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Denis Février, métrologue et fier de l'être
Chargé de la métrologie légale à la Direction régionale de l'industrie la recherche et l'environnement (Drire) de Bretagne, Denis Février, ingénieur de l'Industrie et des Mines, raconte les différentes facettes d'un métier méconnu.
Sciences Ouest : Comment devient-on "métrologue" ?
Denis Février : Notamment grâce à l'École supérieure de métrologie (ESM), rattachée à l'École des mines de Douai, qui prépare aux fonctions d'ingénieur et de technicien. L'ESM propose, entre autres, une formation d'un an qui débouche sur un diplôme d'ingénieur spécialisé : le Mastère spécialisé en système de mesures et métrologie.
S.O. : Qu'est-ce que la "métrologie légale" ? D.F. : Il y a trois domaines dans la métrologie : la métrologie fondamentale ou scientifique (amélioration de la connaissance des constantes fondamentales de la physique et développement de nouveaux modes de matérialisation des unités) ; la métrologie industrielle (nécessaires à l'activité économique) ; la métrologie légale (ensemble des dispositions réglementaires mise en place par les pouvoirs publics pour imposer un système d'unités de mesure légal (S.I.) et pour garantir l'aptitude des instruments de mesure utilisés pour les transactions commerciales, ou pour certaines opérations mettant en jeu la santé ou la sécurité). Il y avait 36 catégories réglementées. La liste comporte désormais un 37e instrument : la mesure de distance entre véhicules. Parmi les catégories d'instruments de mesures, citons ceux utilisés pour les mesures de masse (balances, trieuses), les mesures de liquides ou de gaz (compteurs d'eau, compteurs de fioul, pompes à essence), les jaugeages (camions, réservoirs pétroliers) ou les mesures diverses (analyseurs de gaz d'échappement, taximètres, cinémomètres, éthylomètres).
S. O. : Quelle est la mission de la Drire, en matière de métrologie ? D.F. : Particulièrement, la surveillance des organismes spécialisés pour la réparation ou la vérification des instruments de mesure. Cela se traduit par l'étude de la recevabilité de la demande, des audits, des visites de suivi et des visites de surveillance inopinées afin de contrôler la qualité du travail de ces organismes. En Bretagne, il y a environ 14 000 instruments de pesage (balances) servant dans des transactions commerciales, plus de 10 000 pompes à essence et plus de 1500 analyseurs de gaz d'échappement des véhicules ! Or, tous ces appareils doivent être vérifiés régulièrement par des organismes agréés. S'ils sont conformes, ils sont alors revêtus de la vignette verte d'autorisation et leur " carnet métrologique " en témoigne. Par ailleurs, la réglementation précise que l'utilisateur (détenteur) est responsable de l'instrument qu'il utilise dans le cadre de ses activités. C'est à lui qu'il appartient d'acheter un matériel approuvé et d'assurer le maintien en état de son outil de travail... Il appartient au propriétaire de l'appareil de choisir l'organisme agréé qui lui convient.
S.O. : On peut supposer que ces entreprises sont très surveillées ? D. F. : Bien sûr ! Chaque organisme agréé doit nous communiquer régulièrement la liste et l'ordre de visite de toutes les entreprises qu'elle contrôle. Nous pouvons ainsi réaliser des contrôles inopinés et vérifier comment leurs techniciens habilités travaillent, s'ils respectent les procédures de vérification, si leurs moyens techniques sont conformes et s'ils remplissent bien le carnet métrologique de l'appareil.
S.O. : cela représente combien de fonctionnaires pour vos services ?
D. F. : De trois à quatre " équivalents agent temps plein ", soit 8 agents concernés, pour la Bretagne, et 70 équivalent agents "temps -plein" pour la France, contre 700 agents il y a quinze ans.
S.O. : N'y a-t-il pas là un risque de perte de qualité dans les mesures et les contrôles ? D. F. : Franchement, non. Nous pouvons dire que nous avons juste les moyens de notre politique. Les entreprises agréées sont sérieusement contrôlées et je ne connais aucun cas de fraude majeure. Bien sûr, il peut toujours exister deux ou trois sociétés en limite réglementaire. Mais elles finissent toujours par devoir nous rendre des comptes. La synergie entre les agents des différents ministères existe. Les contrôles exercés par la DGCCRF(1) et la Gendarmerie nationale complètent la surveillance.
S.O. : Cette "privatisation" de la métrologie légale est une évolution récente.
D. F. : Oui, nous sommes en pleine " révolution " réglementaire. En fait, toute la métrologie légale dépend aujourd'hui de deux textes récents : le décret du 3 mai 2001 et l'arrêté du 31 décembre 2001. Et la plupart des appareils soumis à contrôle vont être concernés par une " actualisation " des textes réglementaires. Par exemple, nous venons d'achever le travail pour les taximètres ou les instruments de mesurage des liquides. Aujourd'hui, une de nos priorités concerne la vérification des cinémomètres. Nous avons vérifié 250 instruments cette année en Bretagne, nous en vérifierons au moins 300 l'an prochain !
(1) Direction générale de la concurrence, du commerce et de la répression des fraudes.
Contact : Denis Février,
tél. 02 99 87 43 74,
e-mail denis.fevrier@industrie.gouv.fr
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