La conquête des profondeurs : comment tout a commencé

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Editorial
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La conquête des profondeurs : comment tout a commencé
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La conquête des profondeurs

Comment tout a commencé...

L'Homme sous la mer, malgré ce qu'on pourrait penser, est une histoire récente : moins de soixante-quinze ans nous séparent des premiers bathyscaphes. Une histoire récente certainement. Courte, sûrement pas. Une épopée parfois digne d'un roman.

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De tous temps, les environnements extrêmes ont fasciné, intrigué. Leur conquête est à l'origine des plus grandes avancées scientifiques et technologiques. C'est ainsi qu'il y a soixante-quinze ans est née de l'imagination de deux scientifiques, une machine à explorer le Grand Bleu. Une telle invention n'aurait sans doute pas pu germer ailleurs que dans les têtes d'un naturaliste et d'un ingénieur : William Beebe et Otis Barton. En 1930, ils font donc construire une sphère d'acier coulée d'une seule pièce, d'une épaisseur de 38 millimètres et d'un diamètre de 1,34 mètres. Suspendue au bout d'un câble, elle leur permet d'observer à travers les trois minuscules hublots, à trente reprises, les profondeurs des mers au large des Bermudes en atteignant la profondeur record de 906 mètres ! Le naturaliste rapporte de ses premières observations des descriptions d'espèces animales dont certaines ne seront jamais observées à nouveau par aucune campagne océanographique.
À la suite de cet exploit, un autre acteur entre en scène, un "conquérant" : le physicien suisse Auguste Piccard. L'homme est connu pour ses travaux dans le domaine des ballons stratosphériques. En 1931, il atteint même, dans sa nacelle étanche, la hauteur de 17 000 mètres ! L'Exposition Universelle de 1933 à Chicago place côte à côte les deux engins : celui de Otis et Barton et celui de Piccard. Il n'en fallait pas plus pour donner l'envie à Piccard, après avoir exploré les hauteurs, d'aller visiter les fonds des océans. L'idée du bathyscaphe était doucement en train de naître. Pour l'instant, on ne parle encore que de "Thalassosphère"...


De ratages en succès

Quatre ans plus tard, avec l'aide de l'ingénieur Max Cosyns, Auguste Piccard débute la construction du premier bathyscaphe. Ces travaux seront rendus possibles grâce à l'aide du Fonds national de la recherche scientifique belge. Fonds qui avait également permis la construction de son ballon stratosphérique quelques années plus tôt. Ce dernier avait donc naturellement pour nom FNRS 1. Le bathyscaphe héritera lui d'un nom tout aussi poétique : FNRS 2. Ca n'est qu'après la guerre, en 1948, que les premiers essais "grandeur nature" auront lieu au large de Dakar.
Théodore Monod fera partie de l'expédition et sera invité à participer aux premières plongées. C'est sans une note d'humour qu'il relatera par la suite son expérience et le bilan mitigé de l'aventure, dans un ouvrage en 1954 (" Bathyfolages, plongées profondes ") :
- Plongées : 1
- À (profondeur en mètres) : 25
- Poissons abyssaux vus : 0
- Poissons abyssaux capturés : 0
Le FNRS 2 effectuera tout de même une plongée inhabitée à 1 380 mètres. Ce qui permit de valider le principe du bathyscaphe. Cette expérience profitera à la Marine française qui fera construire à Piccard un nouvel engin reprenant le principe de la sphère résistante : le FNRS 3 sera construit en 1953 et atteindra l'année suivante une profondeur de 4 050 mètres. Pendant ce temps, Piccard s'est également rapproché de l'Italie avec laquelle il construit Le Trieste, également capable d'atteindre les 4 000 mètres.


Toujours plus profond !

Copyright : Collection IfremerS'en suit une course au record entre la Marine Française et Américaine. Objectif : le record absolu de 11 000 mètres. La France s'engage donc dans la construction du, lui aussi très poétique, B 11000 (qui deviendra " Archimède " par la suite), alors que les Américains rachètent Le Trieste et le modifient en lui fabriquant une enveloppe en trois parties.
Le record tombe en 1960 : Le Trieste atteint le fond de la plus profonde fosse océanique (La fosse des Mariannes) avec une plongée à 10 916 mètres. Cette plongée record sera la dernière aventure extrême du Trieste qui remontera endommagé.
L'Archimède français jouera, lui, de malchance. La Marine Nationale avait choisi comme site de plongée, la fosse des Kouriles dont la profondeur établie par Moscou est de 10 500 mètres. Il se révèlera que les scientifiques soviétiques avaient fait des erreurs dans leurs mesures. Cela se passe en 1961, Archimède ne trouvera pas de quoi descendre plus bas que 9 545 mètres. Il effectuera en revanche de son côté, plusieurs plongées à plus de 6 000 mètres par la suite.
L'avènement des matériaux composites, l'articulation et la mise au point d'outils de prélèvements, d'observation, la robotisation..., tout autant d'innovations qui révolutionneront les unes après les autres, la présence de l'Homme sous la mer. Laissant une place importante aujourd'hui aux engins automatisés pilotés depuis la surface qui, selon les dires des intéressés " soulagent les nerfs des chefs de mission ". Être responsable d'un homme à plusieurs kilomètres sous la surface est peut-être un travail en voie de disparition...

V.D.

Article réalisé d'après la conférence de Lucien Laubier, directeur de l'Institut océanographique de Paris, professeur à l'Université de la Méditerranée à Marseille et ancien directeur du centre d'océanologie de Marseille. Membre de l'Académie des sciences et de l'Académie de marine, il a participé à la création du Centre océanologique de Bretagne (CNEXO), qu'il a dirigé entre 1976 et 1979. Il a occupé les fonctions de conseiller scientifique à la représentation permanente de la France auprès de l'Union européenne entre 1992 et 1996.

Bibliographie :
Lucien Laubier, Vingt mille vies sous les mers - Odile Jacob, 1992.
Jean-François Minster, La machine Océan, Ed. Flammarion, 1997.