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Des pathologies du langage qui en disent long
Parler, écrire, nous exprimer nous paraît simple, voire inné, mais les scientifiques cherchent depuis des années à comprendre et à définir le mécanisme du langage. Mais déjà : qu'est-ce que le langage ? Peut-être un début de réponse dans les lignes qui suivent...
Professeur dans le département Sciences du langage et membre du Laboratoire interdisciplinaire de recherche sur le langage (Lirl) à l'Université Rennes 2, Attie Duval annonce d'emblée la couleur : " Le langage ? Je ne peux pas vous dire ce que c'est, mais je peux par contre vous dire ce que ça n'est pas ! "
Le langage est en effet un objet scientifique extrêmement complexe qui est loin d'avoir livré tous ses secrets. Et pour tenter d'y voir plus clair, Attie Duval travaille en étroite collaboration avec le pôle neurosciences cliniques Jean Pecker dirigé par le professeur Gilles Edan. Or, si l'officialisation de ces travaux en interdisciplinarité, où sont impliqués différents services médicaux autour de la neurologie, la neurochirurgie et différents services universitaires de Rennes 1 et de Rennes 2, date du début de l'année 2003, la rencontre entre Sciences du langage et neurologie est, elle, beaucoup plus ancienne : " Le professeur Jean Gagnepain, créateur du département des Sciences du langage et du Lirl a rencontré le professeur Olivier Sabouraud, neurologue, en 1963, explique Attie Duval. Pour eux, la réponse aux questions sur la particularité du langage ne peut venir que de l'étude de la clinique neurologique et psychiatrique."
Attention : idées reçues
Et cela, Attie Duval s'en rend compte tous les jours. " L'observation de cas cliniques nous corrige de nos certitudes ". Car nous avons, en effet, un tas d'idées reçues sur le langage. Nous aurions par exemple tendance à penser que notre cerveau gère de façon similaire l'oral et l'écrit. " Or, raconte Attie Duval, dans le cadre de la consultation de l'aphasie où les malades présentent des déficits de langage touchant déjà différemment les domaines de l'oral et de l'écrit, nous avons rencontré d'autres types de malades s'exprimant parfaitement à l'oral mais qui étaient non seulement incapables d'écrire mais aussi incapables de se servir d'un crayon ou d'une fourchette, par exemple ". Il s'agit en fait de personnes dites " a-techniques ", c'est-à-dire ayant perdu la notion d'utilisation des outils : elles ne savent plus qu'une fourchette sert à manger, ni un crayon à écrire, et les lettres à former des mots. Elles sont donc devenues incapables de les utiliser, preuve que parler et écrire résultent de deux processus bien différents. Autre cas, les personnes ayant subi un choc frontal, fréquemment dû à un accident de voiture ; elles présentent souvent des troubles du langage qui s'avèrent être le résultat d'un problème d'organisation beaucoup plus global ; ces personnes ne savent plus organiser quoi que ce soit dans leur vie, ni a fortiori dans leur façon de parler. "
Les malades sont nos autres maîtres à penser
" Ces exemples montrent bien qu'une anomalie prise seule n'apporte rien scientifiquement et qu'il n'existe pas une maladie du langage " en tant que tel ". " Je compare souvent le langage pathologique à la fièvre explique Attie Duval. Le langage est un domaine observable, parmi d'autres, par lequel s'exprime un dysfonctionnement. Et c'est pourquoi la clinique est tellement intéressante : non seulement elle donne un autre statut au langage en faisant apparaître une multitude de questions, mais du même coup elle donne une autre place aux malades. Quand je les reçois, je tiens compte de la systématicité de leurs réactions pathologiques, et ainsi nous construisons leur syndrome, au fur et à mesure de l'observation. C'est dans ce sens, qu'ils sont, à l'instar de nos théories, nos autres maîtres à penser ".
Car si les progrès réalisés dans le domaine de l'imagerie médicale comme l'IRM ont permis de relier certains mécanismes du langage à des zones du cerveau, ils n'apportent pas toutes les réponses. Les expériences d'observation du cerveau d'une personne en train de lire, par exemple, " activent " différentes zones du cerveau. Conclusion : le langage est impliqué dans toutes ces zones. " Non ! précise Attie Duval. Car on ne peut pas déterminer dans une phrase à lire ce qui est spécifique au langage et ce qui est lié à d'autres déterminismes. Dans le texte lu, il y a les phrases, l'analyse outillée de l'écrit, mais aussi la notion de français - parler et parler français sont deux choses différentes ! - , ou encore l'affect. Qui sait ce que lire va provoquer chez la personne ? Des souvenirs gais ? Tristes ? Pense-t-elle à autre chose en même temps ? On ne peut pas expliquer le comportement humain uniquement avec les lois de la neurophysiologie ! "
Remettre en question ce qu'est l'Homme avec la clinique est vraiment la spécificité du laboratoire de l'anthropologie clinique de Rennes. Une démarche qui apporte des éléments de recherche fondamentale pour tenter de répondre à cette question pas encore résolue : qu'est-ce que le langage ?
NB
Contact :
Attie Duval, tél : 02 99 14 19 11, attie.duval@uhb.fr http://www.uhb.fr/sc_humaines/lirl

Tétralogiques
Les avancées des recherches en anthropologie clinique du laboratoire interdisciplinaire de recherche sur le langage (Lirl) font l'objet de la publication de la revue Tétralogiques. Chercheurs et doctorants du laboratoire, mais aussi toute personne extérieure travaillant sur le sujet, réunissent ainsi leurs écrits une fois par an.
Les aphasiques ne savent plus découper les phrases en mots, et les mots en phonèmes. Certains aphasiques ne savent plus dire qu'un élément à la fois (l'aphasie de Broca), d'autres varient leurs émissions autour d'un même item (aphasie de Wernicke)
Les mots deviennent étrangers à certains malades de type Alzheimer. Un garagiste par exemple ne comprendra plus le mot " bougie " que dans un seul sens, celui de son métier. L'expression " Les murs ont des oreilles " sera comprise au premier degré.
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