées entre elles par le codage : si certaines se perdent, la qualité du signal reçu reste la même.
(4) Digital Audio Broadcasting.


Contacts :
Michel Duvet et Pierre Urcun, TDF CCETT,
tél. 02 99 12 42 51 / 46 14,
e-mail :
michel.duvet@tdf.fr, pierre.urcun@tdf.fr.